Iran : quand la volonté d’indépendance d’un Etat le conduit à l’ostracisme

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Ardavan Amir-Aslani aborde toutes les questions cruciales en suspens (dossier nucléaire, relation Iran-Israël, visées chinoises, etc.) et révèle la source historique d’un profond malentendu entre l’Iran et les Etats-Unis.

Pat Lec‘s insight:

Jusqu’à présent, la question nucléaire est le verrou qui ferme la porte à toute discussion directe entre Washington et Téhéran.

C’est à la fin des années 1960, soit dix ans avant la Révolution islamique, que le shah manifesta son ambition de faire de l’Iran une puissance nucléaire. Soutenu par les États-Unis, il s’engagea sur un premier projet qui aboutit à la construction d’une centrale à l’université de Téhéran. Ensuite, il passa un contrat avec Siemens pour la centrale de Bouchir, un port du golfe Persique, avant de signer, en 1975, un protocole d’accord avec la société francoallemande Eurodif. Ce protocole, d’un montant d’un milliard de dollars, concernait la fabrication de l’uranium enrichi. Il donnait, explicitement, à l’Iran le droit de récupérer l’uranium enrichi nécessaire à la fabrication de l’arme atomique.

Le chantier de la centrale, implantée près de Bouchir, traînera plusieurs années. Les premiers tests, avant la mise en route, auront lieu en septembre 2009 et la centrale ne sera opérationnelle qu’au printemps 2011. La phase d’achèvement des travaux a été conduite par des entreprises russes.

Dans la continuité du régime impérial, la République islamique a poursuivi le programme nucléaire. Malgré les avertissements de la communauté internationale et la présence d’inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), le gouvernement a révélé l’existence d’une usine souterraine d’enrichissement de l’uranium située à Qom-Fordow, en plus de l’usine de Natanz. Il ne reculera plus et a su transformer la question nucléaire en cause nationale, garante de l’indépendance du pays.

On ne peut pas séparer le programme nucléaire iranien de sa volonté farouche d’indépendance. Je vais même plus loin : à l’origine de l’ostracisation de l’Iran par les États-Unis, il y a cette volonté d’indépendance sur laquelle est venu se greffer le défi nucléaire.

Les gouvernements occidentaux, sans le dire explicitement, n’ont toujours pas accepté que les autorités séculières ou religieuses de l’Iran revendiquent haut et fort leur indépendance, laquelle est pourtant l’apanage naturel de tout pays souverain.

Jusqu’aux révolutions arabes de janvier 2011, pratiquement tous les États de la région – de l’Égypte à la Tunisie, de l’Arabie saoudite au Bahreïn – étaient sous la tutelle, voire la mainmise de puissances étrangères au premier rang desquelles figuraient les États-Unis. En revanche, l’Iran, depuis la chute du shah en 1979, affiche son indépendance avec une vigueur qui ne s’est jamais relâchée en dépit du boycott politique et économique dont il est victime.

Ce que Washington, Londres, Paris ou Berlin ne pardonnent pas au pouvoir iranien, c’est, avant tout autre chose, cette intransigeante volonté d’indépendance. Les condamnations contre le régime islamique, contre les atteintes aux droits de l’homme ou contre le programme nucléaire ne sont, principalement, que des arguments tactiques dont le seul objectif est de défier cette indépendance.

Or, l’Iran veut, quoi qu’il lui en coûte, être un État souverain, pleinement indépendant : c’est la véritable clé de l’ostracisme qui le frappe.

 Extrait de "Iran – Etat-Unis, les amis de demain ou l’après Ahmadinejad" (Éditions Pierre-Guillaume de Roux), 2013.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/iran-quand-volonte-independance-etat-conduit-ostracisme-ardavan-amir-aslani-748666.html#hTPg2Wp48x2t18zb.99

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