2500 ans d’Histoire, de la Perse à l’Iran

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2500 ans d’Histoire De la Perse à l’Iran L’Iran, autrefois connu sous le nom de Perse, a donné naissance il y a 2500 ans au premier empire à vocation universelle. Depuis lors, les plateaux iraniens…

Pat Lec‘s insight:

 

2500 ans d’Histoire, de la Perse à l’Iran 

L’Iran, autrefois connu sous le nom de Perse, a donné naissance il y a 2500 ans au premier empire à vocation universelle.

Depuis lors, les plateaux iraniens, admirablement situés entre le monde méditerranéen, les Indes et l’Extrême-Orient, ont abrité des civilisations du plus extrême raffinement, qui ont fécondé le monde entier et n’ont rien à envier à l’Orient ni à l’Occident.

À la différence de leurs voisins, les Iraniens ne souffrent d’aucune frustration à l’égard de l’Occident. Ils n’ont de «revanche» à prendre sur personne, sinon sur les trublions cupides qui ont tenté depuis la Seconde Guerre mondiale de s’approprier leurs réserves pétrolières…

Une forteresse naturelle

L’Iran se caractérise par l’altitude. C’est une forteresse naturelle qui domine à plus de 600 mètres de haut les plaines de la Mésopotamie, de l’Indus et de la mer Caspienne.

Les plateaux iraniens, très arides, sont bordés au nord par la magnifique chaîne enneigée de l’Elbourz et à l’ouest par les montagnes du Zagros. Les habitants se concentrent sur les versants de ces montagnes, en bordure du désert.

Vaste comme trois fois la France (1,6 million de km2), l’Iran compte un peu plus d’habitants qu’elle (70 millions).

Comment  peut-on être Persan ?

L’Iran tire son nom des Aryens, autrement dit des peuples de langues indo-européennes qui occupèrent au IIe millénaire avant JC le nord de l’Inde, l’Europe et lesdits plateaux iraniens.

Les Perses sont l’un de ces peuples iraniens. Ils occupent une région méridionale (autrefois Pârsa ou Perside, aujourd’hui Fars). Ils se sont fait connaître des Grecs et par voie de conséquence des Occidentaux à la faveur des conquêtes de Cyrus. D’où le nom de Perse longtemps donné à l’ensemble du pays. En 1935, le shah a imposé à la communauté internationale de ne plus l’employer et de lui préférer Iran.

La langue des Perses, le persan (farsi dans la langue elle-même), est la langue officielle de l’Iran.

Diversité linguistique…

Aujourd’hui comme au temps de Cyrus, le pays témoigne d’une très grande diversité de populations et de langues.

Les Persans, héritiers des anciens Perses, constituent la moitié de la population. Ils parlent le persan.

Le persan est compris et parlé par les quatre cinquièmes des Iraniens. Il cohabite avec des langues apparentées, de caractère indo-européen, comme le kurde, le balouchte ou le lori.

Mais le pays compte aussi une importante minorité turcophone (les Azéris et les habitants du littoral de la mer Caspienne) ainsi qu’une minorité arabe, au sud-ouest, dans le Khouzistan, autour d’Abadan.

Le persan n’est pas seulement la langue officielle de l’Iran mais aussi de l’Afghanistan et duTadjikistan. Les habitants de ces différents pays peuvent lire sans trop de problème des textes littéraires vieux de près d’un millénaire aux dires du géographe Bernard Hourcade (Iran, nouvelles identités d’une république, éditions Belin, 2002).

N’oublions pas aussi qu’à l’apogée de l’Iran, notamment sous les Ghaznévides (XIe siècle) et les Séfévides (1501-1736), le persan a servi de langue véhiculaire des Indes aux Balkans !

… et religieuse

En matière religieuse comme en matière linguistique, l’Iran a jusqu’à ces dernières décennies témoigné d’une grande diversité. Mais depuis les persécutions consécutives à la Révolution islamiste, il ne subsiste plus que quelques dizaines de milliers de non-musulmans.

Dans l’Antiquité domine le mazdéisme (de Mazda, Dieu, dans la langue perse), aussi appelé zoroastrisme parce que fondé par le prophète Zarathoustra (ou Zoroastre) au VIIe siècle avant JC.

Cette religion est l’un des premiers monothéismes et, pour la première fois dans l’Histoire humaine, promet à tous les hommes l’immortalité de l’âme sous réserve du jugement dernier. À ce titre, elle va inspirer la religion hébraïque, le christianisme et, par leur intermédiaire, l’islam.

Paradis persan

Le mot paradis vient d’un mot persan qui signifie jardin du seigneur car l’art des jardins a toujours été très prisé dans ce pays à dominante aride.

Les jardins persans tels que nous les montrent les miniatures, avec fontaines, fleurs, oiseaux et jeunes gens énamourés, représentent assurément le comble de la félicité. Aujourd’hui encore, les anciennes villes impériales d’Iran séduisent les visiteurs par le charme de leurs jardins et de leurs fontaines.

Le mazdéisme prospère sous les Achéménides (les héritiers de Cyrus). Il devient religion d’État sous les Sassanides, de 224 (victoire des Sassanides sur les Parthes) à 651 (défaite des Sassanides face aux Arabes).

Il va survivre jusqu’à l’approche de l’An Mil avant de s’effacer presque complètement face à la poussée de l’islam. Le mazdéisme est encore pratiqué par quelques milliers d’Iraniens, les Guèbres. Il est aussi pratiqué à Bombay, en Inde, par la communauté parsie, issue, comme son nom l’indique, d’émigrés iraniens !

Le judaïsme est présent en Iran dès l’époque des Achéménides, Cyrus le Grand lui-même ayant accueilli des Hébreux après leur exil de Babylone !

Le christianisme arrive en Iran dès les premiers siècles de notre ère. Pour damer le pion à leurs ennemis byzantins, les souverains iraniens favorisent la confession nestorienne, concurrente de l’orthodoxie grecque. Aujourd’hui, victime de persécutions, le christianisme n’est plus guère représenté en Iran.

L’islam, qui est arrivé en Iran avec la conquête arabe, en 651, a dû composer avec les religions déjà sur place.

Au XVIIe siècle, l’Iran safavide accueille de nombreux Arméniens chrétiens chassés de l’empire ottoman. Leurs descendants sont encore quelques dizaines de milliers.

Plus récemment, au XIXe siècle, est sortie de l’islam iranien une nouvelle religion révélée, le bahaïsme. La Révolution islamique l’a presque complètement chassée d’Iran (elle compterait encore 300.000 fidèles dans le pays).

L’islam, religion dominante, est très tôt sujet à des frictions. C’est que les Iraniens, forts d’un sentiment de supériorité sur les Arabes, encaissent assez mal la langue et la religion des envahisseurs. Ils finissent par rejeter la première et n’acceptent la seconde que sous sa forme factieuse, le chiisme duodécimain.

Entre autres avantages, le chiisme encourage la dissimulation comme moyen d’éviter les persécutions, ce qui permet aux Iraniens de conserver secrètement des traditions anciennes, mazdéennes ou autres.

Le chiisme devient religion d’État sous la dynastie nationale des Séfévides, au XVIe siècle. Aujourd’hui, il est officiellement pratiqué par 90% des 70 millions d’Iraniens. Mais il est aussi pratiqué par la majorité des Irakiens et par plus de 40 millions de Pakistanais ! C’est aussi la principale confession religieuse du Liban. Les chiites constituent enfin des minorités notables en Arabie séoudite, en Afghanistan, en Turquie et chez les musulmans de l’Union indienne. Toutes ces communautés sont peu ou prou sensibles aux messages venus d’Iran.

Continuité historique

Depuis qu’un roi perse, Cyrus le Grand, a rassemblé tous les peuples des plateaux iraniens sous son autorité, et les a entraînés à la conquête de l’Orient, de la mer Égée à l’Indus, l’Iran n’a plus cessé de rayonner sur le monde environnant.

– Les Achéménides (539 à 330 avant JC)

L’empire achéménide tire son nom du clan royal des Haxamanisiya. Fondé par Cyrus et porté à son apogée par Darius, il laisse une impression rare d’équilibre, d’humanité et de tolérance.

Cyrus et ses successeurs se montrent respectueux des libertés locales, des divinités et des traditions de leurs sujets (ainsi Cyrus libère-t-il les juifs de Babylone). Ils prennent le titre de «Roi des Rois», signifiant par là qu’ils admettent d’autres souverains dans leur empire.

Ils encouragent les échanges par le biais d’une Route royale qui relie la capitale, Suse, à Sardes, en Lydie. Ils favorisent aussi la diffusion de la monnaie, tout juste inventée en Lydie.

Grâce aux Achéménides émerge au final une grande civilisation dont témoignent les ruines de Persépolis, cité de prestige réservée aux cérémonies et réceptions d’ambassadeurs (la véritable capitale se situe d’abord à Suse, capitale de la Médie, avant d’être déplacée à Ecbatane).

– De l’hellénisme aux Parthes (330 avant JC à 224)

La conquête de l’empire achéménide par Alexandre le Grand débouche sur le mariage inattendu des cultures grecque et perse, mariage concrétisé au sens propre par les noces de Suse, qui voient des milliers d’officiers macédoniens s’unir à autant de princesses perses.

Alexandre, mort trop jeune en 323 avant JC, ne peut mener son projet à son terme. L’union des deux cultures se solde par le fractionnement de l’Orient entre différents royaumes mi-grecs mi-orientaux, autrement dit hellénistiques.

La plus grande partie de l’Iran ainsi que de la Mésopotamie tombent sous la coupe de Séleucos, l’un des meilleurs officiers d’Alexandre, et de ses descendants, les Séleucides. Mais l’unité culturelle du monde hellénistique ne dure pas. Tandis que Rome s’empare des royaumes du littoral méditerranéen, les peuples d’Iran tombent sous le joug des Parthes.

Originaires de l’actuel Khorassan, au sud-est de la mer Caspienne, ces rudes guerriers conduits par le roi Arsace 1er grignotent le royaume séleucide. Celui-ci, qui doit par ailleurs faire face à l’offensive romaine sur l’Euphrate, finit par disparaître au milieu du IIe siècle avant JC.

Les Arsacides vont diriger l’Iran pendant près de quatre siècles sans cesser de mener la vie dure aux Romains, sur la frontière de l’Euphrate.

– La Perse fait son retour avec les Sassanides (224 à 651)

Le 28 avril de l’an 224, à Hormizdaghan, dans la Susiane, Ardashir (ou Ardachir), roi du Fars (ou Perside), livre bataille à Artaban IV, dernier souverain de la dynastie des Arsacides. Il le vainc et le tue de sa main.

Le vainqueur, un pur Persan, est le petit-fils d’un prêtre de Persépolis du nom de Sassan. Deux ans plus tard, il se fait couronner «Roi des rois» (Châhânchâh) sous le nom d’Ardashir 1er et établit sa capitale à Ctésiphon, en Mésopotamie.

Les historiens le connaissent sous le nom d’Artaxerxès. Il rejette la culture hellénistique importée par Alexandre le Grand, restaure les traditions de la Perse achéménide et refait l’unité du pays autour de la religion mazdéiste. Ses descendants de la dynastie sassanide vont pendant quatre siècles combattre avec acharnement leurs rivaux de l’empire romain d’Orient, établis à Constantinople.

À bout de forces, les uns et les autres se montreront incapables de repousser les cavaliers musulmans surgis d’Arabie après la mort de Mahomet.

Un communiste manichéen

Les chroniques persanes gardent le souvenir d’un illuminé du nom de Mazdak qui prit le pouvoir à la fin du Ve siècle (à l’époque de Clovis) avec la bienveillance duchah Kavadh 1er, qui veut s’appuyer sur le peuple pour combattre l’opposition des grandes familles.

Inspiré par la doctrine manichéenne, Mazdak prône la mise en commun des biens mais aussi des femmes, pour permettre aux pauvres de surmonter l’obstacle de la dot. Le peuple s’enflamme. Il s’ensuit une révolte générale et des désordres sans nom. Le roi est destitué en 496. Abandonnant Mazdak, il revient au pouvoir trois ans plus tard et, non sans mal, noie la révolte dans le sang.

– La césure musulmane (651 à 1501)

L’Iran tombe aux mains des Arabes musulmans par la bataille de Néhavend (ou Nahâvand), en 642. Il passe sous l’autorité du calife, établi dans un premier temps à Médine, puis à Damas, en Syrie.

Lorsque, un siècle plus tard, à la faveur d’un changement dynastique, le calife, reconnu comme le chef de tous les musulmans sunnites, déplace sa capitale à Bagdad, ce sont toutes les élites musulmanes qui s’imprègnent de culture persane.

Riches de leur culture ancienne et de leur situation intermédiaire entre les civilisations byzantine et indienne, les Persans s’imposent peu à peu à la cour de Bagdad et dans la haute administration. On peut dire que l’empire abasside de Bagdad n’est plus spécifiquement arabe mais persan. C’est l’«intermède iranien» !

Les contes des Mille et Une nuits conservent le souvenir de ce moment privilégié de l’islam (le nom des héros, comme Shéhérazade, ou Chaharzad, reflète l’inspiration persane de ces contes).

À Bagdad même, à partir de 945, le calife est réduit à un rôle symbolique et la réalité du pouvoir est exercée par une dynastie iranienne, les Bouyides, de confession chiite. Leurs représentants relèvent le titre de «Roi des rois» (Châhânchâh).

Dans les provinces iraniennes émergent des principautés autonomes, sous l’autorité de dynasties locales. La plus célèbre est celle des Ghaznévides, dans l’Afghanistan actuel, fondée par le féroce Mahmoud de Ghazni, un chef d’origine turque.

À son époque et malgré les turbulences politiques, l’Iran musulman connaît son apogée intellectuelle. L’un de ses plus illustres représentants est Ibn Sînâ, un médecin, philosophe et encyclopédiste né en 980, près de Boukhara, plus connu en France sous le nom d’Avicenne.

Le Livre  des Rois

A Ghazni, aux côtés du roi Mahmoud, le poète Firdousi (ou Firdusi) consacre sa vie à la mise en vers de l’épopée nationale, le Livre des Rois(Chah-name ou Shâhnâmeh).

Ce poème de 60.000 vers raconte l’histoire du monde à travers celle de l’Iran et des grandes découvertes (feu, métallurgie…). Il évoque les souverains et les héros d’avant l’islam, depuis les Achéménides jusqu’aux Sassanides.

Il exalte en particulier la lutte millénaire des Iraniens contre les Touraniens, autrement dit… les Turcs ! Ses héros comme Rostam vont devenir des mythes immémoriaux de la littérature et de l’art persan.

En 1055, les Turcs Seldjoukides s’emparent de Bagdad et imposent leur joug à l’ensemble de l’Iran. Eux-mêmes, comme leurs prédécesseurs, adoptent rapidement la culture persane et participent à la grandeur de celle-ci. Grâce à eux, le «style persan»va se diffuser dans tout l’Orient islamique, de la Mésopotamie au nord de l’Inde, du Tigre au Gange. Il perdurera jusqu’au XIXe siècle.

Le pire est à venir au XIIIe siècle avec le Mongol Gengis Khan, qui saccage le pays comme le reste de l’Asie centrale), rase les villes et détruit les systèmes d’irrigation. L’un de ses descendants, Tamerlan, renoue avec les saccages. Lui-même et ses successeurs savourent néanmoins à Samarcande le raffinement de la civilisation persane.

– Splendeurs safavides (1501 à 1736)

L’Iran renaît avec Chah Ismaïl, un prince turc des bords de la mer Caspienne. Ce fondateur d’empire se rend maître du pays en 1501. Il instaure une paix relative. Les caravanes retrouvent le chemin de l’Iran. La dynastie fondée par Chah Ismaïl est ditesafavide (ou séfévide) d’après un religieux mystique dont elle est issue, Safi al-Din.

Chah Ismaïl, surtout, impose le chiisme comme religion d’État, au prix de violentes persécutions contre les sunnites. Il encourage aussi le soufisme, une mystique musulmane aux relents zoroastriens, ce qui vaudra aux souverains de sa dynastie d’être connus en Europe comme les «Grands Soufis». L’Iran marque dès lors sa différence envers les autres États musulmans…

Chah Ismaïl noue des contacts avec… l’empereur Charles Quint, en vue de combattre son voisin, le sultan ottoman Sélim 1er le Cruel (le successeur de ce dernier allait lui-même s’allier contre Charles Quint au roi de France François 1er !).

Son principal descendant est Abbas 1er, qui règne sur l’Iran de 1587 à 1629.

Ce souverain se dote d’une armée et d’une administration modernes, avec le concours de conseillers anglais. Il fait d’Ispahan, sa capitale, au coeur du pays, l’une des plus belles villes du monde. Mais il ne peut empêcher les Anglais de prendre pied à Ormuz, à l’entrée du golfe Persique.

Les Safavides vont restaurer les charmes de la culture persane comme en témoignent les beaux monuments d’Ispahan, les tapis, les céramiques et les délicieuses miniatures de cette époque.

La longue domination turco-mongole se reflète dans l’idéal de beauté de cette époque : jeunes femmes aux yeux bridés et aux longs cheveux noirs. On décèle par ailleurs l’influence de la Chine des Ming dans l’irruption sur les peintures et les mosaïques de motifs chinois tels que dragons et phoenix. Au XVIIe siècle enfin, les peintres se mettent à l’école de l’Occident…

– Effacement et renouveau de l’Iran

En 1722, le pays, sur son déclin, est envahi par les Afghans, un peuple de langue persane mais de religion sunnite et à ce titre persécuté par les Safavides. Le souverain fait appel à un chef de bande du Khorassan pour le défendre. Celui-ci ne tarde pas à s’imposer à la cour. À la mort du dernier Safavide, il s’empare de la couronne et prend le nom de Nadir Chah.

Le pays sombre dans l’anarchie. En 1796, un chef turc s’empare à son tour du titre royal et fonde la dynastie Qadjar. Les temps sont rudes. Au siècle des Lumières et de la Révolution industrielle, la situation géographique de l’Iran, entre Turquie et Indes, devient un handicap.

Le pays végète sans même qu’une puissance européenne éprouve l’envie de s’en emparer ! La capitale qadjar, Téhéran, est une ville terne, coupée du reste du monde, sans une administration digne de ce nom.

Émus par la défaite de la Russie face au Japon en 1905, quelques intellectuels nationalistes décident de se remuer. Ils imposent au souverain, le 6 août 1906, la convocation d’une assemblée nationale constituante. Un Parlement (Majlis) entre en fonction à la fin de l’année. C’est le premier Parlement du Moyen-Orient. Ainsi les Iraniens prennent-ils de vitesse leurs voisins turcs qui ne feront leur révolution qu’en 1908 !

Las, c’est le moment où Anglais et Russes s’intéressent à l’Iran. Par l’accord du 31 août 1907, ils se partagent le pays en zones d’influence et mettent un terme à l’aventure libérale. Leur intérêt pour le pays s’accroît brusquement avec la découverte le 26 mai 1908 d’un gisement de pétrole ! L’année suivante est créée l’Anglo-Iranian Oil Company. C’en est fini de l’isolement de la Perse.

– De révolution en révolution

Après la Première Guerre mondliae, un officier énergique restaure un semblant d’ordre avec le concours des Anglais et chasse les bolcheviques russes. Il exerce les fonctions de Premier ministre puis, les religieux ne voulant pas d’une république, se fait couronner le 31 octobre 1925 sous le nom de Réza chah Pahlévi.

Grand admirateur de son contemporain, le général turc Moustafa Kémal, le nouveau souverain va, comme lui, entreprendre à marches forcées la modernisation de son pays. Ainsi embellit-il autant que faire se peut sa capitale Téhéran. Il prescrit aux citadins des costumes à l’occidentale, interdit le voile féminin, impose l’usage d’un patronyme en complément du prénom usuel. Il met en place une administration copiée de l’Occident et un système judiciaire indépendant des juges religieux, ouvre une Université et lance la construction d’infrastructures (routes, chemins de fer…). En 1935, il change par décret royal le nom du pays, pour le tourner résolument vers l’avenir : laPerse devient l’Iran. Le 7 janvier 1937, il instaure la «journées des femmes» et prohibe le port du voile dans les lieux publics.

Dans les années 30, le chah, comme la plupart des dirigeants du Moyen-Orient, cache mal ses sympathies pour Hitler qui a le mérite à ses yeux de s’opposer aux Anglo-Saxons et aux Russes ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme il refuse à l’Angleterre et à l’URSS d’acheminer du matériel à travers l’Iran, son pays est envahi le 25 août 1941 et lui-même doit abdiquer au profit de son fils Mohammed (22 ans).

Le régime iranien est affaibli par l’occupation étrangère, la reprise de leur autonomie par certaines tribus nomades et le réveil de mouvements religieux et politiques interdits par son père. Mais en 1946, la première résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU de l’Histoire ordonne à l’Armée Rouge de quitter l’Iran.

Tout se brouille lorsque Mohammad Mossadegh, le chef de la majorité parlementaire, devient Premier ministre et nationalise presque aussitôt, le 1er mai 1951, l’Anglo-Iranian Oil Company. C’est un fait sans précédent qui inspirera cinq ans plus tard l’Égyptien Nasser. La première marque d’insoumission d’un pays du «tiers monde» (le mot n’existe pas encore). Les cadres étrangers ayant été chassés, la production de pétrole s’arrête. Des émeutes sanglantes secouent Téhéran. La population de la ville soutient le premier ministre et déboulonne les statues du chah.

Le monde entier est suspendu à la décision des Occidentaux. Le 19 août 1953, la CIA américaine et son homologue britannique organisent le renversement du Premier ministre. Le chah, qui avait dû s’enfuir, reprend les choses en main. L’exploitation du pétrole est confiée à un consortium anglo-américain et non plus à la seule Anglo-Iranian (rebaptisée BP). La répression est féroce. En 1957 est créée la Savak, Service National de sécurité et de renseignement, police politique du régime.

En 1962, à l’instigation de Washington, le souverain engage une politique de réformes sociales et de modernisation sous le nom de «Révolution blanche du Chah et du Peuple» ! Les grandes propriétés sont en particulier distribuées aux paysans cependant que leurs propriétaires sont indemnisés en actions d’entreprises industrielles. L’économie commence à se développer non sans aggraver les injustices.

Lorsque la crise pétrolière éclate en 1974 , après la guerre du Kippour, le chah est le premier à réclamer une augmentation des redevances versées aux pays exportateurs, reprenant à son compte le programme de Mossadegh ! Sûr de son fait, le souverain multiplie les fêtes comme la commémoration du 2500e anniversaire de Persépolis en 1972 ! Il ne prend pas garde au mécontentement qui monte dans le pays, suscité en particulier par son rapprochement trop étroit avec les États-Unis.

En 1977-78 éclatent de premières manifestations de rues. Le clergé chiite, réfractaire à une modernisation trop hâtive, les attise habilement, alors que le pouvoir n’y voit d’abord que des mouvements téléguidés par les communistes, dans un contexte deguerre froide. Les manifestants réclament d’abord la fin de la répression et le respect des droits de l’Homme. Comme les manifestations montent en puissance, les slogans s’étendent à l’indépendance à l’égard des États-Unis et au départ du chah, enfin à la mise en place d’une république islamique.

Le 7 septembre 1978, la loi martiale est proclamée. Le 8 septembre,«vendredi noir» à Téhéran, des manifestants sont tués place Jâleh. La grève commencée dans le bazar s’étend à toute l’économie, notamment aux activités pétrolières. Les exportations d’or noir cessent. Le chah, qui ne contrôle plus la situation et ne dispose plus de l’appui des Occidentaux, est contraint de prendre la fuite. Le 10 février 1979, le premier ministre nommé peu de temps avant cette fuite est renversé par des émeutes à Téhéran. Le principal représentant du clergé chiite, l’ayatollah Khomeiny, prend la tête de la République islamique toute neuve.

Dès lors, confrontée aux menaces extérieures, en premier lieu celle de l’Irak de Saddam Hussein, en second lieu celle des pays sunnites du Golfe Persique, la République islamique d’Iran va tenter d’assurer son droit à l’existence par tous les moyens, y compris en mobilisant les minorités chiites des autres pays de la région.

France, Iran, même combat ?

L’Histoire de l’Iran n’est pas sans refléter quelques similitudes avec celle de la France, même si, depuis les Lettres persanes de Montesquieu, il est de bon ton de s’en gausser («Comment peut-on être Persan ?»).

Les deux pays se signalent par une culture de très haut niveau dont témoigne le patrimoine architectural, littéraire et artistique. Abou Nouwas et Ronsard, Notre-Dame de Paris et la Grande Mosquée d’Ispahan, miniatures séfévides et scènes de genre du XVIIIe siècle… La France comme l’Iran ont rayonné par les armes et plus encore par la culture très au-delà de leurs frontières.

Plus troublante est la similitude entre la Révolution française (1789) et la Révolution islamique (1979). L’une et l’autre abattent des monarchies en apparence puissantes. L’une et l’autre s’épuisent en quelques années (1789-1794 d’un côté, 1979-1982 de l’autre) et c’est l’invasion étrangère (la coalition européenne d’un côté, l’Irak soutenu par les Occidentaux de l’autre) qui va leur donner une deuxième vie.

La guerre, dans les deux cas, a pour conséquence de souder le pays. D’un assemblage de collectivités seulement unies par l’allégeance au souverain sort une Nation ! Lassitude aidant, la génération post-révolutionnaire se détourne qui de la politique, qui de la religion. Elle se met en quête d’une démocratie modérée, ce qui n’exclut pas des hoquets révolutionnaires. Les mentalités changent comme le prouve la forte baisse de la fécondité, tant dans l’Iran des années 1990 que dans la France des années… 1820.

La principale différence entre les deux cultures tient sans doute à la place de la femme. Mais qui sait si là aussi l’Iran post-révolutionnaire n’est pas en train de s’éloigner du modèle traditionnel pour se rapprocher de l’occidental ?

661 à nos joursLes musulmans chiites et l’origine du chiisme 

Ali, époux de Fatima, l’une des filles du prophète Mahomet, est à l’origine des deux principales scissions qui ont affecté la communauté musulmane (le kharidjisme et lechiisme). En 656 après JC, il succède à Othman, le troisième calife (ou remplaçant du prophète Mahomet).

Le nouveau calife et ses partisans (en arabe, chiites ou chi’ites) prônent une grande rigueur dans la mise en pratique de l’islam et l’assimilation des populations conquises. Ils recommandent aussi que le califat revienne aux descendants en ligne directe du prophète. Ils s’opposent sur ces points aux orthodoxes ou sunnites, adeptes d’une application souple de la doctrine musulmane (la sunna).

Le kharidjisme, une sci

 

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