FAIT-RELIGIEUX | En religion, Hollande n’est pas transcendant

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Dans François Hollande, Dieu et la République, le journaliste Samuel Pruvot réussit une enquête constamment intéressante. C’est fort, car le dossier est vide. Agnostique, le président envisage les religions sous le seul angle politique.

Pat Lec‘s insight:

Sophie Gherardi | le 14.05.2013 à 09:09Voilà une enquête subtile, approfondie, riche de citations bien choisies. Son thème : les rapports de François Hollande avec les religions et les religieux. Or ce qu’elle nous apprend pour l’essentiel, c’est que le président de la République est parfaitement indifférent au sujet. Attendez, ne partez pas ! Le livre est en réalité très intéressant. Car l’auteur, le journaliste Samuel Pruvot, prend au sérieux les trois éléments de son titre : François Hollande, Dieu, et la République.

Un président de la République, ce n’est pas rien. Son ami Bernard Poignant, maire PS de Quimper, lui a écrit des notes  durant la campagne électorale pour l’inciter à s’inscrire dans l’histoire du pays : « Si tu  l’emportes, tu dois être un moment de la France (…) La présidence, ce n’est pas remplacer Sarkozy, c’est succéder à la longue chaîne des rois, des empereurs et des présidents ». Rien de plus difficile pour un homme comme Hollande, tout entier dans l’histoire immédiate, ne croyant qu’au moment présent. Bernard Poignant le reconnaît : « Pour lui, la religion est un angle mort, il a une hyper-retenue sur le sujet. Pour François, la religion n’entre pas dans le débat public ». L’essayiste Thibaud Collin, qui avait publié en 2004 des entretiens avec Nicolas Sarkozy sur La République, les religions, l’espérance (Cerf) pense au contraire que « François Hollande accepte les religions dans le champ public, avec une approche purement politique. Le religieux fait partie des forces de la société civile : les religieux ont donc voix au chapitre comme les autres. Chez Nicolas Sarkozy, au contraire, les religieux passaient pour des gens à part (…) Il projetait sur les vocations religieuses son caractère entier ».

Un monde très éloigné de Dieu

Dieu bien sûr, pour un journaliste catholique comme Samuel Pruvot, rédacteur en chef àFamille chrétienne, c’est important. On sent de la résignation quand il constate que François Hollande gouverne dans « un monde où les certitudes ne sont pas de mise ». Joseph Ratzinger, avant d’être pape, dénonçait « une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre égo et ses désirs ». Et de fait, analyse Samuel Pruvot, « pour François Hollande, le relativisme est tout simplement l’air qu’il respire. Celui que respirent aussi les Français ». « Dans son monde et le nôtre, écrit-il encore, Dieu s’est retiré si loin de la société des hommes qu’il donne l’impression d’avoir un peu disparu ».

Quant à la République, le troisième volet du triptyque, elle entretient avec les cultes un rapport tourmenté. Que faisait  François Hollande, le 9 décembre 2012, jour anniversaire de la loi de 1905 qui tombait l’an dernier un dimanche ? Il avait choisi de remettre les insignes de la Légion d’honneur à Emile Poulat, sociologue des religions né en 1920. Ce dernier s’est amusé dans son discours à souligner que « depuis 1905, l’Eglise et l’Etat sont séparés, mais ils s’obstinent à faire chambre commune » !  D’où la scène de ménage permanente. Comme le note Samuel Pruvot, les présidents de la République se définissent malgré eux en fonction de leur relation avec l’Eglise catholique. « François Hollande n’échappe pas vraiment à la règle, si discret sur son éducation chrétienne et si prompt à faire l’éloge de la laïcité pendant la campagne ». Mais toujours chez lui domine la question politique : il incite un jour les religieux à prendre la parole dans la société pour défendre les pauvres et les immigrés ; mais il reste sourd  aux objurgations de Mgr André Vingt-Trois  qui l’incite à s’occuper du  social plutôt que de légaliser le mariage homosexuel : « de toute façon 80% des catholiques ont voté contre moi » !

Hollande le pragmatique

Selon son ami le catholique de gauche Jean-Pierre Mignard, « comme responsable politique, François sait très bien que la foi peut faire bouger des millions de personnes. » Mais il est de la trempe radical-socialiste d’un Jacques Chirac, naturellement laïque, sans agressivité particulière : en Corrèze, Hollande s’est arrangé pour subventionner en douceur l’enseignement catholique.

L’enquête sur les relations du président de la République avec les religions durant sa formation, en tant qu’élu local puis qu’interlocuteur du Vatican et des cultes intéresse par les mécanismes qu’elle révèle, davantage que pour le personnage central. Agnostique et postmoderne , comme tant de Français.  Aucune quête de vérité et de transcendance chez lui : « Son horizon est résolument terrestre, sans avoir l’ambition de (re) bâtir le paradis sur terre ». Hollande est d’ici et maintenant.

 

Samuel Pruvot,   

François Hollande, Dieu et la République,

Editions Salvator, 190 pages, 19,50 euros.

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