Portrait d’André Vauchez Historien

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Portrait d’André Vauchez

Historien de la spiritualité médiévale

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Historien du catholicisme, spécialiste des spiritualités et mouvements religieux au Moyen Âge, et académicien depuis onze ans, André Vauchez n’est pas de ces savants qui réservent le fruit de leurs recherches aux cénacles scientifiques. Au contraire, formidable pédagogue, il se montre soucieux de confronter sa connaissance du monde médiéval au monde contemporain, afin d’être utile à tous. En un mot transmettre.

Portrait d'André Vauchez

André Vauchez

© Stéphane Ouzounoff


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Il suffit de lire sa biographie de François d’Assise ou le Dictionnaire du christianisme qu’il a dirigé, ou de l’écouter pour s’en convaincre, André Vauchez aime transmettre. Le fond demeure scientifiquement rigoureux mais la forme n’hésite pas à recourir aux images contemporaines pour permettre à tout lecteur d’en recevoir le message fondamental. C’est avec de tels savants, qui manient avec justesse une Histoire « incarnée » que le lecteur ou l’auditeur a le sentiment de grandir.
Né, en 1938, d’une famille longtemps marquée par les blessures allemandes (son père l’orienta vers la langue de Shakespeare plutôt que vers celle de Goethe), André Vauchez, lycéen à Strasbourg, a la chance de se frotter au père Congar exilé là tout en bénéficiant de la protection d’un évêque éclairé, Jean-Julien Weber.
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L’excellence a un temple – l’École normale supérieure de la rue d’Ulm –, une contrainte – l’agrégation – et une mission – l’enseignement dans le secondaire. André Vauchez connaît les trois, fort brièvement pour la troisième. Dès 1965, il rejoint l’École française de Rome, où dominent les latinistes, où s’imposent les archéologues, où les historiens sont alors tolérés.
Historien, André Vauchez l’est passionnément devenu, grâce notamment à Michel Mollat (1911-1996), rencontré en licence et sous l’autorité duquel il prépare son mémoire de maîtrise puis sa thèse – plus tard, il le rejoindra comme assistant à la Sorbonne. Loin des spécialisations à outrance désormais en cours, Michel Mollat touche à l’histoire économique, maritime, sociale (les pauvres au Moyen Âge), ou religieuse.
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Fort d’apports aussi contrastés que ceux de Jacques Le Goff (né en 1924), qui dispense rue d’Ulm un cours « éblouissant » sur le travail au Moyen Âge, ou d’Henri-Irénée Marrou (1904-1977) et d’Alphonse Dupront (1905-1995) en Sorbonne, André Vauchez fait son miel en une ruche qu’il se choisit : les archives du Vatican. Là et en quelques autres lieux, il élabore sa thèse d’État, soutenue en 1978 après treize années de labeur : La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge d’après les procès de canonisation et les documents hagiographiques.

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Agent de liaison
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Une telle optique apparaît à l’époque inenvisageable pour des études historiques françaises qui maintiennent dans leur angle mort la notion de sainteté, affaire confessionnelle ne regardant que les théologiens. Toute insertion universitaire et scientifique en la matière semble illusoire de ce côté-ci des Alpes, tandis qu’au-delà les universités italiennes, « paradis pour l’histoire religieuse », mettent l’accent dès les années 1960 sur le prophétisme, les mouvements apocalyptiques ou millénaristes, le surnaturel.
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Agent de liaison entre les deux historiographies nationales, André Vauchez s’avère en outre longtemps proche de l’école des Annales, tout en ne rejoignant pas son bastion (l’École des hautes études en sciences sociales), préférant s’en tenir à l’université (Rouen puis surtout Nanterre). À partir des années 1980, une débauche de structuralisme, une soif de modélisations et de théories, éloignent celui qui préfère se définir comme un « tâcheron » plutôt que comme un « philosophe » de l’histoire.
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Ses recherches lui vaudront un succès inattendu aux États-Unis d’Amérique, où fleurissent les études de genre (« gender studies ») développées par le mouvement féministe. André Vauchez a en effet abordé de front la question des saintes (Catherine de Sienne, Jeanne d’Arc), mais également celle de la pression laïque sur l’Église médiévale en une époque de tension entre « religion vécue » et « religion prescrite », durant laquelle les femmes jouèrent un rôle déterminant.
La tentation biographique a fini par atteindre André Vauchez, tout comme elle avait touché les codirecteurs des Annales (Jacques Le Goff avec son Saint Louis, Marc Ferro avec ses Nicolas II et Pétain) et cela donne, en 2009, François d’Assise, entre histoire et mémoire (éd. Fayard), ouvrage remarquable de rigueur inspirée, qui démontre avec hauteur et familiarité que « la vérité d’un personnage historique n’est pas séparable de sa transmission ».
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Rompant avec l’iconographie simplement illustrative, ce livre fait face aux images et leur donne un statut égal aux textes, les arrachant par là au monopole longtemps assoupi des historiens de l’art, confinés dans des questions de datation et d’attribution.

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Partisan de la confrontation intellectuelle tant qu’elle ne dégénère pas en querelles personnelles ni en polémiques publiques, André Vauchez a vécu, à la fin du XXe siècle, les trente glorieuses de Clio, dans le sillage désormais disparu des ventes mirifiques en librairie de Montaillou village occitan (1975) d’Emmanuel Leroy Ladurie, le plus fort tirage jamais atteint par un ouvrage savant.

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Entre Paris et Rome
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L’histoire est ogresse devenue, se repaissant d’autres sciences, dont l’anthropologie. André Vauchez rappelle que sa génération a réinterprété ce qu’elle avait reçu. Il cite Les Rois thaumaturges (1924) de Marc Bloch, ouvrage audacieux et tenu en lisière, jusqu’à sa réédition, un demi-siècle plus tard, nanti d’une préface de Jacques Le Goff, qui devait lui faire enfin rencontrer un lectorat mérité.
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Les tâches aussi honorables que prenantes n’ont pas manqué à André Vauchez, notamment lorsqu’il dirigea, de 1995 à 2003, l’École française de Rome (déjà modernisée avant lui par Georges Vallet entre 1970 et 1983). Il aura donc passé, en tout, dix-huit ans à Rome (il avait dirigé sept ans les études de la section médiévale de l’École française dans les années 1970). La vie de ce chrétien profondément attaché au concile Vatican II, dont il observa les premiers effets en 1965 comme membre d’une École qu’il devait diriger trente ans plus tard, apparaît en miroir de ses recherches sur le renouveau laïc dans la foulée de la réforme grégorienne.
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Homme d’innombrables articles aussi pointus que panoramiques, André Vauchez aspire aujourd’hui aux vastes synthèses à propos de recherches qui cheminent en lui depuis quelques décennies, ainsi le prophétisme judéo-chrétien à travers les âges, les hérésies, les pèlerinages.
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Comme pour l’accompagner dans le renouvellement de telles problématiques, les cloches de l’église Saint-Léon voisine résonnent dans son appartement parisien, même si elles émanent d’un clocher aux allures elliptiques d’Europe du Nord et donc en forme de pied de nez à ce Romain de cœur, de raison et de foi.

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Biographie

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1938 Naissance à Thionville
1958 Intègre l’École normale supérieure
1962 Agrégé d’histoire
1965-1968 Membre de l’École française de Rome.
1968-1972 Assistant, puis maître-assistant d’histoire du Moyen Âge à la Sorbonne
1972-1979 Directeur des études médiévales à l’École française de Rome
1980-1995 Professeur aux universités de Rouen puis (1983) de Nanterre
1998 Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
1995-2003 Directeur de l’École française de Rome

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Bibliographie

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La Spiritualité du Moyen Âge occidental VIIIe XIIIe siècle, éd. PUF, 1975, rééd. Points-Seuil, 1994.
La Sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge (1198-1431), éd. École française de Rome, 1981.
Les Laïcs au Moyen Âge, pratiques et expériences religieuses (recueil d’articles), éd. du Cerf, 1987.
Saints, prophètes et visionnaires. Le pouvoir du surnaturel au Moyen Âge (recueil d’articles), éd. Albin Michel, 1999.
François d’Assise, éd. Fayard, 2009.

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patrick

sources :
http://www.mondedelabible.com

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