Convertis au libéralisme ? Et si la crise était en train de changer la vision que les Français ont de l’Etat…

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Selon un sondage BVA réalisé pour le Forum « changer d’ère », qui s’est tenu à la Cité des sciences à Paris ce mercredi, les Français seraient en demande de réformes.

Pat Lec‘s insight:

Mathieu Laine : Ce sondage tord le cou aux idées reçues et à tous ces politiques qui adhèrent totalement au discours réformiste dès qu’ils discutent en off, mais ajoutent aussitôt que les Français n’en veulent pas pour justifier leur manque d’action dans ce sens. Il met aussi des chiffres sur une réalité silencieuse que nous sommes nombreux à avoir perçue et invoquée depuis longtemps. Et comme les politiques ne réagissent quasiment qu’aux sondages, il nous offre enfin l’occasion d’espérer l’avènement d’un discours alternatif.

Nos dirigeants ne sont pas des surhommes. Comme l’ont démontré les universitaires de l’école de Chicago, Buchanan et Tullock en tête, ils poursuivent, comme tout un chacun, leur intérêt personnel. Ils sont donc en quête de clientèles électorales et prêts à faire évoluer leurs discours et leurs actes pour épouser l’air du temps. Tout ce qui permettra de mesurer la montée en puissance des désirs réformistes de la société civile ira dans le bon sens et incitera les politiques à porter et incarner un authentique changement de cap. Les vertus de la solidarité privée et l’échec de l’Etat providence sont désormais pleinement intégrés par des Français désireux de retrouver une véritable société de confiance. Plus que jamais, la révolution, c’est nous.

William Genieys : Les résultats de ce sondage sont certainement le plus bel hommage posthume qui pouvait être rendu au grand sociologue français théoricien de l’Etat modeste, Michel Crozier. Toutefois prendre au sérieux les résultats de ce sondage et en conclure que les Français sont convertis à la valeur de l’individu-citoyen, de l’entreprise et de la famille est aussi stupide que de croire que ces mêmes Français s’étaient convertis sous Vichy aux vertus du célèbre triptyque : "Travail, famille, patrie".

Au mieux, on doit comprendre ce sondage comme une déception des Français face à une de leur passion préféré, leur Etat. Ce n’est pas l’Etat en tant que tel qui est rejeté, car depuis le jeune Louis XIV qui prétendrait "l’être", la révolution de 89 et ses jacobins, les bonapartes et enfin les élites républicaines, il n’a cessé d’être considéré sur le mode de l’attraction et de la répulsion. Il est toujours sorti plus présent voire renforcé. Ne sommes-nous pas un des rares pays à avoir un Chef de l’Etat qui a plus de pouvoir que le chef de gouvernement tout en étant une démocratie ? L’Etat est le miroir réfléchissant notre identité nationale et malgré tous ce que l’on peut dire ou penser c’est certainement la dernière chose avec laquelle les Français souhaitent rompre. Par contre, il est clair que l’action de l’Etat, le volume des personnels de l’Etat font aujourd’hui l’objet d’une critique plus forte que par le passé.

Alexandre Melnik : En ce début du nouveau millénaire, l’Humanité toute entière, dans son indissociable ensemble, vit un véritable changement DE monde qui explose les notions de temps, d’espace et de relations humaines (à ne pas confondre avec un changement DU monde qui se produit assez régulièrement au cours de l’Histoire). L’ampleur de cette métamorphose civilisationnelle n’est comparable, sans doute, qu’avec la Renaissance de la fin du XV siècle, préfigurée par l’invention de l’imprimerie.

C’est dans ce contexte transversal, global qu’il faut inscrire les résultats du sondage BVA réalisé pour le Forum "Changer d’ère"  – une magnifique et audacieuse initiative qui je soutiens entièrement, car elle ouvre l’avenir et trace les premiers traits, émergents, encore flous, du portrait – robot d’une France de demain. Une France qui rejette le statu quo que lui imposent d’en haut les fonctionnaires qui se prennent pour des politiques – éclaireurs du futur, alors que, cloîtrés dans leur vase clos, ils ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent, après avoir perdu leur boussole, celle du socialisme idéologique sorti des tréfonds du "Capital" de Karl Marx.

Ce sondage révèle le bouillonnement (hélas, trop souvent latent, pour le moment) d’une France volontariste, portée par une forte motivation individuelle des Français qui la composent. Une France dynamique, généreuse et génératrice d’idées, "hungry for success", farouchement désireuse de sortir de la posture d’un "loser" de la globalisation du XXI siècle – dans laquelle l’enfonce son establishment actuel, en retard d’une époque. Une France jeune (bien naturellement, ma vision de la jeunesse n’est pas fonction de l’âge, mais de l’état d’esprit), celle qui a compris que le monde nouveau peut rendre possible, voire banal ce qui était inimaginable, inconcevable il y encore quelques années.

Pour sortir de la crise, les Français appellent de leurs vœux en priorité une grande réforme de l’État, avec une réduction drastique de la dépense publique (59 %), et une valorisation de l’innovation et de l’esprit d’entreprise (46 %). La crise est-elle en train de modifier le regard des Français sur l’Etat ? Comment et dans quel sens ? 

Mathieu Laine : Les Français en appelaient déjà à la rupture avant la crise. C’est ainsi que l’on comprend les 53% d’un Nicolas Sarkozy portant, en 2007, un discours alliant sécurité et récompense du travail, du mérite et de l’effort. Si de mauvaises idées, d’inspiration keynésienne, ont émergé d’une lecture tronquée de la crise (plans de relance et creusement magistral de la dette), le désir de rupture est à nouveau très fort chez une majorité de Français.

Ils ont compris les effets pervers et désincitatifs de la double peine fiscale de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, de leur incapacité à tous deux à couper audacieusement dans les dépenses publiques comme dans le magma réglementaire, et des dégâts causés aux entrepreneurs comme aux auto-entrepreneurs (des pigeons aux poussins).  Nombreux sont ceux, souvent orphelins politiques, qui aspirent à une autre politique, que personne, pour l’heure, ne leur propose. La nouvelle génération politique a un boulevard devant elle. Ce sondage assez contre-intuitif, mais allant clairement dans le bon sens, ne sera sans doute pas sans effet.

William Genieys : Certes, le fait que les Français perçoivent que l’Etat a un coût relativement élevée en période de crise est plutôt rassurant. D’autant que l’on a toujours eu tendance collectivement en France à oublier qu’il est financé par l’impôt et que nous n’avons aucune idée de ce qui est financé concrètement avec celui-ci contrairement à d’autres pays. Par exemple aux Etats-Unis, où certes l’impôt est historiquement moins bien "consenti" qu’en France, les contribuables reçoivent en même temps que leur feuille d’impôts le détail de ce à quoi il est utilisé, ce qui permet quasiment en tant annuel de se rendre compte vers quelles politiques publiques il est affecté.

Actuellement, étant donné que la pression fiscale augmente fortement, les Français ont une prise de conscience plus forte du coût de l’action publique étatique. Mais il ne faut pas oublier que c’est le même Etat, donc couteux, qui a permis à la France et aux Français de vivre moins mal collectivement la crise de 2008. Il ne faut pas oublier également que l’argent public collecté par l’impôt est réinjecté dans la société de façon directe en matière pouvoir d’achat, mais également à travers de multiples dispositifs qui affectent tous les secteurs et les niveaux du tissu économique.

Alexandre Melnik : A la lumière de ce sondage, on comprend mieux que la France est un pays intrinsèquement créatif, innovant, mais trop souvent bridé par une gouvernance politique qui a tendance à se rigidifier, à fonctionner dans le vide, en perdant ainsi sa raison d’être, à savoir – être au service de ses citoyens. Servir, au lieu de se servir. D’où le désenchantement, toujours croissant, confirmé par quasiment tous les derniers sondages, des Français par rapport à leur Etat qui est, à cause de ses lourdeurs, est de plus en plus souvent considéré par l’opinion publique comme un problème, presque un fardeau à supporter, au lieu d’être une part de la solution.

Dans ces conditions, le meilleur – je dirais même le seul – vecteur du changement devient un individu lui-même, en osmose avec sa société, en d’autres termes, un citoyen qui se prend en charge, en réalisant qu’il ne peut compter, en dernier ressort, que sur lui-même. Ce phénomène d’individualisation, d’atomisation de la société française est irréversible. Il a vocation à s’accélérer dans le monde global en devenir, aplati par les réseaux sociaux, qui balisent le basculement de "nous" (un projet collectif) vers "moi" ("race to the top" individuelle, celle-ci n’étant pas forcément une démarche égoïste, ni un jeu à somme nulle, car elle peut tirer vers le haut l’ensemble de la société et devenir par conséquent bénéfique pour l’Autre ; les exemples de la plupart des récentes innovations, issues au départ d’une initiative privée mais qui changent in fine la face du monde, vont dans ce sens-là). 

Ce n’est donc pas une crise, mais un véritable changement de monde, qui oblige les Français à modifier en profondeur leur perception de l’Etat, tel qu’il existe actuellement – inopérant, aboulique, gangrené par l’obésité bureaucratique. Un Etat qui n’est plus un allié des Français, mais une entrave pour leur évolution.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/convertis-au-liberalisme-et-crise-etait-en-train-changer-vision-que-francais-ont-etat-mathieu-laine-alexandre-melnik-william-gen-747480.html#0IVwVQad7moCFxUV.99

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