L’esclavage en terre d’islam de 610 à Zanzibar (1873), plateforme arabe de la traite négrière

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622 au XXe siècle

L’esclavage en terre d’islam

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Après la mort du prophète Mahomet et la soumission de la péninsule arabe, les musulmans conquièrent les rives méridionales et orientales de la Méditerranée. Multipliant les prises de guerre, ils prolongent dans ces régions l’esclavage à la mode antique. Ils inaugurent aussi une longue et douloureuse traite négrière qui va saigner l’Afrique noire jusqu’à la fin du XIXe siècle.

L’esclavage en terre d’islam est hélas une réalité qui dure comme le montre l’anthropologue Malek Chebel.

Islam et esclavage

Le Coran, texte sacré de l’islam, entérine l’existence de l’esclavage (voir la sourate XVI, Les abeilles) tout comme d’ailleurs les textes bibliques. Notons que le premier muezzin désigné par le Prophète pour l’appel à la prière est un esclave noir du nom de Bilal originaire d’Éthiopie.

La loi islamique ou charia, qui s’appuie sur le Coran et les dits du prophète (hadiths), considère qu’en pays d’islam, seuls sont esclaves les enfants d’esclaves et les prisonniers de guerre. Elle autorise d’autre part la réduction en esclavage de quiconque provient d’un pays non musulman (si un esclave vient à se convertir, il n’est pas affranchi pour autant).

Très tôt, du fait de la rapidité même de leurs conquêtes, les Arabes se heurtent à une pénurie d’esclaves. Ils ne peuvent asservir les populations des pays soumis à leur loi et se voient donc dans l’obligation d’importer en nombre croissant des esclaves des pays tiers, qu’ils soient ou non en voie d’islamisation.

Comme les chrétiens du haut Moyen Âge, ils s’abstiennent de réduire en esclavage leurs coreligionnaires mais cette règle souffre de nombreuses transgressions et l’on ne rechigne pas à asservir des musulmans, notamment noirs, au prétexte que leur conversion est récente (*).

Une économie fondée sur l’esclavage

L’esclavage devient rapidement l’un des piliers de l’économie de l’empire abasside de Bagdad du fait de très nombreuses prises de guerre et de l’avènement d’une très riche bourgeoisie urbaine. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire Les Mille et Une Nuits, un recueil de contes arabes censés se dérouler sous le règne du calife Haroun al-Rachid, contemporain de Charlemagne.

Les harems du calife et des notables de Bagdad se remplissent de Circassiennes. Il s’agit de femmes originaires du Caucase et réputées pour leur beauté ; ces belles esclaves ont continué jusqu’au XXe siècle d’alimenter les harems orientaux en concurrence avec les beautés noires originaires d’Éthiopie. Pour les tâches domestiques et les travaux des ateliers et des champs, les sujets du calife recourent à d’innombrables esclaves en provenance des pays slaves, de l’Europe méditerranéenne et surtout d’Afrique noire. Ces esclaves sont maltraités et souvent mutilés et castrés.

D’autres esclaves et eunuques sont employés comme soldats et chefs de guerre par les différentes dynasties musulmanes, du Maroc aux Indes. Ces esclaves-là accèdent parfois à des fonctions élevées et parfois au pouvoir suprême. Ainsi en est-il des fameux Mamelouks d’Égypte, que Bonaparte devra combattre en 1798.

Eunuques et castrats

Inventée et développée à grande échelle par la Chine impériale, exportée dans les pays musulmans et jusqu’en Italie (les castrats), l’exploitation des eunuques (hommes castrés) est l’une des formes d’esclavage les plus inhumaines qui soient.

Elle poursuit deux objectifs principaux : empêcher que les esclaves étrangers ne fassent souche ; éviter les relations sexuelles entre les femmes des harems et leurs serviteurs. Les castrats sont aussi recherchés par les mélomanes pour leur voix très aigüe.

La castration consiste en l’ablation des parties génitales, soit totale, soit limitée aux testicules (pour empêcher la reproduction). Elle est le plus souvent pratiquée à la pré-adolescence et se solde par une mortalité effroyable.

Les esclaves mâles originaires d’Afrique noire sont généralement castrés en Égypte par des moines coptes pour le compte des trafiquants musulmans. À l’époque carolingienne, les captifs slaves destinés aux marchés orientaux sont quant à eux castrés à Verdun, principal marché d’étape de ce trafic.

Esclaves blancs en terre d’islam

Dans les premiers temps de l’islam, les notables de Bagdad s’approvisionnent en esclaves blancs auprès des tribus guerrières du Caucase mais aussi auprès des marchands vénitiens qui leur vendent des prisonniers en provenance des pays slaves, encore païens.

À la fin du Moyen Âge, comme le vivier slave s’épuise du fait de la christianisation de l’Europe orientale, les musulmans se tournent vers les pirates qui écument la Méditerranée. Ces derniers effectuent des razzias sur les villages côtiers des rivages européens, y compris même dans l’océan Atlantique jusqu’aux limites du cercle polaire. En 1627, des barbaresques algérois lancent un raid sur l’Islande et en ramènent 400 captifs. Le souvenir des combats livrés par les habitants à ces pirates perdure dans… la tête de prisonnier maure qui sert d’emblème à la Corse.

On évalue à plus d’un million le nombre d’habitants enlevés en Europe occidentale entre le XVIe et le XVIIIe siècle, au temps de François 1er, Louis XIV et Louis XV. Ces esclaves, surtout des hommes, sont exploités de la pire des façons dans les orangeraies, les carrières de pierres, les galères ou encore les chantiers d’Afrique du nord (*). Des organisations chrétiennes déploient beaucoup d’énergie dans le rachat de ces malheureux, tel Miguel de Cervantès ou plus tard Saint Vincent de Paul.

En Europe orientale et dans les Balkans, pendant la même période, les Ottomans prélèvent environ trois millions d’esclaves.

Jusqu’au début du XIXe siècle, les princes de la côte nord-africaine tirent eux-mêmes de grands profits de la piraterie en imposant de lourds tributs aux armateurs occidentaux en échange de la garantie que leurs navires ne seraient pas attaqués par les pirates. En 1805, le président américain Thomas Jefferson lance une expédition navale contre le dey de Tripoli, en Libye, pour l’obliger à renoncer à ce rackett. Le dey d’Alger le poursuivra quant à lui jusqu’à la conquête française en 1830.

Esclaves noirs en terre d’islam

Si la traite des esclaves blancs a rapidement buté sur la résistance des Européens, il n’en a pas été de même du trafic d’esclaves noirs en provenance du continent africain.

La traite arabe commence en 652, vingt ans après la mort de Mahomet, lorsque le général arabe Abdallah ben Sayd impose aux chrétiens de Nubie (les habitants de la vallée supérieure du Nil) la livraison de 360 esclaves par an. La convention, très formelle, se traduit par un traité (bakht) entre l’émir et le roi de Nubie Khalidurat.

La traite ne va cesser dès lors de s’amplifier. Les spécialistes évaluent de douze à dix-huit millions d’individus le nombre d’Africains victimes de la traite arabe au cours du dernier millénaire, du VIIe au XXe siècle. C’est à peu près autant que la traite européenne à travers l’océan Atlantique, du XVIe siècle au XIXe siècle.

Le trafic suit d’abord les routes transsahariennes. Des caravanes vendent, à Tombouctou par exemple, des chevaux, du sel et des produits manufacturés. Elles en repartent l’année suivante avec de l’or, de l’ivoire, de l’ébène et… des esclaves pour gagner le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et, au-delà, le Moyen-Orient. Au XIXe siècle se développe aussi la traite maritime entre le port de Zanzibar (aujourd’hui en Tanzanie) et les côtes de la mer Rouge et du Golfe persique.

Le sort de ces esclaves, razziés par les chefs noirs à la solde des marchands arabes, est dramatique. Après l’éprouvant voyage à travers le désert, les hommes et les garçons sont systématiquement castrés avant leur mise sur le marché, au prix d’une mortalité effrayante, ce qui fait dire à l’anthropologue et économiste Tidiane N’Diyae : «Le douloureux chapitre de la déportation des Africains en terre d’Islam est comparable à un génocide. Cette déportation ne s’est pas seulement limitée à la privation de liberté et au travail forcé. Elle fut aussi – et dans une large mesure- une véritable entreprise programmée de ce que l’on pourrait qualifier d' »extinction ethnique par castration »» (*).

Les contes des Mille et Une Nuits, écrits au temps du calife Haroun al-Rachid (et de Charlemagne), témoignent des mauvais traitements infligés aux esclaves noirs et du mépris à leur égard (bien qu’ils fussent musulmans comme leurs maîtres).

Ce mépris a perduré au fil des siècles. Ainsi peut-on lire sous la plume de l’historien arabe Ibn Khaldoun (1332-1406) : «Il est vrai que la plupart des nègres s’habituent facilement à la servitude ; mais cette disposition résulte, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, d’une infériorité d’organisation qui les rapproche des animaux brutes. D’autres hommes ont pu consentir à entrer dans un état de servitude, mais cela a été avec l’espoir d’atteindre aux honneurs, aux richesses et à la puissance» (Les Prolégomènes, IV). Ces propos précèdent de deux siècles la traite atlantique des Occidentaux.

Esclavage et décadence

Les contingents très importants de main-d’oeuvre servile ont contribué à la stagnation économique et sociale du monde musulman. Ils ont causé aussi de nombreux troubles. C’est ainsi qu’à la fin du IXe siècle, la terrible révolte des Zendj (ou Zenj, d’un mot arabe qui désigne les esclaves noirs), dans les marais du sud de l’Irak, a entraîné l’empire de Bagdad sur la voie de la ruine et de la décadence.

«Comparé à la traite des Noirs organisée par les Européens, le trafic d’esclaves du monde musulman a démarré plus tôt, a duré plus longtemps et, ce qui est plus important, a touché un plus grand nombre d’esclaves», écrit en résumé l’économiste Paul Bairoch (*). Cet auteur, ainsi que Tidiane N’Diaye, rappelle qu’il ne reste plus guère de trace des esclaves noirs en terre d’islam en raison de la généralisation de la castration, des mauvais traitements et d’une très forte mortalité, alors que leurs descendants sont au nombre d’environ 70 millions sur le continent américain.

Notons le parallèle avec les États arabes du Golfe Persique qui recourent massivement à des travailleurs étrangers tout en empêchant ceux-ci de faire souche sur place.

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L’esclavage en terre d’islam

Le regard d’un anthropologue

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L’anthropologue Malek Chebel montre dans L’esclavage en terre d’islam (Fayard, septembre 2007, 496 pages, 24 euros) comment une culture esclavagiste s’est greffée sur l’islam. Il a justement sous-titré son ouvrage Un tabou bien gardé.

Il s’agit non d’un livre d’histoire mais d’un récit de voyage ethnographique émaillé de références littéraires.

L'esclavage en terre d'islam

Spécialiste du monde musulman, l’anthropologue Malek Chebel s’est penché sur un sujet rarement abordé : l’esclavage en terre d’islam, sans se limiter aux traites négrières.

Il évoque les anciens trafics d’esclaves blancs mais aussi les trafics humains qui perdurent dans maints pays sous des formes plus ou moins édulcorées.

Le livre fondateur de l’islam évoque l’esclavage dans pas moins de 25 versets sans le condamner formellement.

«Le Coran n’étant pas contraignant, l’abolition relève de la seule initiative personnelle du maître. Cette ambiguïté est constitutive de l’approche coranique : encourager ceux qui font le bien, mais ne pas alourdir la peine de ceux qui ne font rien, écrit Malek Chebel. Plusieurs versets entérinent au demeurant l’infériorité de l’esclave par rapport à son maître».

Inhumanité de l’esclavage

Le calife Omar (581-644) est à l’origine d’une législation qui interdit de mettre en servitude un musulman. Cette législation va être très vite détournée par l’usage, les élites n’ayant de cesse de multiplier les restrictions à l’affranchissement des esclaves convertis à l’islam. Elle va d’autre part pousser les musulmans à chercher des esclaves hors de leurs terres, c’est-à-dire en Afrique noire et en Europe orientale.

Rapidement, l’esclavage devient un fait central des sociétés musulmanes, comme il l’a été des sociétés grecque et romaine. «Nulle part on ne trouve contre lui d’opposition ou de réprobation», note l’auteur en rappelant que les plus grandes figures intellectuelles de l’islam ont été comme les autres de grands propriétaires d’esclaves.

Malek Chebel rapporte in extenso trois codes régissant l’esclavage en terre d’islam. À travers des références littéraires, en premier lieu les Mille et une Nuits, ainsi que de nombreux récits de voyageurs, il dépeint aussi le statut des esclaves, leur déshumanisation par la privation de nom et leur exploitation à des fins sexuelles, qu’il s’agisse des concubines destinées à assouvir les plaisirs de leur maître ou des eunuques chargés de les garder.

Toujours d’actualité

Le monde musulman n’étant pas un bloc homogène, l’auteur analyse région après région les traces laissées par l’esclavage et ce qu’il en reste.

Dans beaucoup de régions perdure l’esclavage «de traîne» : il affecte les descendants d’esclaves qui portent le fardeau de leur hérédité ; ainsi ne peuvent-ils par exemple épouser une femme de classe supérieure.

Sur la côte sud de l’Iran subsiste une communauté issue des anciens esclaves noirs qui parle arabe, pratique le sunnisme et entretient des coutumes d’origine africaine. En Arabie, malgré la répétition des édits abolitionnistes, l’esclavage perdure de fait, avec une relative discrétion. Il concerne des ressortissants africains, sans parler des travailleurs asiatiques dont le sort est proche de la servitude.

L’esclavage demeure présent aussi dans les régions sahariennes (Libye, Niger, Tchad, Mali…) sans qu’on puisse en chiffrer l’importance. Cédant à la pression des ONG, un chef targui du Niger, Amrissal Ag Amdague, a accepté le 10 mars 2005 de libérer 7.000 esclaves coutumiers contre espèces sonnantes et trébuchantes ! En Mauritanie, l’esclavage des Noirs (Harratine) par les Bédouins est une réalité prégnante dont l’auteur a lui-même pris la mesure lors de ses voyages…

Autant dire que la lutte contre l’esclavage demeure d’actualité et cet ouvrage permet de s’en convaincre. Malek Chebel le rappelle avec justesse : «l’esclavage est la pratique la mieux partagée de la planète, c’est un fait humain universel».

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extrait du coran,

Inégalités sociales et esclavage

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sourate XVI (Les abeilles) :

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71. Dieu a favorisé
certains d’entre vous, plus que d’autres,
dans la répartition de ses dons.
Que ceux qui ont été favorisés
ne reversent pas ce qui leur a été accordé
à leurs esclaves,
au point que ceux-ci deviennent leurs égaux.

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610 à 1492

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L’esclavage dans l’Europe médiévale

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L’esclavage était la règle dans l’Antiquité et l’est resté jusqu’à l’aube du XXe siècle en Afrique et au Moyen-Orient. En Europe occidentale, sa disparition a mis plusieurs siècles à entrer dans les faits malgré la montée en puissance de l’Église et la diffusion de la morale chrétienne.

Un fructueux commerce

A l’époque de Charlemagne et de ses successeurs, dans la première période du Moyen Âge, les guerriers francs mènent des combats sans relâche contre les tribus païennes installées sur l’Elbe ou au-delà. Après avoir soumis les Saxons de langue germanique, ils s’en prennent aux Slaves.

Les prisonniers slaves alimentent en grand nombre un commerce actif entre Venise et l’empire arabe du sud de la Méditerranée. Ils rejoignent en premier lieu la place de Verdun, en Champagne, où ils sont systématiquement émasculés (!). Un quart environ d’entre eux ne survivent pas à cette brutale mutilation. Les autres gagnent Venise puis, de là, sont embarqués vers les ports orientaux.

Les marchands vénitiens, bien que de religion chrétienne, ne voient pas d’objection à vendre des païens slaves aux musulmans. Venise conserve le souvenir de ce fructueux commerce dans le nom d’un quai célèbre à l’extrémité du Grand Canal : le quai des Esclavons (nom sous lequel étaient désignés à l’époque les Slaves). C’est l’époque où, dans les langues occidentales, le mot «esclave» ou «slave» se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté.

Ce trafic très particulier se tarit vers l’an 1100 du fait de la christianisation des Slaves.

Une longue survivance

L’Europe médiévale n’est pas elle-même exempte d’esclavage, toute chrétienne qu’elle soit.

Aux premiers siècles du Moyen Âge, des esclaves sont employés dans les grandes propriétés agricoles, y compris dans les monastères. Ils sont le fruit de relations commerciales ou guerrières avec les régions périphériques de l’Europe (Slaves, musulmans…).

L’Église, qui fixe les codes moraux de la société, ne trouve rien à redire à cet esclavage qui se distingue assez peu du servage. Elle exige simplement que les esclaves soient bien traités et baptisés.

Les mœurs évoluent toutefois aux XIIe et XIIIe siècle du fait de la prospérité économique et de l’émancipation de la paysannerie. L’esclavage devient objet de scandale. Le roi de France Louis X le Hutin publie le 3 juillet 1315 un édit qui affirme que «selon le droit de nature, chacun doit naître franc». Officiellement, depuis cette date, «le sol de France affranchit l’esclave qui le touche».

Dans les faits, la prohibition de l’esclavage connaît de nombreuses entorses dans les régions méditerranéennes qui entretiennent des relations commerciales avec les pays musulmans.

Des esclaves s’activent dans les plantations spéculatives qui se développent au XVe siècle en Provence, au Portugal, en Espagne, en Italie ou encore à Chypre. Parmi eux, des milliers de Noirs achetés sur les marchés marocains et très prisés comme tout ce qui a un parfum d’exotisme. Certains de ces esclaves sont employés à des tâches domestiques. Ce sont généralement des femmes qui font office de servantes, de concubines et plus encore de nourrices.

On n’a plus de traces de cet esclavage au XVIe siècle, sous la Renaissance.

Le servage

Une autre forme de servitude est apparue en Occident au temps de Charlemagne et de ses successeurs : le servage.

En ces premiers siècles du Moyen Âge, sous l’effet de l’insécurité et de l’affaiblissement du pouvoir central, les paysans sacrifient leur liberté en échange d’un lopin de terre et de la protection du principal guerrier du lieu, le seigneur. Ils deviennent des serfs (une déformation du mot latin servus, esclave).

A la différence des esclaves traditionnels, les serfs de l’époque carolingienne ne peuvent être vendus comme des meubles. Ils ont une existence juridique faite de droits et de contraintes.

Les serfs sont attachés à leur lopin de terre, de père en fils, et n’ont pas le droit de le quitter ni de le vendre. De là le nom de «manants» qui leur est souvent donné (du latin manere, rester).

En échange de la terre, les serfs doivent verser à leur seigneur une redevance annuelle, généralement en nature (céréales…). Ils doivent aussi travailler une partie de l’année sur les terres qui appartiennent en propre à leur seigneur, la «réserve». Si leur fille se marie à l’extérieur de la seigneurie, les serfs doivent verser une taxe spéciale, dite de «formariage» pour compenser la perte de revenu qui s’ensuit pour le seigneur. Enfin, à leur décès, ils doivent aussi payer une taxe dite de «mainmorte» pour pouvoir léguer leurs biens meubles (outils…) à leurs héritiers légitimes.

Au fil des générations, les seigneurs en manque d’argent relâchent leur emprise sur les serfs. Ils leur cèdent la pleine propriété de leur terre, sans servitude d’aucune sorte, contre espèces sonnantes et trébuchantes, si bien qu’au XIIIe siècle, à l’époque du roi Saint Louis, le servage a déjà à peu près complètement disparu d’Europe occidentale.

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21 mai 1529

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Barberousse et les Turcs s’emparent d’Alger

Le 21 mai 1529, les janissaires turcs de Barberousse s’emparent de la puissante forteresse espagnole qui se dresse face à Alger, le Peñon. Le pirate fait exécuter le gouverneur de la forteresse. Il devient le maître tout-puissant de la ville d’Alger et de ses environs immédiats. Lui-même et ses successeurs vont dès lors écumer la Méditerranée jusqu’à la veille du débarquement français en Algérie.

Une famille de pirates

Les Barberousse sont au début quatre frères, nés d’un Albanais converti à l’islam. Leur nom vient de la barbe rousse que porte l’aîné, Aroudj (ou Arudj).

Corsaires dès leur plus jeune âge, ils reçoivent du sultan Sélim 1er, qui règne à Istamboul, la mission de combattre et soumettre les Maures d’Afrique du Nord. À la tête de 2000 janissaires (mercenaires turcs), ils s’acquittent de leur mission avec une brutalité remarquée en s’emparant d’abord de Tunis.

Dans le même temps, les Espagnols, qui ont abattu le dernier royaume musulman de la péninsule hispanique, commencent à manifester des envies de conquête sur le littoral nord-africain.

En 1512, le roi berbère de Bougie appelle à l’aide les frères Barberousse. Il veut récupérer la ville dont l’ont chassé les Espagnols. Quatre ans plus tard, c’est au tour du roi d’Alger d’appeler à l’aide les frères Barberousse. Il s’inquiète à juste titre de la menace que représente la forteresse espagnole du Peñon.

Peu au fait des lois de l’hospitalité, Aroudj exécute le roi d’Alger dans son bain et pourchasse ses fidèles. Ses janissaires tuent et violent à qui mieux mieux. Les corps des notables sont pendus aux remparts. Aroudj poursuit ses adversaires jusqu’à Tlemcen. Mais le roi berbère de cette ville est allié au gouverneur espagnol d’Oran qui surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.

La revanche du dernier Barberousse

Des quatre frères Barberousse ne survit plus que Kheir ed-Din. Celui-ci prend aussitôt la relève de son aîné. Il inflige une sévère défaite aux troupes de l’empereur Charles Quint sous les murs d’Alger et peut dès lors attaquer le Peñond’Alger.

Après l’éviction des Espagnols, Kheir ed-Din va librement écumer la Méditerranée avec ses galères, pillant les côtes et les navires de rencontre. L’objectif est la prise d’un maximum de butin. Il s’agit essentiellement de prisonniers, hommes, femmes et enfants, que l’on libère contre rançon s’ils sont riches ou que l’on vend comme esclaves sur les marchés d’Orient.

C’est par dizaines de milliers que se comptent les malheureux paysans, voyageurs ou marins enlevés à leur famille, condamnés à la mort lente et aux travaux forcés, au harem s’il s’agit de femmes.

Suivant les consignes du sultan auquel il a fait acte d’allégeance pour la ville d’Alger en 1520, Kheir ed-Din s’applique à ruiner les côtes italiennes en vue d’affaiblir la chrétienté en son coeur.

Au corsaire musulman s’oppose un autre corsaire, chrétien celui-là, mais non moins talentueux. Il s’agit d’Andrea Doria, issu d’une noble lignée de Gênes. Andrea Doria se met au service du roi de France François 1er puis de l’empereur Charles Quint, son rival.

En 1534, le bey arabe de Tunis, chassé de sa ville par Barberousse, appelle à son secours l’empereur lui-même. Charles Quint débarque en force près de Tunis avec Andrea Doria et libère la ville où il entre lui-même en triomphe le 6 août 1535. 20.000 esclaves chrétiens sont libérés et Tunis devient vassale de l’empereur germanique. Le bey ne peut faire moins que d’abolir l’esclavage.

Charles Quint a moins de chance en 1541 avec Alger. Après l’échec d’une tentative de débarquement, la ville reste aux mains des Barbaresques.

L’empereur doit aussi compter avec le roi de France. François 1er s’accroche à son rêve de conquérir l’Italie et veut pour cela abattre Charles Quint. Il négocie une alliance avec le sultan Soliman II le Magnifique puis fait appel aux services de Kheir ed-Din, livrant Toulon à celui-ci en 1543.

Tout cela pour rien. Kheir ed-Din, le dernier Barberousse, se désengage au prix fort et poursuit la guerre de course jusqu’à sa mort, à 70 ans, qui survient en 1546 dans son palais d’Istamboul.

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Saint Vincent de Paul (1581 – 1660)

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«Monsieur Vincent», un saint à la Cour

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Saint Vincent de PaulVincent de Paul meurt en odeur de sainteté à Paris le 27 septembre 1660, à 80 ans, au terme d’une vie prodigieuse toute orientée vers la charité et l’Évangile.

Ce prêtre charismatique est né en 1581 dans une famille pauvre du village de Pouy (ou Paul), près de Dax, dans les Landes. Le village s’appelle aujourd’hui Saint-Vincent-de-Paul et l’on y peut visiter l’humble chaumière familiale.

Après de bonnes études de théologie à Toulouse, il est ordonné prêtre en 1600. Ses débuts sont obscurs. Lors d’un voyage en Méditerranée, il est capturé par les pirates barbaresques et emmené en captivité à Tunis. Il est vendu comme esclave à un alchimiste qui le traite plutôt bien avant qu’il ne s’échappe en 1607 et gagne Rome.

Une vie au service des humbles

Avec une recommandation du Saint-Siège, il entre à la cour du roi Henri IV et devient l’aumônier de la reine Margot, autrement dit son «distributeur d’aumônes» (le mot aumônier n’a plus aujourd’hui la même signification).

Il suit avec ferveur les prêches du cardinal Pierre de Bérulle et devient l’ami de François de Sales. L’épouse du prince Philippe Emmanuel de Gondi, général des galères, qui appartient à l’une des plus riches familles de France, lui demande plus tard d’éduquer ses enfants.

En 1617, au chevet d’un mourant, le destin du prêtre bascule. Vincent découvre les vertus de la confession qu’il va dès lors s’appliquer à populariser. Il prend surtout conscience de la grande misère du peuple et du recul de la foi chrétienne dans les campagnes autant qu’à la cour, sous l’effet de la pensée rationaliste et «libertine». C’est l’époque où le philosophe René Descartes place la raison au-dessus de tout et, à son corps défendant, conduit les esprits cultivés à remettre en cause les fondements de la foi.

Vincent se fait nommer curé de Châtillon-les-Dombes, une pauvre paroisse en voie de déchristianisation située au nord-est de Lyon. Pour soulager l’immense misère paysanne, il fonde sa première confrérie de la Charité avec le concours des riches dames de la contrée.

Œuvres de charité

Deux ans plus tard, Vincent poursuit son apostolat sur les terres du comte de Gondi. Il est en même temps nommé aumônier général des galères. Tout cela sans renoncer à ses fonctions à la cour, qui lui permettent de recueillir des fonds pour ses œuvres mais lui valent aussi de se faire de nombreux ennemis.

Grâce à un don de Madame de Gondi, «Monsieur Vincent» (c’est ainsi que chacun le désigne eu égard à son infinie douceur et à sa bonhomie) crée la Société des Prêtres de la Mission en vue de la réévangélisation des campagnes. Ses membres sont connus sous le nom de lazaristes du fait que leur siège est un prieuré de Saint-Lazare.

L’infatigable prêtre fonde plusieurs confréries charitables, notamment, en 1633, les Filles de la Charité ou Soeurs de Saint Vincent-de-Paul, aussi appelées «soeurs grises». C’est la première congrégation féminine à échapper à la clôture et vivre dans le monde. L’institution se met au service des enfants trouvés, des malades et de tous les malheureux. Elle va connaître un essor considérable sous l’impulsion de Louise de Marillac.

Vincent de Paul distribue de la soupe aux enfants des rues, collecte des fonds pour la Lorraine endeuillée par la guerre, réconforte les galériens… Il assiste aussi le roi Louis XIII sur son lit de mort.

Nommé président du Conseil de conscience par la régente Anne d’Autriche, il se tient soigneusement à l’écart des troubles de la Fronde mais gère sans ménagement les affaires ecclésiastiques. C’est ainsi qu’il déplace les évêques déméritants et consacre toute son énergie à améliorer la formation du clergé.

Par son exemple et son charisme, saint Vincent de Paul participe au renouveau de la foi catholique en France au XVIIe siècle aux côtés de François de Sales et de Mère Angélique de Port-Royal.

Le prêtre a été canonisé sans difficulté en 1737. Sa dépouille repose dans la chapelle des lazaristes, au coeur de la capitale française.

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1er juillet 1890

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Zanzibar devient protectorat britannique

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Le 1er juillet 1890, par le traité d’Helgoland (ou Heligoland), les Britanniques cèdent cette île de la mer du Nord aux Allemands. En contrepartie, ceux-ci renoncent à faire obstacle aux visées de Londres sur l’Ouganda et le sultanat de Zanzibar, deux territoires d’Afrique orientale. L’Allemagne se voit reconnaître la possession du Tanganyika, sur les bords de l’Océan Indien.

Un sultan de Zanzibar ayant tenté de rejeter le protectorat britannique, la flotte britannique bombarde son palais le 27 août 1896. Le protectorat va dès lors se maintenir sans entrave jusqu’à l’indépendance.

Un sultanat très convoité

Le sultanat de Zanzibar devient indépendant le 10 décembre 1963 cependant que la colonie allemande du Tanganyika, devenue britannique à l’issue de la Première Guerre mondiale, acquiert quant à elle son indépendance le 9 décembre 1961. Les deux territoires s’unissent le 26 avril 1964 pour former l’actuelle République unie de Tanzanie.

Située à 30 kilomètres du littoral africain, Zanzibar couvre seulement 1200 km2 mais compte environ un million d’habitants (2010). L’île conserve de fait une très grande autonomie. Le Tanganyika s’étend quant à lui sur 945.000 km2 et compte environ 45 millions d’habitants. Le volcan éteint du Kilimandjaro, point culminant de l’Afrique (5892 mètres), et la savane qui l’entoure attirent beaucoup de touristes.

Zanzibar, fenêtre sur l’Océan Indien et la Chine

«La côte des Noirs». Telle est la signification en arabe du nom de Zanzibar. À partir des VIIe et VIIIe siècles de notre ère, les Arabes commencent en effet à étendre leur empire en direction des côtes orientales de l’Afrique. Au Xe siècle, des Persans venus de Chiraz s’installent à Mombassa, sur la côte africaine, et aux Comores. Ils s’emparent également de l’île de Zanzibar et de sa voisine, l’île de Pemba.

Jusqu’au XVe siècle, les Arabes règnent en maîtres tout au long du littoral est-africain. La côte orientale de l’Afrique commerce alors avec la péninsule arabique mais aussi avec la Chine. C’est l’époque où les empereurs Ming lancent de puissantes flottes à travers l’Océan Indien et jusqu’en Afrique.

Du Yémen au Mozambique s’étend un vaste réseau de relations culturelles et commerciales, au cœur duquel se trouve Zanzibar. En témoigne aujourd’hui encore la langue swahilie, parlée notamment au Kenya et en Tanzanie et qui mêle langues locales bantoues et arabe.

La prospérité des ports arabo-swahili s’appuie en partie sur le royaume du «Grand Zimbabwe», à l’intérieur des terres, et ses importantes mines d’or.

En 1503, les Portugais brouillent la donne. Ils s’emparent de Zanzibar et de quelques autres ports swahilis de la côte africaine pour consolider la route maritime qui leur permet de commercer avec les Indes, par le cap de Bonne Espérance. En 1698, les Arabes parviennent à leur reprendre l’île comme ils leur ont repris un peu plus tôt le détroit d’Ormuz, à l’entrée du Golfe Persique.

Zanzibar, plateforme arabe de la traite négrière

Exit les Portugais. Zanzibar tombe dans le giron de Mascate-et-Oman. En 1832, le sultan Seyyid Saïd transfère sa capitale sur l’île. Il développe le port et incite des commerçants indiens et européens à s’y installer. Il introduit également la culture du clou de girofle sur l’île. Comme celle-ci nécessite une main-d’œuvre nombreuse, il s’ensuit l’intensification de la traite d’esclaves.

Zanzibar devient le plus important marché d’esclaves du monde musulman et même du monde tout court, les Occidentaux ayant de leur côté renoncé à la traite.

Les esclaves sont transportés depuis le continent sur des boutres (voiliers arabes) où sont parqués jusqu’à 200 hommes accroupis. Certains arrivent de Madagascar, d’autres de la côte africaine au sud de Zanzibar ou de la région du Malawi actuel. Des métis arabo-africains servent d’intermédiaires aux marchands d’esclaves.

Entre 1830 et 1850, à l’apogée de la traite zanzibarite, 20.000 départs d’esclaves sont enregistrés chaque année, chiffre auquel il faut ajouter plus de 10.000 ventes clandestines. Ormuz et Aden figurent parmi les destinations des esclaves noirs.

En 1856, Zanzibar obtient son indépendance d’Oman, grâce à l’intercession pas tout à fait désintéressée de la Grande-Bretagne.

Pour détourner l’attention des Européens de passage du trafic d’esclaves, le nouveau sultan, Bargache, déplace sa capitale sur le continent, à l’intérieur des terres, à Dar-es-Salam (actuelle capitale de la Tanzanie).

Le trafic d’esclaves et d’ivoire à destination de la péninsule arabe prend une ampleur sans précédent, sous l’impulsion d’un célèbre trafiquant local, Tippou Tip (ou Tippu Tip). Le journaliste et explorateur Henry Morton Stanley, qui s’y connaît en matière de crapulerie, dresse de lui un portrait des plus flatteurs : «C’est l’homme le plus remarquable que j‘aie jamais rencontré parmi les Arabes, les Swahilis et les métis d’Afrique». À sa mort, en 1905, à 65 ans, le négrier aura les honneurs du Times (*).

Vers le protectorat

En 1873, enfin, Londres fait fermer le marché aux esclaves après avoir imposé un embargo à l’île.

Zanzibar sert de base de départ à des explorateurs britanniques tels Livingstone et Speke, qui se lancent dans l’exploration de la région des Grands Lacs et à la recherche des sources du Nil.

Comme avant eux les Perses, les Arabes et les Portugais, les Britanniques réalisent bientôt l’intérêt stratégique de l’île. Ils s’en emparent à la fin du XIXe siècle en vue de réaliser le rêve de Cecil Rhodes d’une domination anglaise du Caire au Cap. Cette domination se concrétise après la Première Guerre mondiale, avec l’annexion du Tanganyika, pendant quelques années seulement…

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sources : le net, hérodote.net, diverses …..

Une réflexion sur “L’esclavage en terre d’islam de 610 à Zanzibar (1873), plateforme arabe de la traite négrière

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