Philippines : pas d’armes à feu dans l’Eglise ! – Aleteia

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Les évêques appellent les prêtres à ignorer la nouvelle loi sur le port d’armes et appellent le gouvernement à donner le bon exemple.

Pat Lec‘s insight:

« Les prêtres se doivent d’être non violents. Nous recevons notre protection des Saints anges et non pas des armes », a déclaré lors d’une interview Mgr Arturo Bastes, l’évêque de Sorsogon et membre du conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP).
 
L’évêque, et comme lui plusieurs de ses pairs au sein de la CBCP, réagit à l’annonce de la nouvelle loi sur le port des armes promulguée par le président Benigno Aquinola, le 29 mai dernier, autorisant toute personne dont la vie est mise en danger par l’exercice de ses fonctions. Parmi elles, sont cités les avocats, journalistes, médecins ou encore des responsables religieux (imams, rabbins, prêtres, etc.).
 
Les responsables réaffirment avec force leur opposition à ce que les prêtres se protègent de cette façon, y compris dans les zones identifiées comme à « haut risque sécuritaire », telle l’île de Mindanao, dans le sud de l’archipel, où bon nombre de membres de l’Eglise ont été victimes d’enlèvement ou d’assassinat.
 
 
Cette information est publiée par Eglises d’Asie, l’agence d’information des Missions étrangères de Paris.  Ci-dessous, la suite de l’article : 
 
 
«  (…) Comme certains hommes politiques ou militants des droits de l’homme, les prêtres et les religieux travaillant dans des zones très insécurisées de l’archipel, comme les provinces de Sulu et de Basilan et plus généralement l’ensemble de l’île de Mindanao, sont la plupart du temps accompagnés de militaires lors de leurs déplacements. Quant aux évêques, ils sont escortés par plusieurs soldats en camions et voitures blindées lorsqu’ils doivent se rendre dans les paroisses pour assister à des célébrations ou à des événements d’Eglise.

Sur la seule île de Mindanao, en proie à la violence armée depuis plus de quarante ans (1), plusieurs prêtres catholiques ont été assassinés depuis les années 1970 (2), des dizaines d’entre eux ont été enlevés et la plupart des membres du clergé menacés de mort. Sur toutes les enquêtes menées afin d’élucider les exécutions extrajudiciaires, un seul cas de meurtre a donné lieu à l’arrestation des coupables, les autres sont restés impunis.

Il est notoire que plusieurs prêtres ou religieux missionnaires travaillant dans ces régions sensibles portent des armes défensives, parfois même sous leur soutane. Une pratique tolérée mais non officielle, que les évêques de la CBCP ont tenu à réaffirmer comme étant incompatible avec la foi chrétienne. « Les prêtres sont supposés être des hommes de paix, pas de guerre, a déclaré Mgr Jose Oliveros, évêque de Malolos, diocèse de la province de Bataan, située dans le nord de l’archipel. Notre Seigneur a dit que ceux qui vivaient par l’épée mourraient par l’épée. Nous ne devons pas combattre la violence par la violence. »

Mgr Ramon Arguelles, archevêque de Lipa (également situé dans la partie nord des Philippines) et ancien évêque aux armées, s’est aussi exprimé sur le sujet : « Nous,  prêtres, n’avons pas à être effrayés par le danger ; si la population, et spécialement les pauvres, est exposée au danger, nous ne devons pas l’être moins qu’elle ».

L’archevêque avait déjà en janvier dernier plaidé aux côtés de Mgr Oscar Cruz, archevêque émérite de Lingayen-Dagupan, afin de faire interdire aux particuliers le port des armes, y compris pour l’auto-défense, et demandé au président philippin de « donner l’exemple en abandonnant l’usage des armes à feu personnelles pour lui-même et les membres de son gouvernement ». Les armes des prêtres, a ajouté Mgr Arguelles sont « le pardon, la compassion, l’amour et la charité, seules arment qui ne blessent ni ne détruisent ».

L’évêque de Cubao, à Quezon City (province de Manille), Mgr Honesto Ongtioco, explique : « En tant que prêtres, notre vocation et le rôle que nous devons jouer dans la transformation de la société sont différents. Plus que de notre sécurité, nous devons nous soucier de ce que nous faisons, de la façon dont nous vivons et dont nous agissons avec les gens. »

Il est cependant à noter qu’aucun évêque de la région de Mindanao et de l’extrême sud philippin où se produisent la plupart des violences armées contre les prêtres, ne semble s’être exprimé au sujet de cette nouvelle loi sur le port d’armes. »

Notes
(1) Depuis plus de quarante ans, cette région du Sud philippin, où se trouve une grande partie de la minorité musulmane de l’archipel, vit dans un climat de guerre civile latent, entrecoupé de cessez-le-feu éphémères suivis de massacres interreligieux et de règlements de comptes entre clans rivaux. Outre les groupes armés se réclamant du MILF, l’armée philippine y combat le groupuscule Abu Sayyaf, qui se revendique comme proche d’Al-Qaeda, la Nouvelle armée du peuple (communiste), divers groupes terroristes ainsi que les armées privées des clans de l’île qui se livrent à des vendettas. Voir EDA 409, 490, 491, 501 (‘Pour approfondir’ : « Mindanao : la paix insaisissable »), 511, 518, 519, 520, 521, 527, 534, 535
(2) C’est sur l’île de Mindanao et la région de l’extrême sud philippin que se sont produits le plus d’assassinats de membres de l’Eglise. Trois missionnaires PIME y ont laissé la vie, dont, en 2011, le P. Fausto Tentorio, dans le diocèse de Kidapawan dans l’île de Mindanao, alors qu’il se rendait à une réunion à son évêché. Les îles de Sulu ont toujours été considérées comme étant particulièrement hostiles et dangereuses : en 1997, Mgr De Jesus était abattu sur les marches de sa cathédrale de Jolo, un assassinat qui marquait le début d’une série de meurtres et d’enlèvements de prêtres et missionnaires dans toute la région (en décembre 2000, le P. Benjamin Inocencio était à son tour abattu, toujours devant la cathédrale de Jolo et, en juillet 2009, plusieurs attentats à la bombe faisaient dans la même région plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés). Parmi les derniers enlèvements de prêtres, celui en 2009 du P. Sinnott à Pagadian City, dans la province de Zamboanga del Sur, sur l’île de Mindanao, a particulièrement marqué les esprits.
 
  

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