l’édit de Milan et le christianisme (13 juin 313)

Constantin le Grand (280 – 337)

Le premier empereur chrétien

Constantin 1er, issu d’une lignée de militaires de fortune, apparaît comme le plus important des empereurs romains, César et Auguste mis à part.

Trois siècles après eux, il a donné une nouvelle jeunesse à l’empire tout en le réorientant vers une religion nouvelle, le christianisme, et en faisant basculer son centre de gravité vers l’Orient de langue et de culture grecques.

Le redressement de l’empire romain

Né à Naissus (aujourd’hui Niš, en Serbie), Constantin est le dernier d’une longue suite d’empereurs originaires d’Illyrie.

Ces hommes énergiques, militaires de modeste extraction, ont redressé le vieil empire à la fin du IIIe siècle, lorsqu’il était menacé par les premières attaques des Barbares. Ils ont fortifié les villes et renforcé les légions des frontières.

Constance Chlore, le père de Constantin, était césar dans la tétrarchie, un gouvernement à quatre institué par Dioclétien en 293. Il avait reçu en partage la Gaule, l’Espagne et la Bretagne et s’était établi à Trèves.

Son fils, né d’une concubine chrétienne,Hélène, témoigne de ses aptitudes de chef militaire. Après l’abdication volontaire des deux augustes (tétrarques principaux) Dioclétien et Maximien, il rejoint son père à York (Angleterre) et recueille son dernier soupir. Ses soldats le proclament alors auguste. Dans le même temps, à Rome, Maxence, fils de Maximien, est proclamé princeps par la garde prétorienne.

Comme la guerre éclate entre les héritiers des tétrarques, Constantin se lance avec ses armées sur Rome, traversant les Alpes au Mont-Genèvre. Il bouscule l’armée de Maxence au Pont Milvius, près de Rome, le 28 octobre 312. Maître incontesté de l’Occident, il convient avec Licinius, son dernier concurrent, d’un partage de l’empire. À lui l’Occident, à Licinius l’Orient.

Naissance de l’empire chrétien

Bon politique, Constantin 1er constate les progrès du christianisme. Il ne séduit encore qu’un dixième de la population de l’empire, surtout en Asie mineure et en Afrique du Nord, mais manifeste un dynamisme étonnant dans les villes. Lui-même se rallie à la nouvelle religion, avec la discrétion qui sied à sa fonction.

t à la politique de persécution de ses prédécesseurs, l’empereur prend le parti de s’appuyer sur la nouvelle religion pour consolider l’unité de l’empire. Le 13 juin 313, de concert avec son homologue d’Orient, Licinius, il publie à Milan un édit de tolérance qui lui rallie les chrétiens.

De façon prévisible, l’entente entre Licinius et Constantin ne dure pas. Dès l’année suivante, les deux hommes s’affrontent. La guerre prend un tour décisif en 324 avec la défaite de Licinius devant Andrinople puis à Chrysopolis. L’empire romain retrouve dès lors son unité sous l’autorité de Constantin.

Devant le succès de la doctrine du prêtre Arius, Constantin s’inquiète d’un schisme qui remettrait en question l’unité de l’empire. Il convoque lui-même unconcile oecuménique à Nicée en 325 pour apaiser les esprits. À la suite de la condamnation de l’arianisme par le concile, l’empereur ordonne l’exil d’Arius. Il inaugure ainsi le césaropapisme, une pratique de gouvernement qui se caractérise par la confusion des affaires séculières et des affaires religieuses entre les mains du souverain.

En-dehors de la légitimation du christianisme, la principale oeuvre de Constantin reste la fondation de Constantinople en 330, en vue de remplacer Rome comme capitale de l’empire. Il s’ensuivra à la fin du siècle

Le pape et Constantin

L'empereur Constantin guide le pape Sylvestre 1erAprès que Constantin a affronté Maxence à l’entrée de Rome, une légende tardive veut qu’il ait été guéri de la lèpre et converti à la foi chrétienne par le pape Sylvestre 1er, évêque de Rome.

Constantin, pour manifester sa reconnaissance, serait allé à la rencontre du pape et, humblement, aurait guidé son cheval par les rênes. Ensuite, il aurait fait don au pape des territoires environnant Rome.

Cette décrétale dite «donation de Constantin» a été opportunément exhibée par les conseillers de Pépin le Bref, au VIIIe siècle, pour justifier les prétentions du souverain pontife, sur l’exarchat de Ravenne, alors possession byzantine. On montra plus tard sans trop de difficultés qu’il s’agissait d’un faux de l’époque carolingienne.

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13 juin 313

Constantin promulgue l’édit de Milan

Le 13 juin 313, l’empereur Constantin, fort de sa victoire du pont Milvius sur son rival Maxence, promulgue l’édit de tolérance de Milan par lequel il légalise lechristianisme. C’est un retournement inattendu après la «Grande Persécution»inaugurée dix ans plus tôt par les tétrarques Dioclétien et Galère.

Le christianisme rassemble à cette date un dixième à peine de la population de l’empire romain (cinquante millions d’habitants environ). Il est surtout présent en Asie mineure (actuelle Turquie) et en Afrique du Nord.

Né dans les classes populaires, il gagne de plus en plus la faveur des classes supérieures et des élites intellectuelles et urbaines. Fort de la protection impériale, il va prendre son essor et s’imposer en quelques décennies comme la seule religion officielle de l’empire.

Le songe de Constantin avant la bataille du pont Milvius (fresque de Piero della Francesca, Arezzo, église san Francesco, vers 1460)

La «Grande Persécution»

La question religieuse est apparue dans l’empire romain à l’issue de la crise du milieu du IIIe siècle. Des soldats de modeste extraction issus d’Illyrie ou des régions danubiennes se succèdent à la tête de l’empire. Ils repoussent les premières invasions barbares et répriment les révoltes paysannes.

Soucieux de remettre de l’ordre dans les institutions et de rétablir l’unité morale de l’empire, ils favorisent  le culte du Soleil au détriment du polythéisme traditionnel.

Ce culte du Sol invictus (le Soleil invaincu) rassemble sous une même identité des divinités traditionnelles (Apollon) et des divinités orientales (Mithra). Il amorce une évolution du polythéisme païen vers le monothéisme façon hébraïque ou chrétienne.

Mithra sacrifie un taureau au Soleil invaincu (villa romaine de Milon, 1er siècle après JC)

L’empereur Aurélien, au pouvoir de 270 à 275, fait du culte solaire la religion d’État. L’empereur se présente lui-même comme l’émanation du dieu sur terre et revendique à ce titre d’être adoré tel une divinité. Ainsi l’empire évolue-t-il vers un pouvoir personnel et autocratique.

Dioclétien, au pouvoir de 293 à 305, veut aller plus loin. Il veut renforcer la cohésion culturelle et politique de l’empire. C’est pourquoi son règne est marqué par de violentes persécutions contre les communautés chrétiennes qui refusent de sacrifier au culte impérial. Elles sont les plus dures qu’ait jamais connues l’Empire romain et obligent les chrétiens à choisir entre le reniement et le «martyre».

La «Grande Persécution» commence en 299 avec l’exclusion de l’armée des soldats baptisés, ces derniers refusant en effet de verser le sang ! Puis, de février 303 à février 304, quatre édits impériaux inspirés à Dioclétien par Galère, lequel a plus que quiconque les chrétiens en horreur, ordonnent de brûler les livres saints et de raser les églises partout dans l’empire.

La persécution atteint son paroxysme avec un édit qui prescrit au début de 304 un sacrifice général dans tout l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines.

Les fonctionnaires locaux exécutent les édits avec un zèle relatif. Constatant l’échec de la répression et désireux de se concilier les chrétiens, l’empereur Galère, malade,  signe sur son lit de souffrance un premier édit de tolérance le 30 avril 311. Il meurt quelques jours plus tard, le 5 mai 311.

La religion devient une affaire individuelle

Après plusieurs années de guerres fratricides et l’élimination de son rival Maximin Daïa en avril 313, l’«Auguste» Licinius reste seul maître de la partie orientale de l’empire.  Constantin, qui tient la partie occidentale, le convainc de publier une déclaration commune en latin et en grec, les deux langues de l’empire, afin de restaurer la paix civile.  Elle est connue sous le nom d’édit de Milan, d’après la ville où elle a été promulguée.

Cette déclaration n’est pas la première du genre. D’autres l’ont précédée dans les précédentes décennies, y compris celle de Galère, deux ans plus tôt. Mais elle se singularise par le fait qu’elle introduit un élément nouveau dans la société romaine, à savoir la liberté religieuse.

Jusque-là, la religion était une affaire de communauté et d’identité ethnique. On suivait la religion de ses ancêtres et de son groupe. L’édit de Milan reconnaît à chaque individu la faculté de suivre la religion de son choix. C’est un changement radical de paradigme que relève Marie-Françoise Baslez, professeur d’histoire des religions à la Sorbonne (*).

L’édit de Milan lève par ailleurs les interdits qui pèsent sur la communauté des chrétiens. Les Églises locales se voient restituer les biens qui leur ont été confisqués, même lorsqu’ils ont été vendus à des particuliers.

Christianisation des moeurs

Dès lors, tout change assez vite. Constantin, discret sur ses convictions personnelles, continue de présider aux rituels païens en sa qualité de pontifex maximus (grand pontife). Il ménage aussi le Sénat qui siège à Rome et dont tous les membres sont restés fidèles au paganisme traditionnel. Il se contente d’interdire les sacrifices d’animaux, qu’il a en horreur.

Lui-même a sans doute hérité de sa mère Hélène, voire de son père Constance Chlore, un attachement sincère à la nouvelle religion.

Le christianisme n’en garde pas moins l’avantage. Sa doctrine séduit moins par le concept d’un dieu unique et transcendant (comme dans le judaïsme concurrent) que par ses préceptes nouveaux d’amour fraternel et d’égalité entre tous les êtres humains, par-delà les barrières ethniques, sociales ou sexuelles.

Pièce en argent frappée en 315 : Constantin et le chrisme chrétien (Munich, musée des monnaies, DR)

L’Église prend ses aises. Elle devient un élément de stabilité et un point de repère dans un empire brinquebalant.

Tandis que périclitent les institutions administratives, elle affirme sa solidité, fondée sur la légitimité démocratique et une hiérarchie respectée. Les évêques sont élus par le peuple et désignent eux-mêmes des suppléants (prêtres) pour guider la communauté.

Sous le règne de Constantin se met en place aussi une organisation religieuse du temps.

Vers 321, le repos hebdomadaire est imposé tous les sept jours, le jour du Sol invictus ou jour duSoleil. Le souvenir s’en conserve dans l’appellation donnée par les Anglais à ce jour :Sunday (le jour du Soleil).

Les autres langues occidentales conservent son appellation christianisée, diem dominicam (le jour du Seigneur, ou dimanche).

La fête annuelle du Soleil invaincu, fixée au 25 décembre par l’empereur Aurélien, vers 270, devient également la fête de la Nativité du Christ, bien que celui-ci fut plus probablement né au printemps.

Ainsi la religion chrétienne devient-elle la référence dominante autour de la Méditerranée, au IVe siècle, ainsi que le rappelle l’historien Paul Veyne (Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007).

Le serait-elle devenue sans la volonté personnelle de l’empereur Constantin?  Sans doute mais de manière plus lente et peut-être plus tourmentée.

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Le kiosque de l’Histoire

Le Monde de la Bible

Le Monde de la Bible

À l’occasion du 1700e anniversaire de l’édit de Milan, par lequel l’empereur Constantin a légalisé la religion chrétienne, Le Monde de la Bibleconsacre un hors-série très documenté à ce tournant majeur de notre Histoire.

Non seulement la nouvelle religion va rapidement prendre le pas sur les autres cultes jusqu’à les opprimer à son tour, à la fin du IVe siècle, mais elle va aussi bouleverser les moeurs. Ainsi le calendrier des fêtes et des rythmes sociaux va-t-il s’aligner sur les fêtes chrétiennes et l’incinération va-t-elle reculer devant l’inhumation…

Fils de l’empereur Constance Chlore et d’une servante d’auberge, Hélène, Constantin élimine ses rivaux par les armes et sans ménagement excessif. Instruit dans la religion chrétienne par sa mère et peut-être aussi son père, il témoigne d’une grande empathie à son égard et ne va cesser de la promouvoir, sans pour autant agresser les autres cultes.

Marie-François Baslez, professeur d’histoire des religions à la Sorbonne, montre que l’édit de Milan introduit avant tout la notion de liberté individuelle : il donne à chacun le droit de choisir sa religion sans en référer à son appartenance communautaire, nationale ou ethnique.

Robert Turcan, historien des religions antiques, se penche sur l’empereur lui-même. A-t-il agi par calcul politique en affranchissant les chrétiens ou par conviction personnelle? La vérité serait plutôt mitigée car Constantin, fervent soutien du clergé chrétien, n’a pas pour autant renié le culte solaire officiel.

D’autres chercheurs et historiens ont apporté leur contribution à ce dossier, notamment sur les figures d’Hélène et Eusèbe de Césarée ainsi que le concile de Nicée.

Le Monde de la Bible complète ce dossier avec des articles d’une brûlante actualité sur la liberté religieuse dans le monde actuel, notamment en France et en Allemagne, pays de tradition chrétienne confrontés à l’obligation d’intégrer l’islam.

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sources :

hérodote.net

André Larané

Jean-François Zilberman

Le Monde de la Bible

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23 mai 1430 Jeanne d’Arc est capturée à Compiègne et jugée et brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431

23 mai 1430

Jeanne d’Arc est capturée à Compiègne

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Le 23 mai 1430, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons en tentant de secourir avec sa troupe les habitants de Compiègne, au nord de Paris.

Les Anglais vont alors se la faire livrer, en vue de la faire condamner… par un tribunal ecclésiastique. Ils espèrent de la sorte mettre au jour sa nature de sorcière et dévaluer le sacre de leur ennemi Charles VII

Jeanne d'Arc faite prisonnière à Compiègne (Jules Eugène Lenepveu, 1886, Panthéon, Paris)
Vaines impatiences

En délivrant Orléans et faisant sacrer le roi Charles VII à Reims, Jeanne d’Arc a accompli la mission que lui ont confiée, selon ses dires, des voix célestes. D’ailleurs, après le sacre, elle admet ne plus entendre ses voix…

Mais emportée par son succès et la faveur des foules, elle veut en finir au plus vite avec les Anglais. Elle part avec Charles VII à la reconquête du Bassin Parisien. L’armée royale entre sans coup férir à Soissons, Château-Thierry, Provins, Crépy-en-Valois et les villes de l’Oise.

Encouragé par Jeanne, le «beau duc» Jean d’Alençon, gendre de Charles VII et chef de l’armée royale, mène celle-ci à Saint-Denis, aux portes de Paris. Mais les Français de la capitale, satisfaits de leur sort, n’ont nul désir de revoir la redoutable faction des Armagnacs qui entoure le roi.

Quant à l’entourage du roi, conduit par sa belle-mère Yolande d’Aragon, il préfère négocier une trêve avec le cousin ennemi de Bourgogne, le  «Grand-Duc d’Occident»Philippe le Bon. Par la trêve, conclue le 28 août, ils promettent au duc de recouvrer les villes perdues de l’Oise.

De leur côté, Jeanne et d’Alençon ne se résignent pas et lancent une attaque sur la capitale le 8 septembre 1429, fête de la Nativité de la Vierge ! Beaucoup s’indignent que la Pucelle engage le combat ce jour-là. Elle-même est blessée d’une flèche à la cuisse et l’assaut tourne court.

À nouveau tenté par le repli, Charles VII  ramène l’armée à Gien, sur la Loire, et la licencie le 21 septembre 1429. Dans le même temps, il commence à tenir l’héroïne à l’écart tout en lui faisant miroiter les délices de la vie de cour. En témoignage de reconnaissance, il l’anoblit ainsi que sa famille le 24 décembre 1429 (son nom, Darc, devient dès lors d’Arc). Il confie la prévôté de Vaucouleurs à son frère Pierre, qui a combattu à ses côtés, et dispense cette châtellenie de l’impôt.

Comme Jeanne ne se laisse pas adoucir par les faveurs, il lui confie le soin de combattre un brigand mais celui-ci lui inflige un échec humiliant à la Charité-sur-Loire où il s’est réfugié.

À la cour, le grand chambellan La Trémoille et l’archevêque de Reims Regnault de Chartres, chancelier de France, qui privilégient la négociation avec les Bourguignons, manigancent sa perte. Ils suscitent une prophétesse rivale, Catherine de La Rochelle, que Jeanne rencontre et renvoie en lui conseillant d’aller «faire son ménage et soigner ses enfants».

De l’échec au drame

De leur côté, les Anglais sont très affaiblis et quelque peu démoralisés par leurs échecs successifs depuis la levée du siège d’Orléans. Leur régent, le duc de Bedford, se voit contraint d’appeler à l’aide le cardinal de Winchester, son oncle, qui a déjà mis sous sa coupe l’Angleterre et son régent, le duc de Gloucester. Le cardinal détourne vers la France une armée qu’il avait recrutée pour combattre les hérétiques hussites dans la lointaine Bohème. Lui-même et ses soldats rencontrent à Paris le duc de Bourgogne le 30 septembre 1429.

Leurs alliés bourguignons se sentent pousser des ailes. Fringant étalon, le duc Philippe le Bon célèbre avec Isabelle de Portugal son troisième mariage le 10 janvier 1430 et par la même occasion crée le fameux Ordre de la Toison d’Or. Là-dessus, en avril, à la fin de l’hiver, il décide délibérément de rompre la trêve et se lance à la reconquête de Compiègne, un verrou sur l’Oise, au nord de Paris, qui l’empêche de lier ses possessions à celles des Anglais.

Le 15 avril 1430,  il entame le siège de la ville avec son lieutenant Jean II de Luxembourg-Ligny, comte de Guise. Les habitants appellent Jeanne à l’aide. Celle-ci lève avec ses propres deniers une troupe de 400 mercenaires et se précipite à leur secours sans en référer au roi. Elle entre dans la ville à la faveur de la nuit. Mais le lendemain, le 23 mai 1430, en tentant une sortie, elle est encerclée par les Bourguignons et capturée par un archer picard qui la livre à son seigneur Jean de Luxembourg.

Jeanne n’a pas l’espoir que le seigneur bourguignon demande une rançon au roi Charles VII en échange de sa libération car elle-même, quelque temps plus tôt, a refusé de libérer contre rançon un routier bourguignon, Franquet d’Arras, et l’a au contraire livré à la justice royale pour qu’il soit exécuté en vertu de ses crimes innombrables.

La Pucelle est donc dans un premier temps enfermée au château de Beaulieu-en-Vermandois, d’où elle tente de s’échapper. Le mois suivant, elle est transférée au château de Beaurevoir, au nord de la Picardie. Elle tente une deuxième fois de s’évader en se laissant descendre le long d’une corde confectionnée avec ses draps. Mais la corde rompt et elle fait une chute douloureuse.

Très vite, son geôlier est harcelé par Henri Beaufort, cardinal de Winchester, qui, à Londres, a repris en main les affaires du Continent. Celui-ci veut à tout prix que la captive soit jugée et condamnée pour sorcellerie et hérésie afin de couper court à sa popularité et ruiner le crédit de Charles VII… Que vaudrait en effet un sacre acquis grâce à une sorcière ?

L’Anglais multiplie les pressions, entame le blocus des ports flamands et finalement rachète Jeanne pour dix mille livres tournois, soit un montant équivalent à une rançon royale ! La prisonnière est conduite à Arras, puis au Crotoy, à Dieppe et enfin à Rouen où elle doit être jugée. Son procès va pouvoir commencer…

Ingratitude

Le roi Charles VII, peu conscient de l’enjeu, n’esquisse aucun geste en sa faveur. Son grand chambellan Georges de la Trémoille, retors et corrompu, hostile à la Pucelle, le dissuade de la racheter.

Toutefois, sous le choc, les troupes royales semblent se réveiller de leur torpeur. Le 25 octobre 1430, Xaintrailles et La Hire obligent Jean de Luxembourg à lever le siège de Compiègne. Le duc de Bourgogne détourne son attention vers le Brabant. C’en est fini de la menace d’une jonction des domaines anglais et bourguignons. Les troupes de Charles VII ont repris l’initiative. Jeanne captive a gagné.

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30 mai 1431

Jeanne d’Arc est brûlée vive à Rouen

Le 30 mai 1431, Jeanne d’Arc est brûlée vive à Rouen, sur la place du Vieux-Marché, après un procès inique. Elle est victime de ce que les Anglais voulaient à tout prix la convaincre d’hérésie (et accessoirement de sorcellerie) pour abaisser ainsi le roi Charles VII qu’elle avait diligemment servi.

Son procès, dont on a conservé et publié les minutes, témoignent d’une personnalité d’exception, avec un esprit acéré et une conscience pure.

Jeanne d'Arc au bûcher, miniature(Les Vigiles de Charles VII, manuscrit réalisé par Martial d'Auvergne en 1477-1483, BNF)
La Pucelle jugée par l’Église

Capturée au siège de Compiègne, le 23 mai 1430, Jeanne d’Arc est vendue par les Bourguignons aux Anglais, lesquels n’ont qu’une hâte : la faire condamner par un tribunal ecclésiastique afin de déconsidérer le roi Charles VII et rendre le moral à leurs troupes. Celles-ci, il est vrai, ne se montrent plus guère offensives depuis le siège d’Orléans.

Après un passage à la forteresse du Crotoy, au bord de la Manche, Jeanne arrive à Rouen la veille de Noël 1430. Elle est enfermée au château du Bouvreuil, la forteresse de la ville, qui accueille ordinairement des prisonniers hommes. Pour l’occasion, une tour lui est réservée. Elle est placée sous la garde du gouverneur de la ville, Richard de Beauchamp, comte de Warwick.

Pas moins de quatre ou cinq rustres veillent sur elle nuit et jour. Ont-ils pu tenter de la violer? La chose est peu probable car les gardes, superstitieux, devaient être rebutés à l’idée de toucher une prétendue sorcière.

Le tribunal d’Église qui doit la juger est présidé par Pierre Cauchon, l’évêque de Beauvais, dont dépend Compiègne, le lieu de sa capture.  Cauchon est un théologien respecté de l’Université de Paris, d’environ 60 ans. Il est entré au service du duc de Bourgogne, ce qui lui a valu l’évêché de Beauvais. Désireux de se faire bien voir des Anglais, il arrange le procès en hérésie et pour cela s’adjoint le concours du frère dominicain Jean Le Maître, vicaire de l’inquisiteur en France.

Jeanne devant ses juges (lettrine d'un manuscrit du XVe siècle, BNF)Le procès s’ouvre le 9 février 1431 avec les deux juges et quelques dizaines d’assesseurs. Il est fréquemment suspendu et à plusieurs reprises, le très puissant cardinal de Winchester vient remplacer Cauchon à la tête du tribunal.

Ces ecclésiastiques admettent difficilement que Dieu ait pu s’adresser par-dessus leurs têtes à une fille du peuple. Ils dépêchent des enquêteurs à Domrémy mais les témoignages des habitants sont si favorables à l’accusée qu’ils doivent détruire leur rapport. Ils reprochent à Jeanne d’avoir revêtu des habits d’homme (sic), en contradiction avec un précepte du Deutéronome, d’avoir essayé de se suicider à Beaurevoir (il s’agissait en fait d’une tentative d’évasion) et bien sûr d’avoir eu de fausses visions.

Interrogée par Jean Beaupère, l’un des juges, sur son état de grâce, elle répond : «Si je n’y suis, Dieu m’y mette, si j’y suis, Dieu m’y tienne !»

Les actes du procès témoignent de l’extraordinaire force de caractère de l’inculpée.Ainsi à propos de l’assassinat de Jean sans Peur : «Croyez-vous que votre roi a bien fait de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgogne ? — Ce fut grand dommage pour le royaume de France. Mais quelque chose qu’il y eût entre eux, Dieu m’a envoyée au secours du roi de France.»

Incapable de faire fléchir la jeune fille et pressé d’en finir par le cardinal de Winchester, qui se dispose à quitter Rouen, l’évêque Cauchon précipite la procédure. Il soumet à Jeanne un réquisitoire de douze articles qu’elle récuse en bloc. Il décide alors de lui faire peur.

Le 24 mai 1431 au soir, Jeanne est traînée au cimetière de l’abbatiale de Saint-Ouen où a été préparé un bûcher. Sur une estrade se tient le cardinal de Winchester. Le bourreau est prêt à l’ouvrage. On la menace de torture et on lui montre les instruments. Puis l’évêque Cauchon list l’acte d’accusation par lequel il la livre au bras séculier afin qu’elle soit brûlée (l’Église s’interdit de procéder elle-même à une exécution). Mais il lui fait savoir aussi que, si elle se rétracte et renonce à ses habits d’homme, elle sera confiée à l’Église et échappera à la mort.

Le prédicateur Guillaume Evrard a la maladresse de s’en prendre au roi : «Ton roi est hérétique et schismatique ! — J’ose bien vous dire et vous jurer sur ma vie que c’est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, ceui qui aime le mieux la foi et l’Église. Il n’est pas tel que vous le dites», bondit la malheureuse.

Jeanne, épuisée, signe un document par lequel elle accepte de se soumettre à l’Église et de reprendre ses habits de femme. La sentence de mort est commuée en un emprisonnement à vie.

Le procès de Jeanne d'Arc, miniature du XVe siècle, BNF
Le bûcher

Jeanne d’Arc revient dans sa cellule au grand mécontentement des Anglais qui auraient voulu une exécution rapide. Les soldats menacent même de s’en prendre aux juges et à l’évêque… Mais quelques jours plus tard, s’étant fait dérober ses vêtements et craignant à juste titre pour sa vertu, elle reprend des habits d’homme, ce qui lui vaut d’être cette fois condamnée au bûcher comme relapse (se dit de quelqu’un qui retombe dans l’hérésie).

Vêtue d’une robe soufrée destinée à la faire brûler plus vite et coiffée d’une mitre sur laquelle sont écrits des mots infâmants, la jeune fille est conduite sur le lieu de son supplice. Détail sordide : le bûcher étant trop élevé, le bourreau Geoffroy Thérage se trouve dans l’impossibilité d’étrangler sa victime avant que les flammes ne l’atteignent, ce qui vaut à Jeanne de périr vive dans de grandes souffrances.

Comme Winchester souhaite un ultime aveu, l’évêque Cauchon s’approche des flammes mais c’est pour s’entendre dire : «Évêque, je meurs par vous ! ». Et dans un dernier défi, elle murmure: «Que j’aie bien fait, que j’aie mal fait, mon Roi n’y est pour rien !…» Un des juges, pris de remords, confiera : «Je voudrais que mon âme fût où je crois qu’est l’âme de cette fille ! »

Après le supplice, le bourreau se voit chargé de jeter les cendres dans la Seine afin d’éviter qu’elles ne deviennent objet de ferveur.

En dépit de cette fin tragique, qui apparaît dans l’instant comme un échec, la détermination de Jeanne d’Arc, soutenue par sa foi, a changé le cours de l’Histoire. Sa foi et sa fougue ont sauvé la dynastie des Valois. Fallait-il voir en elle une sainte catholique ? C’est une autre affaire.

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sources hérodote.net

André Larané

écrites de l’époque ..

Le procès de Jeanne d’Arc

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jeanne/

Le procès de Jeanne d’Arc

http://www.clerus.org/clerus/dati/2001-10/23-13/JeanneArc.html

Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc : raconté et traduit, …

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k551683

Procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc : raconté et traduit, …

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jeanne/

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1895_num_56_1_462831

http://www.stejeannedarc.net/rehabilitation/enquete_1450.php

Des origines à nos jours, Histoire de ou du ….(mon) village !!!

8000 ans avant JC

Sédentarisation et agriculture 

Entre l’an 12.500 et l’an 7.500 avant JC, de petites communautés humaines commencent à se grouper dans des villages permanents. Puis elles développent l’agriculture en complément de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Elles pratiquent ensuite l’élevage et enfin cultivent les arts du feu, notamment la poterie et la métallurgie du bronze.

Les hommes cessent d’être seulement des prédateurs qui puisent leur subsistance dans la nature. Ils deviennent des producteurs qui renouvellent ce qu’ils consomment (graines, gibier) par les semis et l’élevage. Ce changement est observé au Moyen-Orient et presque simultanément en Chine du nord, au Sahara et dans la Cordillère des Andes.

Avant l’agriculture

Avant que ne survienne ce changement, les premiers hommes vivaient dans des abris sous roche et tiraient leur subsistance de la chasse, de la pêche et de la cueillette… Ainsi vivaient par exemple les hommes qui décorèrent les grottes de Lascaux et d’Altamira (16.000 ans avant notre ère).

Nomades et peu nombreux (quelques centaines de milliers en tout et pour tout), ils parcouraient la terre en quête de nourriture. Ils jouissaient sans trop de mal des fruits de la Terre, d’autant qu’après la dernière glaciation, qui remonte à 16.000 ans avant JC, le réchauffement du climat avait favorisé dans les zones tempérées la prolifération du gibier, des céréales (blé et orge) et des légumineuses (pois ou lentilles).

Ces premiers hommes utilisaient des pierres et des os pour se défendre, découper la viande et déterrer les racines. Pour rendre ces outils rudimentaires plus coupants et plus pointus, ils les taillaient avec du silex (une pierre extrêmement dure). Cette lointaine époque est pour cela appelée l’Âge ancien de la pierre taillée, ouPaléolithique (du grec palaios, ancien, et lithos, pierre). Elle a duré 20.000 ans.

Mines à silex

Le silex, roche siliceuse très dure, est présent sous forme de gisements dans certains sols calcaires. Il a été très utilisé par les premiers hommes et même, au temps des pharaons, par les Égyptiens.

Les meilleurs gisements étaient exploités comme des mines de charbon et la précieuse pierre faisait l’objet d’échanges commerciaux. On peut voir une reproduction de mine de silex à Samara, près d’Amiens.

Premiers villages

Tout change vers 12.500 ans av. J.-C.. Le changement est si important que les préhistoriens le qualifient de «révolution néolithique».

Le mot Néolithique a été forgé en 1865 par le banquier et naturaliste sir John Lubbock à partir du grec neos, nouveau, et lithos, pierre. Il signifie l’Âge nouveau de la pierre polie et fait suite au Paléolithique… l’Âge ancien de la pierre taillée.

Le Moyen-Orient se couvre à cette époque-là de graminées (céréales) et l’«on a pu calculer qu’une personne pouvait récolter en deux semaines assez d’engrain sauvage pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un an» (*).

Au Proche-Orient, dans la région du Jourdain, certaines communautés profitent de cette nourriture abondante à portée de main pour habiter à plusieurs familles dans un village permanent plutôt que de se déplacer sans cesse et de dormir dans des abris de fortune. Ils choisissent de vivre groupés mais sans rien changer à leur pratique de chasseur-cueilleur. Ces villages marquent le début d’une période charnière appeléeMésolithique (du mot grec mesos qui signifie milieu).

L’archéologue Jean Perrot a mis au jour le site d’un tel village à Mallaha, au nord d’Israël, en 1955. Il s’agit d’un hameau de cinq ou six maisons rondes, semi-enterrées et en dur, construit entre 12.500 et 10.000 avant JC. Des hameaux similaires ont été aussi mis au jour près du Mont Carmel et sur le site de Ouadi en-Natouf d’où l’appellation de Natoufiens donnée par les savants aux représentants de cette lointaine culture.

«Par leur sédentarité, ces groupes accrus s’enracinent en outre dans un milieu stable, où la société des morts, dont témoignent les premiers cimetières mêlés aux habitants, renforce métaphoriquement celle des vivants et peut légitimer en quelque sorte son implantation fixe», écrit Jacques Cauvin (*).

Rencontre du chien et de l’homme

Avec les Natoufiens du Mont Carmel (Israël), qui vécurent 10.000 ans avant JC, nous découvrons le plus ancien ami de l’homme : le chien. C’est le premier exemple de domestication animale… Les hommes du Mésolithique ont attendu trois mille ans avant de domestiquer un nouvel animal : la chèvre.

Au cours du demi-millénaire suivant (10.000 à 9.500 avant JC), dans la même région, les Khiamiens multiplient les représentations de femmes. Il s’agit de figurines en calcaire assimilables à une déesse Mère. Elles cohabitent avec des représentations de taureaux, le taureau étant le symbole de la force virile et indomptable.

Les cultes de la déesse Mère et du taureau se diffusent de concert… de même que la vénération des crânes.

Premiers semis

L’agriculture n’a pas été à proprement parler inventée. Les chasseurs-cueilleurs savaient de toute éternité qu’en lâchant une graine sur le sol, elle donnerait une nouvelle plante. Au début de l’humanité, tirant assez de ressources de la simple cueillette, ils ne se souciaient pas d’exploiter méthodiquement cette observation.

Puis, on l’a vu, les hommes ont commencé à se grouper en petits villages sans cesser de pratiquer la chasse et la cueillette, simplement parce que la vie en communauté leur apportait plus de confort et de sécurité que la vie en solitaire. L’amélioration des conditions de vie a alors favorisé la croissance de la population.

Autour des villages, il est devenu de plus en plus difficile de s’en tenir à la simple cueillette. C’est ainsi que l’on a commencé de favoriser la croissance des plantes autour des maisons. Puis, on s’est astreint à des travaux de binage et d’entretien des parcelles pour en améliorer le rendement.

Les origines de ce changement ne sont pas complètement élucidées mais le préhistorien Jacques Cauvin peut toutefois affirmer que «le passage à l’agriculture n’est pas, à ses débuts, une réponse à un état de pénurie» (*).

Plantes sauvages, plantes cultivées

Le tournant agricole se repère à la modification des caractères génétiques des restes végétaux qu’ont retrouvés et analysés les archéologues.

Les céréales sauvages ont des graines qui, à leur maturité, s’envolent d’elles-mêmes au premier souffle de vent. C’est la condition de leur reproduction. Or, les hommes, quand ils récoltent les graines mûres en vue de leur consommation ou d’un semis volontaire, prennent, par la force des choses, les graines qui sont restées attachées à l’épi du fait d’une mutation génétique rare. C’est ainsi que les céréales mutantes caractérisées par un rachis solide (le rachis désigne la fixation de la graine à l’épi) tendent à se multiplier dans les zones cultivées, au détriment des céréales ordinaires.

C’est à ce phénomène que les archéologues reconnaissent l’existence de pratiques agricoles. Ils ont ainsi repéré les premiers signes d’une domestication des céréales chez les Khiamiens de l’oasis de Damas.

Révolution culturelle

Des deux millénaires qui s’écoulent entre 9500 et 7500 avant JC, il nous reste des vestiges remarquables sur le site de Jéricho, la plus ancienne des villes actuelles, comme sur celui de Mureybet, au bord de l’Euphrate (l’Irak actuel).

Selon les propos de Jacques Cauvin, ces vestiges témoignent d’un véritable choc culturel avec la banalisation de l’agriculture, l’apparition de l’élevage et le développement d’une civilisation urbaine, avec aussi une hiérarchie sociale et une segmentation par profession.

Une nouvelle architecture émerge avec des maisons à plan rectangulaire. La forme ronde est dès lors réservé aux maisons communautaires ou aux sanctuaires (comme aujourd’hui le chevet des églises ou le mirhab des mosquées). Les maisons rectangulaires non enterrées et les premières chèvres domestiquées témoignent de la volonté des hommes de s’affranchir des éléments naturels et de les dominer.

La révolution néolithique se diffuse assez vite du Levant (la région du Jourdain) vers l’Anatolie (la Turquie actuelle). On en trouve les traces à Cayönu et Nevali ainsi qu’à Catal Hüyük. Le site archéologique de Catal Hüyük, près du lac de Konya montre des maisons resserrées, auxquelles on accède par le toit (à cause du climat froid de la région). Ce village aurait été fondé vers 7.500 avant JC. Enfin, entre 7.500 et 6.200 avant JC, c’est l’explosion, le «grand exode» ! Des migrants diffusent l’économie urbaine et agro-pastorale du néolithique au-delà du Moyen-Orient, vers l’Europe comme vers les monts Zagros (Iran).

L’émergence au Néolithique de la sédentarisation et de l’agriculture a partout des conséquences incalculables sur l’organisation sociale. Il faut que chacun se prémunisse contre le risque de se faire dépouiller de ses cultures et de ses provisions. Ainsi naissent la propriété et le droit qui s’y attache.

Vers l’âge des métaux

La révolution néolithique se clôt avec l’apparition de la poterie et des premiers objets métalliques.

– poteries et céramiques :

Moulées à la main (sans tour) et cuites au four, les premières poteries sont fragiles. Elles n’en permettent pas moins des changements culinaires importants en autorisant la prépation de soupes et bouillies.

Notons que la poterie surgit au Japon dès le XIIe millénaire avant JC et dans le Sahara au IXe millénaire, soit bien avant l’invention de l’agriculture !

– Travail des métaux :

Pour travailler la terre, les paysans utilisent des outils de plus en plus spécialisés : houe, faucille… Ces outils sont en bois, en pierre polie, voire en bronze.

Dès 4.500 ans avant JC, les hommes du Levant s’aperçoivent qu’en faisant fondre certaines roches (il s’agit de minerais), ils obtiennent un matériau mou et malléable à chaud qui devient très dur et résistant en refroidissant. Quand il est bien modelé à chaud, ce matériau (le métal) rend plus de services que la pierre taillée ou polie.

Le premier métal qu’apprennent à travailler les hommes est le cuivre, produit à partir de la malachite. Certains préhistoriens appellent Chalcolithique ou Âge du Cuivre la période incertaine qui suivrait immédiatement  l’Âge de la pierre.

Les hommes apprennent également à produire de l’étain à partir de la cassitérite et, en mélangeant le cuivre et l’étain, obtiennent du bronze, un alliage aux vertus intéressantes, qui se prête à la fabrication d’armes et d’outils. C’est ainsi qu’après l’époque néolithique vient l’Âge des métaux.

– Vers des métiers spécialisés :

Les paysans font appel à des artisans spécialisés pour leur fournir les outils et les vêtements dont ils ont besoin. Ces artisans tissent la laine du mouton ainsi que des fibres végétales comme le lin ou le chanvre, pour en faire des vêtements. D’autres fabriquent des poteries en terre cuite pour conserver les céréales et l’huile ainsi que pour cuire les aliments…

Au Moyen-Orient, au bout de quelques milliers d’années, les pluies se faisant plus rares, les populations d’agriculteurs se concentrent dans une région en forme de croissant que nous appelons pour cette raison Croissant fertile.

Le Croissant fertile

  Cette carte montre le Croissant fertile (en vert bien sûr). Dans cette région aujourd’hui en grande partie désertique qui va de l’Égypte à la Mésopotamie (l’Irak actuel) sont nées les villes, l’agriculture et l’écriture !

Dans ce Croissant fertile, de grands fleuves favorisent l’irrigation des champs et compensent la raréfaction des pluies. Ces fleuves sont le Nil, qui traverse l’Égypte, le Jourdain, qui baigne la Palestine et surtout le Tigre et l’Euphrate dont le bassin forme la Mésopotamie (aujourd’hui l’Irak).

L’écriture, apparue presque simultanément en Mésopotamie et en Chine, 3 à 4.000 ans avant notre ère, engendre les premiers États avec un embryon d’administration. L’humanité entre dans l’Histoire…

La Bible et la révolution néolithique

La Bible des Hébreux, ensemble de textes faisant référence à des événements immémoriaux, témoigne, d’après le préhistorien Jacques Cauvin, d’une singulière concordance avec le déroulement de la révolution néolithique.

Ainsi la découverte de la nudité par Adam et Ève serait-elle assimilable à la révélation de la finitude de la vie ; la perte du jardin d’Eden traduit l’éloignement de la divinité (cet éloignement se retrouve dans l’opposition en architecture entre le cercle – temple – et le rectangle – maisons ordinaires -) ; Caïn illustre l’avènement de l’agriculture et Abel, son frère cadet, de l’élevage.

Communautés vouées par définition à l’agriculture, les villages demeurent bien ancrés dans notre imaginaire malgré l’exode rural… et l’exode urbain qui l’a suivi et a vu les salariés des villes, les touristes et les retraités réoccuper les fermes abandonnées.

Remontons le cours de l’Histoire et suivons l’apparition de ces villages.

Occuper le territoire

Pietr Mondrian, L'Église du village, 1898, collection privéeLe village a précédé l’agriculture : il y a près de 12.000 ans, des habitants du Levant renoncent aux inconfortables huttes de chasseurs-cueilleurs pour investir dans des habitations plus solides. Fini le provisoire et l’insalubre !

Les débuts sont humbles, on se contente de cabanes en torchis ou en pierre, parfois à demi-enterrées, élevées à proximité des ressources indispensables à la vie d’un petit groupe : cours d’eau bien sûr, mais aussi zone de chasse.

Au fil des siècles, la vie semi-nomade devient totalement sédentaire et pour éviter d’avoir à se déplacer trop loin pour cueillir ou chasser la nourriture, on développe les semis autour des habitations et l’on domestique les animaux (après le chien, compagnon de chasse, c’est la chèvre, qui donne son lait et sa viande).

Le village prend alors forme tandis que, face à l’accumulation des biens, l’esprit de propriété se développe, faisant de chaque étranger un ennemi potentiel. Ayant compris que l’union fait la force, on se protège en regroupant les habitats. Le village devient non seulement lieu de vie communautaire mais aussi de défense pour la quinzaine de familles qui s’y sont installées. Enfin tranquille ? Pas tout à fait…

Pourquoi faire comme tout le monde ?

Parmi les plus beaux villages, certains doivent leur renommée à leur emplacement quelque peu original. C’est le cas des villages lacustres ou palafittes (de l’italienpalafitta : «pieu fiché»), dont on trouve des exemples à travers le monde entier, en commençant par Venise, construite sur les îlots de la lagune du Lido au moment de l’invasion des Huns.

Comme les nids d’aigle occupés par les villages perchés, ces villages lacustres avaient en effet pour but principal de protéger leurs occupants des attaques en utilisant l’eau comme obstacle naturel. Si les premiers habitats étaient certainement à flanc de colline ou à l’entrée de grottes, d’autres ont directement été creusés à l’intérieur des roches, comme les villages troglodytiques de Cappadoce ou, plus près de nous, des bords de Loire.

L’excentricité peut également venir du désir de célébrer un saint facétieux, qui aurait choisi le lieu le plus inaccessible pour séjourner : pensons à Rocamadour ou encore au Mont Saint-Michel, la «merveille de l’Occident». Citadelles étoilées à la Vauban ou bories en pierres sèches de Provence, les architectes s’en donnent à cœur joie !

Vue du village de Rocamadour, photo : Gérard Grégor

Un peu d’ordre !

Si ces premières «agglomérations» sortent de terre dans l’anarchie, rapidement on se rend compte qu’une certaine organisation devient indispensable. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi ! C’est pourquoi, par exemple en Europe centrale, les maisons en en argile des premiers «paysans du Danube» se trouvent toutes orientées dans le même sens, celui des vents dominants. Au centre, un bâtiment plus important fait office de lieu de réunion tandis qu’un système hiérarchique, visible à la présence de bâtiments plus importants, se met en place.

Mais on n’est jamais trop prudent : à partir du IVe millénaire avant notre ère, on commence à ajouter palissades et fossés qui transforment les villages en camps fortifiés. Les communautés, de plus en plus nombreuses, commencent en effet à se concurrencer et s’observer d’un mauvais œil.

Dans le monde celtique ou gaulois, cette évolution donne naissance au 1er siècle av. J.-C. aux oppida (pluriel d’oppidum), places fortes situées en hauteur, entourées de murs cyclopéens et parfaitement organisées avec les artisans à proximité de la porte principale, puis les demeures des nobles, enfin, au centre, le sanctuaire.

Il ne s’agit plus tout à fait d’un village mais plutôt d’une ville, avec ses fonctions sociales diversifiées. La campagne alentour est émaillée de fermes isolées et de cabanes familiales. Bibracte, capitale des Éduens, en Bourgogne, est un bel exemple d’oppidum.

Villa romaine, mosaïque  du IVe s. ap. J.-C., musée du Bardo, Tunis

De la villa au village

Profitant de la paix romaine, les Gaulois et autres Celtes quittent leur oppidum pour s’installer en plaine. Les campagnes se couvrent alors d’un nouveau type d’habitation, la villa, exploitation agricole plus ou moins importante, soumise à l’autorité d’un propriétaire riche et puissant.

À la fin de l’empire, la villa devient un point d’ancrage pour les paysans pauvres ruinés par une fiscalité écrasante. Ainsi en est-il de Montmaurin, au pied des Pyrénées. Mais les invasions barbares du Ve siècle changent la donne : les habitants commencent à se regrouper derrière les murs construits autour des anciennes villae et, mieux encore, trouvent protection à l’ombre des premiers châteaux forts, constructions rustiques en bois qui servent de refuge à un seigneur et à ses hommes (les châteaux en pierreapparaissent seulement vers l’An Mil).

Les châteaux poussent un peu partout grâce à la montée en puissance de ces seigneurs qui suppléent au IXe siècle à l’incurie des rois carolingiens face aux attaques des Vikings, Sarrazins et autres pillards. Dans les régions montagneuses ou vallonnées, ils sont érigés sur les crêtes et les éperons rocheux ; dans les plaines, sur des mottes artificielles ou «mottes castrales».

Établis à proximité immédiate des châteaux, les premiers villages médiévaux concentrent toute la vie économique du pays du fait de la quasi-disparition des villes antiques. Ils ne bénéficient pas de plan d’urbanisme mais tirent leur harmonie d’une judicieuse adaptation à la topographie et au climat local. Il en va autrement avec les sauvetés et les bastides à vocation militaire beaucoup plus tardavec un aménagement en damier ou en cercle.

Aux alentours de 1300, le maillage rural de la chrétienté occidentale est à peu près achevé, proche de celui que nous connaissons aujourd’hui, avec ses villages serrés autour de leur église paroissiale et de leur cimetière, témoin d’une histoire plus que millénaire.

L’État s’en mêle

Le 14 décembre 1789, en France, les députés de la Révolution décident la fin de toute distinction entre villes et villages : ne restent que des communes au territoire précis, à la population dénombrée et soumise à une administration représentative, désignée par des élections. Les premiers votes se déroulent dès février 1790 et aboutissent à la mise en place de près de 44.000 municipalités, généralement issues des paroisses.

La Fête de village, art populaire avant 1837, Paris, Musée des Civilisations de l'Europe et de la MéditerranéeLa Première République, en 1792, enlève au curé le registre des naissances, mariages et décès et le place sous la responsabilité du maire.

Avec la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, c’est l’entretien du patrimoine religieux qui incombe désormais aux 36.600 communes qui ne vont par la suite cesser d’élargir leurs compétences, notamment grâce aux lois Deferre de décentralisation de 1982.

Échelons de proximité auxquels sont particulièrement attachés les Français, les communes rurales souffrent cependant de leur petitesse et se lancent dans des structures d’intercommunalité pour suppléer à leurs déficiences. L’avenir dira si cette stratégie est la bonne pour conserver l’âme de nos villages !

Dis-moi quel est ton nom…

Villes et villages portent dans leurs noms les étapes de notre Histoire. Vous habitez Narbonne ou Marseille ? Vous vivez donc sur les traces des Ligures (Narbo), ancêtres des Gaulois, ou des Grecs (Massalia). À moins que vous ne soyez plutôt attaché à d’anciennes terres gauloises, comme Huisseau (de uxellos : «le lieu élevé»), Brèves (de briva : «le pont») ou Argenteuil (de argentoïalos «la clairière de l’argent»).

Du côté gallo-romain, les propriétaires des anciennes villae survivent dans les très nombreux noms en –ac (-acum) du Sud-Ouest, en -ville de Normandie, en –y du Nord ainsi que dans la façon de désigner les hameaux avec la préposition «chez»(de casa : «la maison»).

De son côté, la langue germanique se niche dans les -berg («le mont») de Schneeberg («le mont enneigé») ou Kirchberg («l’église sur le mont»). Plus tard, les temps féodaux nous ont légué toutes les appellations de localités dédiées à un saint, habitude remise en cause à la Révolution : c’est ainsi que la commune de Saint-Esprit, près de Bayonne, fut (provisoirement) rebaptisée du nom plus patriote de Jean-Jacques Rousseau !

C’est également la célébration de la patrie qui valut à Magenta (Indre) et La Crimée (Loiret) de rejoindre nos cartes géographiques. D’autres noms ont une origine plus anecdotique, comme ce Attin la Paix Faîte (Pas-de-Calais) qui, dit-on, célèbre une douce réconciliation entre Napoléon et Marie-Louise… Notons, au moment de la création de villes nouvelles dans les années 1960, la mode du retour à l’Antiquité dont bénéficia par exemple Sophia-Antipolis, appellation plus érudite mais moins malicieuse que certains Mouillepied, Pisse-Grenouille et Trousse-chemise…

Détail de la carte de Cassini, 1815, Institut géographique national, Saint-Mandé

«Mon village, au clocher, aux maisons sages…» (Charles Trenet)

En ce XXIe siècle, les Français cultivent la nostalgie du village, paisible, riche de ses traditions et opposé à la ville moderne, anonyme et au rythme de vie infernal. Il leur rappelle aussi leurs origines paysannes.

Affiche de campagne de François Mitterrand, 1981La ruralité reste donc encore solidement ancrée dans l’inconscient collectif, au point de devenir un des éléments clefs de l’affiche de campagne de François Mitterranden 1981, avec un village nivernais derrière le candidat de «la force tranquille» !

Elle exprime aussi l’attachement aux racines, voire la résistance face à l’envahisseur. Ainsi, tout le monde connaît un célèbre petit village gaulois qui «résiste encore et toujours» aux conquérants romains…

Aujourd’hui, nombre de citadins rêvent de faire partie de ces néo-ruraux qui redonnent vie aux villages. Mais c’est au risque de les transformer en villages-dortoirs ou en villages-musées, rompant ainsi le lien avec une histoire plus que millénaire.

Au moment où les nouvelles technologies permettent d’évoquer l’idée d’un village planétaire, parions que n’est pas prête de disparaître cette nostalgie déjà chantée par Joachim du Bellay au XVIe siècle :
«Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée […] ?»

Vincent Van Gogh, Rue de village à Auvers avec escalier et personnages, 1890, The Saint Louis Art Museum, St. Louis, Missouri, USA

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An Mil

Naissance et grandeur du village médiéval

Les villages sont l’ossature sur laquelle s’est greffée la civilisation européenne, si nombreux que «monté sur l’un des 130.000 clochers de la chrétienté latine, on en voit 5 ou 6 à l’horizon» (Pierre Chaunu).

Martres-Tolosane, village circulaire de la vallée de la Garonne, près de la villa de Chiragan (DR)Une première vague apparaît au terme des Grandes Invasions, quand émerge la société féodale ; une deuxième surgit après l’An Mil, à la faveur des grands défrichements.

Dans une chrétienté occidentale dépourvue de villes depuis l’effondrement du monde antique, ces villages vont engendrer une société nouvelle fondée sur le travail de la terre et le droit coutumier.

Cartulaire de la seigneurie du couvent de Billette, près de Paris, vers 1520-1530 (BNF)

Le village médiéval : une création originale

Avec la fin de la «paix romaine» et les invasions barbares du Ve siècle, les paysans livrés à eux-mêmes se regroupent autour des anciennes villae gallo-romaines (grandes exploitations agricoles) ou, mieux encore, trouvent protection à l’ombre des premiers châteaux forts, constructions rustiques en bois qui servent de refuge à un seigneur et à ses hommes (les châteaux en pierre apparaissent seulement vers l’An Mil).

Ces châteaux poussent un peu partout grâce à la montée en puissance de ces seigneurs qui suppléent au IXe siècle à l’incurie des rois carolingiens face aux attaques des Vikings, Sarrazins et autres pillards. Dans les régions montagneuses ou vallonnées, ils sont érigés sur les crêtes et les éperons rocheux ; dans les plaines, sur des mottes artificielles ou «mottes castrales».

Du fait de la quasi-disparition des villes antiques, toute la vie économique en vient à se concentrer autour de ces châteaux.

– Vilains et serfs :

Les paysans sont généralement appelés «vilains» (du latin villanus, qui désigne un habitant de la campagne et dérive de villa, exploitation gallo-romaine)... Le mot a pris une connotation péjorative dans le langage des citadins et des nobles, de même que le mot «manant» (du latin manererésider), qui désigne tout simplement l’exploitant d’unmanse, autrement dit d’une exploitation familiale, avec sa maison, ses dépendances, ses droits d’usage et ses champs.

Une partie des vilains parvient à conserver sa liberté et la pleine propriétés d’une partie au moins de ses terres. Ces terres libres de tout lien féodal sont dites «alleux» (du latinallodium). En Normandie, on les surnomme aussi «fiefs du soleil» pour signifier qu’elles n’ont d’autre suzerain que le soleil !

Mais la majorité des paysans doivent s’en remettre à la «protection» du seigneur local, en lui abandonnant la propriété nominale de la terre et une partie substantielle de leurs revenus au titre des droits féodaux.

Prélèvements obligatoires

Libres ou pas, les paysans paient à leur seigneur de nombreuses redevances en contrepartie de sa «protection» :
– les banalités pour l’utilisation du four, du moulin et du pressoir et les péages pour le franchissement des ponts ;
– un cens en contrepartie des tenures (les terres concédées par le seigneur) ;
– le champart ou «part des champs», équivalent en général à un dixième des récoltes…

Ils paient aussi un droit de mainmorte pour que leurs fils puissent hériter de leurs tenures et un droit sur les «lods et ventes» (du latin lauslaudis – approbation – ; transactions autour des tenures). Ils sont tenus d’effectuer plusieurs jours de travail par an sur la «réserve», autrement dit les terres exploitée en direct par le seigneur ; c’est la corvée. Ajoutons à cela la dîme due à l’Église, égale au dixième environ des récoltes. Ils peuvent aussi être astreints à une taxe humiliante, le formariage, s’ils veulent épouser une femme étrangère à la seigneurie.

Au total, c’est environ un tiers de leurs revenus que les paysans du Moyen Âge affectent à ce que nous appellerions aujourd’hui les «prélèvements obligatoires».

Le château-fort de Cautrenon, en Auvergne, dessin de Guillaume Revel dans l'Armorial du duc de Bourbon (XV° siècle), BNFEn marge de cette paysannerie plus ou moins libre, une minorité de vilainsvit dans la dépendance complète du seigneur (châtelain, abbaye ou autre). Ils souffrent d’une forme inédite d’esclavage, le «servage» (du latinservusesclave).

Ces serfs ou hommes de corps travaillent sur le domaine du seigneur, la réserve, à moins que celui-ci ne préfère leur louer une terre. Ces serfs sont alors dits «chasés».

Privés de liberté et obligés même d’obtenir le consentement de leur maître pour se marier, les serfs sont attachés à titre héréditaire à la seigneurie. Ils n’ont pas le droit de la quitter. Mais réciproquement, le seigneur ne peut les en chasser ni leur ôter sa protection.

Le servage ainsi que tous les droits et obligations qui s’attachent à la terre sont strictement codifiés en fonction des coutumes locales, composant un écheveau d’une infinie diversité. Par exemple, si un paysan libre obtient de cultiver une tenure «servile», il doit supporter les servitudes qui s’y attachent.

Les serfs et autres vilains vivent dans des conditions précaires, sous la menace permanente des disettes. Néanmoins, ils sont en général beaucoup moins pressurés par le seigneur local que pouvaient l’être leurs aïeux par les métropoles antiques, qu’elles aient nom Athènes, Rome, Carthage, beaucoup moins également que leurs contemporains soumis à l’autorité de Bagdad ou Constantinople.

À la différence des notables de ces métropoles vouées à la consommation et au luxe, les seigneurs partagent le destin de leurs paysans. Leur intérêt est de les protéger et de les soutenir car leur revenu dépend tout entier de leurs récoltes.

Cette solidarité forcée permet l’aménagement rationnel des campagnes : plantations de haies, drainage et assainissement, marnage (ajout de calcaire et argile aux sols), construction de moulins, défrichements etc. Elle est à la source du décollage économique de l’Europe occidentale.

Enluminures du Rustican (ou Livre des profits champêtres et ruraux), de Pietro de Crescenzi, 1305 (musée Condé, Chantilly)
– Ager et saltus :

Les premiers villages médiévaux sont structurés autour de deux lieux majeurs : le château et l’église paroissiale. Ils ne bénéficient pas de plan d’urbanisme, ce qui explique les plans routiers parfois tortueux contre lesquels il nous arrive de maugréer, mais ils tirent leur harmonie d’une judicieuse adaptation à la topographie, au climat local et aux techniques agricoles.

L’espace rural est scindé en deux parties : d’une part l’ager, qui réunit les champs cultivés sur les terres les plus fertiles ; d’autre part le saltus ou «incultum» (forêts et prés communaux).

La partie cultivée est répartie entre les tenures ou manses exploitées par les paysans et la réserve exploitée en direct par les domestiques du seigneur.

La glandée (le mois de novembre dans les Très riches Heures du duc de Berry, miniature du XVe siècle, musée Condé)Pour préserver la fertilité des sols, les villageois organisent l’ager selon les principes de l’assolement biennal ou triennal : l’ager est divisé en deux ou trois «soles» et chaque famille dispose d’une tenure sur chacune d’elles avec obligation de respecter l’ordre des cultures (une année consacrée aux céréales d’hiver, une autre aux céréales de printemps, la dernière au repos – jachère – et à la pâture du bétail).

Le saltus n’est pas moins important pour les villageois. Il fournit du bois de chauffage, des baies… Les paysans y conduisent les porcs afin qu’ils se nourrissent de glands. C’est la glandée. Quant au seigneur, il y pratique la chasse, son loisir favori et son privilège.

La seigneurie de Wismes

Le plan ci-dessous (cartulaire) représente la seigneurie de Wismes, en Picardie, près d’Amiens, au XVe siècle. On distingue l’église et le château au centre ; les tenures ; les bois (masses sombres) ; la réserve seigneuriale à droite du château, le moulin banal (au-dessus de l’église) et même le gibet seigneurial (en bas à gauche).

La seigneurie de Wismes, Picardie, XVe siècle

L’appel de la liberté

Dans les trois siècles qui suivent l’An Mil, au cours du «beau Moyen-Âge», un léger réchauffement climatique améliore les récoltes et favorise la croissance de la population.

Suivant l’exemple donné par Cluny, les moines bénédictins, en quête de solitude, implantent de nouveaux monastères au coeur des forêts encore vierges. Les paysans, assoiffés de terres et de liberté, s’engouffrent dans ces brèches. Ils essartent et mettent en culture les friches, attirés par les exemptions fiscales et les franchises promises par les seigneurs locaux.

Dans les régions méridionales, l’Église encourage l’établissement des déshérités dans les terres en friches, en sanctuarisant des espaces de libertés autour de certaines églises. Il s’ensuit la création de villages appelés «sauvetés», selon un modèle circulaire que l’on rencontre par exemple dans le Languedoc (Bram ou Alan). Dans ces terres se réfugient en particulier des serfs en fuit et désireux de liberté.

La guerre de Cent ans, à la fin du Moyen Âge, donne lieu en Aquitaine, à la création d’un nouveau type de village, la «bastide» à vocation militaire, avec un aménagement en damier, autour de la place d’armes. Là aussi sont accueillis des gens de toutes origines, y compris des serfs en fuite. De la sorte, le servage disparaît presque totalement dès la fin du XIIIe siècle au profit d’une relation de gré à gré entre propriétaires et exploitants.

Aux alentours de 1300, le maillage rural de la chrétienté occidentale est à peu près achevé, proche de celui que nous connaissons aujourd’hui.

À chacun son histoire

Les villages d’Europe occidentale ont des structures qui reflètent leur histoire. On a vu le cas des bastides et des sauvetés. Il y a aussi les villages perchés qui témoignent de la peur des pirates, sur les côtes méditerranéennes.

Les villages regroupés (en allemand, «haufendorf») prédominent  dans les plaines aux sols lourds, où l’assolement triennal impose une discipline collective : chaque famille a des tenures dispersées dans les différentes soles. Lorsque les menaces extérieures l’exigent, les maisons se regroupent à l’intérieur d’une enceinte plus ou moins circulaire, comme à Martres-Tolosane, dans la haute Garonne (photo ci-dessus).

Dans les régions insalubres de landes ou de marécages, on a au contraire un habitat dispersé : chaque famille s’établit au plus près des rares champs fertiles.

Enfin, dans les régions d’essartage tardif, on observe des villages-rues (en allemand, «strassendorf») : les fermes s’alignent le long de la route principale et leur tenure se déroulent d’un seul tenant à l’arrière, perpendiculairement à la route. Ce schéma se retrouve aussi au Québec, défriché selon les mêmes principes qu’en Europe.

Dès le XIe siècle, dans un élan général, les campagnes se hérissent de clochers, qui sont autant de marqueurs de l’enracinement des hommes dans leur territoire : «C’était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d’église» (Raoul Glaber). Les églises de cette époque, aux formes robustes caractéristiques de l’art roman, témoignent encore aujourd’hui de la vitalité des campagnes médiévales.

Chaque village forme une communauté de fidèles soudée autour de son curé, de son église et de son cimetière : la paroisse. Le village est à la fois le lieu de la vie économique et de la vie affective, où l’on travaille, paie les impôts, se marie et baptise les enfants.

La messe dominicale, dans l’église, est une occasion de rencontre durant laquelle on s’exprime à grand bruit entre calembours, jeux d’osselets ou encore transactions entre particuliers (ce n’est qu’à partir du concile de Trente que l’église devient un sanctuaire silencieux).

À leur mort, les habitants sont inhumés autour de l’église, voire à l’intérieur, sous le dallage, en ce qui concerne les notables. Le cimetière est un lieu de sociabilité jusqu’au début de l’époque moderne : on s’y réunit pour les fêtes, danser, jouer…

La paroisse est administrée par l’assemblée des chefs de famille, sous l’autorité lointaine du seigneur ou du représentant du roi : le bailli dans les régions septentrionales, le sénéchal dans le Midi. À l’assemblée revient en particulier l’entretien de l’église et de l’enclos paroissial, dans lequel sont rassemblées les tombes des disparus, depuis que les vivants n’ont plus peur des morts.

Bénéficiant d’une exceptionnelle stabilité démographique (l’Europe, des Pyrénées au Danube, est la seule région du monde à n’avoir connu aucune immigration pendant le dernier millénaire), ces villages entretiennent et fortifient leurs traditions.

Transmis de génération en génération, les coutumes et les droits d’usage acquièrent force de loi. Cette jurisprudence fait même obstacle à la volonté du seigneur ou du souverain. Les Anglais l’appellent fort justement «common law» (la loi commune) pour la distinguer de la loi dictée par le sommet. Elle est à l’origine de la plus belle invention qui soit : l’État de droit.

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 mai 2013

Villages en sursis

La France a hérité de son lointain passé un total de 36.000 communes dont une très grande majorité de villages de quelques dizaines à quelques centaines d’habitants.

Cette richesse patrimoniale est devenue une source majeure de coûts et de blocages du fait de la dispersion des moyens et des responsabilités. Le statu quo institutionnel non seulement coûte cher à la nation mais affecte aussi la survie de ce tissu rural…

Avec ses trente six mille communes, la France fait figure d’exception en Europe, les autres grands pays en ayant tout au plus 4.000 à 6.000.

Créées par l’Assemblée nationale constituante, le 14 décembre 1789, les communes sont les héritières des villes et des paroisses rurales d’Ancien Régime. Ce sont à ce titre les plus anciennes circonscriptions françaises (après les départements).

Grandes ou petites, elles ont toutes un conseil municipal et un maire élus au suffrage universel, et un budget propre. Ce budget est alimenté par les impôts locaux et varie dans de grandes proportions selon que les contribuables sont aisés ou non, et plus ou moins pressurés par l’équipe municipale. Il est en partie seulement corrigé par des dotations de l’État.

Témoins d’un maillage territorial hérité du Moyen Âge, les communes rurales conservent envers et contre tout de beaux restes : charme des paysages et vie sociale. La disparition des rituels festifs attachés à l’agriculture et à la religion (rogations, moissons, vendanges…) a été en partie compensée par les fêtes votives, les repas communautaires, les vide-greniers et autres occasions de retrouvailles.

Exode rural

Les communes rurales ont en général atteint un pic de population au milieu du XIXe siècle, vers 1860. Depuis lors, elles ont vu leur population diminuer, d’une part en raison de la dénatalité, ensuite des pertes de la Grande Guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural s’est accéléré, alimentant l’expansion industrielle et l’urbanisation du pays.

Depuis les années 1980, on assiste à un mouvement en sens inverse du fait de l’urbanisation de l’espace rural. Fuyant les centre-villes devenus inaccessibles et les banlieues réputées invivables, les familles des classes moyennes s’installent à la périphérie des agglomérations, jusqu’à des distances de cinquante ou soixante kilomètres du centre.

Sur la voie rapide qui mène de Toulouse à Saint-Gaudens (70 kilomètres), dans la vallée de la Garonne, on assiste désormais à un mouvement pendulaire qui n’a rien à envier aux encombrements de la région parisienne : trafic saturé le matin en direction de Toulouse et le soir en sens inverse.

De ce fait, beaucoup de communes rurales voient à nouveau leur population croître, mais en se transformant en «cités-dortoirs» et sans regagner les institutions et les notables qui faisaient d’elles des communautés villageoises.

À l’écart des agglomérations et de ce mouvement de «rurbanisation», la grande majorité des 36.000 communes françaises continuent de voir leur population  décroître. La plupart ne comptent plus que quelques dizaines ou quelques centaines d’habitants à la moyenne d’âge très élevée. Trop petites, elles ne sont plus en mesure de résister à leur déclin. Elles ne peuvent compter que sur des Anglais ou des Parisiens aisés pour acheter et restaurer une fermette à l’abandon.

Ce dépeuplement s’accélère de lui-même. À mesure que diminue la population, le coût relatif des administrations par habitant s’accroît mécaniquement de sorte qu’un(e) ministre finit par conclure à la nécessité de fermer ces administrations (tribunaux, hôpitaux, écoles, collèges, bureaux de poste…).

L’État et ses agents abandonnant les régions rurales, les jeunes médecins libéraux ne voient pas de raison d’agir différemment (ce qui leur vaut d’être stigmatisés par ceux-là mêmes qui ont décidé la fermeture des administrations). Tant pis pour les habitants condamnés à rester sur place et bonne chance aux téméraires qui auraient envie de s’installer !

Nos hommes politiques aiment-ils la France ?

Oublions les paroles. Tenons-nous-en aux actes. À considérer ceux-ci, on peut s’interroger sur l’amour que les hommes politiques français portent au pays profond… Y voient-ils autre chose qu’un réservoir d’électeurs dociles ?

À quoi rêvent-ils tandis que meurent les villages et se délite le tissu rural ? À de grandes métropoles «de taille européenne», à la tête de grandes régions qui rivaliseront avec les Länder d’outre-Rhin ! «Grand Paris»«Grand Montpellier»,«Grand Dijon»… Voilà leur horizon. On pourrait épiloguer sur la dimension pénienne ou sexuelle de ce fantasme de grandeur. Plus sérieusement, on peut s’interroger sur sa pertinence.

Y a-t-il un quelconque lien entre la taille d’une ville et sa prospérité ? Que nenni. Aucune ville allemande ne dépasse en population le tiers de l’agglomération parisienne. Aucune ville suisse ou scandinave ne dépasse la taille de l’agglomération lyonnaise. Toute la prospérité de ces pays repose sur les usines disséminées dans les petites villes et les villages.

À chaque village, son usine. C’est un schéma que l’on rencontre encore dans quelques régions françaises : la Vendée, l’Alsace, le Boulonnais… Mais il est gravement mis à mal par la priorité politique donnée aux métropoles, lesquelles sont des lieux de pouvoir, d’administration et de consommation, avec leurs quartiers résidentiels et leurs cités pour immigrés, mais ont depuis longtemps cessé d’être des lieux de production.

Abandonnant le modèle médiéval à l’origine de notre décollage économique, nous nous orientons vers le modèle prédateur des métropoles de l’Antiquité ou de l’Orient. Il n’est pas sûr que ce soit celui que souhaitent la grande masse des citoyens français.

Villages sous-administrés

Les villages réduits à la taille d’un hameau et seulement habités par des personnes âgées ne retrouveront jamais leur vitalité d’antan.

Dans la Creuse, par exemple, sur 266 communes, on en compte une vingtaine seulement qui dépassent le millier d’habitants et une seule, le chef-lieu Guéret, qui dépasse 10.000 habitants. Avec cela, le département compte 266 maires, au moins autant d’adjoints et quelques milliers de conseillers municipaux.

Malgré leur bonne volonté, les élus sont impuissants à stopper l’agonie de leur village. Retraités de l’agriculture pour la plupart, ils n’ont d’autre choix que de déléguer leurs missions d’intérêt général (collecte des ordures ménagères, entretien de la voirie…) à des syndicats d’économie mixte intercommunaux, dont la gestion leur échappe complètement ainsi qu’à leurs électeurs.

Avec le budget qui leur reste, ils font du saupoudrage sans grande utilité pour la pérennité du village : éclairage public, goudronnage de chemins, subvention aux associations locales, éventuellement, construction d’une salle des fêtes.

Un regroupement s’impose pour sauver ce qui peut l’être du tissu rural, dans la Creuse comme dans les Ardennes ou les Hautes-Alpes.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernants ont encouragé les communes à fusionner entre elles en leur offrant pour l’occasion une dotation financière. Quelques téméraires ont surmonté leurs réticences et s’y sont résolus. Mais les réussites demeurent en général très rares et beaucoup de fusions ont même abouti à des «défusions».

On a depuis lors tenté d’associer les communes rurales sous la forme de pays oucommunautés de communes, avec des dirigeants cooptés et non élus, auxquels les électeurs ne peuvent donc demander des comptes.

Cette solution ne remédie ni à la dispersion des budgets communaux, ni à l’absence de perspective à long terme. Elle se traduit par une grande opacité dans la gestion des syndicats d’économie mixte intercommunaux  en charge des missions d’intérêt général (rémunérations…).

Opération chirurgicale

Ces inconvénients pourraient être surmontés avec une formule analogue aux «conseils d’arrondissement» de Paris, Lyon et Marseille.

Il s’agit de regrouper les communes dans des «supercommunes» de taille convenable (au moins 5 à 8.000 habitants), autour de leur chef-lieu de canton ou de leur agglomération-centre, avec un budget commun et un conseil municipal démocratiquement élu.

Suivant le modèle PLM, les électeurs ruraux continuent d’élire leur maire, avec un conseil municipal restreint (en conservant leurs indemnités). Par ailleurs, une partie de ces conseillers est appelée à siéger au conseil municipal de la «supercommune» et à élire son maire.

Principal avantage : un budget unique au niveau de la «supercommune» au lieu de micro-budgets communaux. Relativement consistant, ce budget permet d’envisager non plus du saupoudrage mais des investissements durables, avec un objectif prioritaire : renforcer les services (santé, commerces, transports, administrations) de façon à faciliter la vie de tous les habitants et encourager l’installation de familles et d’entreprises.

Autre avantage : le choix du maire principal se fait sur une base élargie à l’ensemble de la population de la «supercommune», avec toutes les chances de pouvoir élire une personne relativement jeune et formée à la gestion.

Disposant d’une taille critique et d’un budget suffisants, avec un maire apte à diriger des services complexes, la «supercommune» peut aborder de front son avenir.

Ainsi seraient conciliées la permanence des anciennes paroisses, l’efficacité gestionnaire et la démocratie.

Ainsi disparaîtraient surtout ces horreurs technocratiques dont nous avons évoqué plus haut les inconvénients (fonctionnement non démocratique, rémunérations opaques) : payscommunautés de communes… sans compter les Métropoles, nouvel ectoplasme non démocratique inventé pour complaire aux notables des grandes agglomérations.

Appliqué à la Creuse par exemple, le regroupement aboutirait à la création d’une vingtaine de «supercommunes», centrées sur les communes de plus d’un millier d’habitants, ces communes devenant les points de fixation des services futurs et l’âme du renouveau rural.

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Sources

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon, éd. du Seuil, 1975.
Histoire des paysans, sous la direction de Jérôme Blum, éd. Berger-Levrault, 1982.
Sophie Bogrow et Hervé Champollion, Villages de France, éd. Aubanel, 2009.
Stéphane Gendron, L’Origine des noms de lieux en France : essai de toponymie, éd. Errance, 2008.
Mureil Rudel, Le Village autrefois, éd. Hoëbeke, 2005.

Les ouvrages clé sur la paysannerie médiévale, bien qu’un peu datés, sont signés des grands historiens Marc Bloch (La Société féodale, Albin Michel, 1939) et Georges Duby (Guerriers et paysans, Gallimard, 1973, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Aubier, 1962).

On peut aussi lire le petit livre d’un autre grand historien, Jacques Heers : Le travail au Moyen Âge, Que sais-je? 1965. Plus récent et plus consistant (617 pages) : Le village sous l’Ancien Régime (Antoine Follain, Fayard, 2008).

Jeanne Laffont, Isabelle Grégor, Joseph Savès,  André Larané et Antoine Vergnault

Hérodote.net

Ça s’est passé un 22 mai ….

22 mai 337

Constantin reçoit le baptême et meurt

Constantin (buste du musée du Capitole, Rome)Malade, épuisé par un règne agité, l’empereur romain Constantin 1erexpire le dimanche 22 mai 337, jour de la Pentecôte chrétienne. Il n’a pas encore soixante ans. Il meurt à Ancyrona, dans les faubourgs de Nicomédie (aujourd’hui Izmit, au sud de la mer de Marmara), tandis qu’il tente de regagner en toute hâte sa capitale, Constantinople. Avant de rendre le dernier soupir, Constantin a le temps de recevoir le baptême des mains de l’évêque Eusèbe de Nicomédie. Ce baptême tardif et son action en faveur de l’Église lui valent d’être vénéré comme un saint par les chrétiens orthodoxes… bien que n’ayant pas eu sa vie durant un comportement des plus vertueux. Sa mère Hélène, chrétienne sincère qui pria pour la conversion de son fils, figure également parmi les saints.

Une dévotion sincère mais bornée par la politique

Dès ses jeunes années, Constantin est partagé entre la nouvelle religion héritée de sa mère Hélène et le culte très en vogue à son époque du Sol invictus (le Soleil invaincu),  qui amorce une évolution du polythéisme païen vers le monothéisme façon hébraïque ou chrétienne. Constantin n’est pas pour autant un modèle de bonté évangélique. Il fait la part des choses entre conscience privée et action publique. Ainsi a-t-il sans doute fait exécuter son beau-père l’ex-empereur Maximien Hercule, mais aussi son propre fils, sa femme Fausta, son beau-frère Licinius… Au pouvoir, il s’entoure de chrétiens, parmi lesquels son hagiographe l’évêque Eusèbe de Césarée, une ville de Palestine, qui prononce son panégyrique (éloge public) à la veille du trentième anniversaire de son accession au pouvoir, le 25 juillet 336. Il se mêle aussi très activement des affaires de l’Église et convoque un concile oecuménique (universel) à Nicée pour surmonter des divergences entre partisans d’Arius et partisans d’Athanase d’Alexandrie sur la question subtile de la divinité du Christ. Curieusement, oubliant ses précédentes décisions en faveur de l’unité doctrinale du christianisme, l’empereur cède à la fin de sa vie aux arguments d’un évêque arien, Eusèbe de Nicomédie, celui-là même qui le baptisera sur son lit de mort. Il remet en selle l’arianisme, condamné par le concile de Nicée. L’hérésie n’est définitivement éliminée qu’au siècle suivant, en 451, lors du concile de Chacédoine. Suivant la coutume alors en vogue chez les chrétiens, il attend l’imminence de sa mort pour recevoir le baptême, celui-ci lui assurant la rémission de ses (nombreux) péchés antérieurs.

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22 mai 1875

Le congrès socialiste de Gotha

Le 22 mai 1875, deux partis allemands tiennent un congrès commun à Gotha (Thuringe), une petite ville surtout célèbre pour son almanach des têtes couronnées. Les deux partis, qui se réfèrent tous deux au socialisme, veulent s’unir pour tenir tête au chancelier allemand Bismarck. À l’issue du congrès, le Parti ouvrier social-démocrate d’Allemagne, d’inspiration marxiste, doit s’effacer devant l’Association générale des travailleurs. Celle-ci est le plus ancien mouvement socialiste ouvrier d’Europe. Elle a été fondée en mai 1863 par Ferdinand Lassalle, un théoricien réformiste, et l’on peut la considérer comme l’ancêtre du Parti social-démocrate allemand actuel (SPD).

Un socialiste visionnaire

Ferdinand Lassalle (1825-1864) Ferdinand Lassalle, né de riches commerçants juifs de Breslau (sans rapport avec la France malgré son nom), est un disciple de Karl Marx qui a développé sa propre vision du socialisme. On lui doit la «loi d’airain des salaires» : Lassalle considère que dans un régime franchement capitaliste, les salaires des ouvriers ne peuvent jamais dépasser ce qui est strictement nécessaire à leur survie et à leur reproduction (d’où le sens du motprolétaire, d’après un terme latin qui désigne des personnes n’ayant pas d’autre utilité que la reproduction). Il préconise le développement d’associations et de coopératives ouvrières afin de briser cette «loi d’airain» et promouvoir le socialisme dans le cadre d’un État démocratique bourgeois. Ce faisant, il s’oppose violemment à Karl Marx, partisan d’une «dictature du prolétariat», étape indispensable selon lui à l’avènement du communisme. Ferdinand Lassalle meurt en duel par amour pour une femme de l’aristocratie, à 39 ans, le 31 août 1864, mais son association lui survit sans problème.

Naissance de la social-démocratie

L’Association générale des travailleurs arrive en force au congrès de Gotha avec 73 délégués face aux 56 du parti rival. Celui-ci, le Parti ouvrier social-démocrate d’Allemagne, a été créé en 1869 à Eisenach par Bebel et Liebknecht. D’inspiration marxiste, il est privé à Gotha du soutien de Karl Marx lui-même, en exil à Londres Wilhelm Liebknecht accepte la fusion des deux partis en faisant de grandes concessions aux thèses lassalliennes. Le programme de Gotha va être vivement critiqué par Karl Marx mais il ne va pas moins orienter les socialistes allemands vers la voie réformiste et l’acceptation des règles démocratiques. Cela explique les différences persistantes entre la gauche française, encline à rêver au«Grand Soir» (la révolution), et la gauche allemande, adepte d’un système de codécision (en allemand : «Mitbestimmung»), qui permet aux représentants des ouvriers de voter dans les entreprises sur des sujets les concernant.

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22 mai 1200 : Traité du Goulet

Le 22 mai 1200, Philippe Auguste et Jean sans Terre mettent provisoirement fin à un conflit de près d’un demi-siècle par le traité du Goulet, près de Vernon, dans le Vexin normand. Grand gagnant face au roi d’Angleterre en butte à la contestation de ses barons, le roi de France obtient le Berry et Évreux. Dans la foulée, le lendemain, il marie son fils Louis, 13 ans, avec Blanche de Castille, 12 ans. Celle-ci est la fille du roi Alphonse VIII de Castille. Elle est surtout la petite-fille de l’illustre Aliénor d’Aquitaine (80 ans) et la nièce du roi d’Angleterre. Elle se voit promettre la couronne d’Angleterre si Jean sans Terre devait mourir sans héritier direct. Comme le royaume de France est sous le coup d’un interdit pontifical, le mariage est célébré de l’autre côté de la frontière, sur les terres normandes de Jean sans Terre. Il n’en sera pas moins heureux et 14 ans plus tard, le jeune couple donnera naissance à Louis IX, ou Saint Louis.

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22 mai 1809 : L’archiduc Charles frôle la victoire à Essling

Le 22 mai 1809, aux abords d’Essling et Aspern, au bord du Danube, une partie de laGrande Armée, sous les ordres de Masséna, est écrasée par les Autrichiens. Le maréchal Lannes est blessé à mort. Napoléon 1er et le reste de la Grande Armée, momentanément bloqués au milieu du fleuve, sur l’île de Lobau, prendront leur revanche à Wagram, sept semaines plus tard.

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Naissance de Gérard de Nerval le 22 mai 1808 à Paris

Gérard Labrunie, plus connu sous son nom de poète, Gérard de Nerval, est l’une des figures les plus émouvantes de la poésie française. Naviguant entre réalité et rêve, il a évoqué en des mots immortels les troubles de l’adolescence… et les charmes du Valois. Mais il souffrait de troubles mentaux et, à l’aube du 26 janvier 1855, on l’a retrouvé pendu dans la rue de la Vieille-Lanterne, dans le quartier du Châtelet, à Paris. Il avait 46 ans. La plus belle part du romantisme s’est éteinte avec lui.

Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet, Tour à tour amoureux insouciant et tendre, Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre. Un jour il entendit qu’à sa porte on sonnait.

C’était la Mort ! Alors il la pria d’attendre Qu’il eût posé le point à son dernier sonnet ; Et puis sans s’émouvoir, il s’en alla s’étendre Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

Il était paresseux, à ce que dit l’histoire, Il laissait trop sécher l’encre dans l’écritoire. Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.

Et quand vint le moment où, las de cette vie, Un soir d’hiver, enfin l’âme lui fut ravie, Il s’en alla disant : «Pourquoi suis-je venu ?»

(Gérard de Nerval, Épitaphe)

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Décès  de Constantin 1er, Constantin le Grand le  22 mai 337 à Ancyrona (Empire romain)

Figure majeure de l’histoire romaine, Constantin le Grand est le dernier d’une longue suite d’empereurs originaires d’Illyrie (une partie de la Yougoslavie du XXe siècle). Ces hommes énergiques, militaires de basse extraction, ont redressé le vieil empire à la fin du IIIe siècle, lorsqu’il était menacé par les premières attaques des Barbares. Ils ont fortifié les villes et renforcé les légions des frontières. Constantin donne à l’empire une nouvelle capitale à l’emplacement d’une cité grecque du nom de Byzance, sur le détroit du Bosphore, entre Europe et Asie. Cette «Nouvelle Rome» va prendre le nom de son fondateur : Constantinople. Elle deviendra bien plus tard la capitale de l’empire ottoman. (depuis 1930, son nom officiel est Istanbul, ou Istamboul). Constantin est le premier empereur romain à avoir reconnu l’importance du christianisme. Un édit de tolérance publié à Milan en 313 met fin aux persécutions et lui vaut la sympathie des adeptes de la nouvelle religion. Lui-même se fait baptiser sur son lit de mort. Après lui, tous les empereurs romains à une exception près seront chrétiens.

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Décès de Victor Hugo le 22 mai 1885 à Paris

Victor Hugo surpasse par sa puissance créatrice, son imagination et l’étendue de ses talents tous les écrivains de sa génération. Il s’est aussi impliqué dans la vie politique de son temps.Royaliste dans sa jeunesse, il s’engage contre la peine de mort («Se venger est de l’individu, punir est de Dieu»). Son roman Notre-Dame de Paris éveille l’intérêt du public pour le Moyen Âge et la conservation du patrimoine. Après la révolution républicaine de 1848, il se fait le champion de la «Révolution des peuples» et en appelle à la création des États-Unis d’Europe. Il vire à gauche («J’ai grandi !» dira-t-il en 1854 de ce moment-là) puis s’exile pour manifester son opposition à Napoléon III. Cet exil lui vaut une seconde naissance, réalisant son souhait secret («Je veux l’influence et non le pouvoir», avait-il écrit en 1848). Il publie ses chefs-d’œuvre : Les Contemplations, La Légende des SièclesLes Misérables… et devient pour les jeunes écrivains un maître respecté. Au lendemain de la proclamation de la IIIe République, en 1871, le vieillard revient en France et traverse Paris au milieu d’une foule reconnaissante. Ses funérailles, en 1885, sont grandioses autant qu’émouvantes. Aux côtés de son contemporain Louis Pasteur, le poète personnifie le triomphe de la République et la culture française.

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sources : hérodote.net

Florilège d’articles sur notre Saint Père, François,

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Choisir le nom de François, c’est génial !

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Qui aurait pu l’imaginer puisque c’est la 1ère fois ? C’est en référence à Saint François d’Assise, le héraut de la paix, le serviteur humble et fraternel de l’Evangile, l’homme du dialogue entre les religions. Tout un programme ! Cela me réjouit profondément et cela réjouit aussi certainement le cœur des catholiques et de beaucoup à travers le monde.

Ce Pape vient d’Amérique Latine, le continent ou le catholicisme est si dynamique et important. Comme cardinal de Buenos Aires, il a manifesté un grand courage pour s’opposer aux dérives de la drogue et des sectes. Il m’apparaît comme un homme de paix et d’écoute.

François 1er se situera dans la lignée de Benoit XVI. Sa première pensée et sa première prière furent pour lui, l’évêque émérite de Rome. Son premier mot fut celui de la Charité. L’élection de François 1er est donc une grande espérance non seulement pour les catholiques mais pour le monde qui aspire à la fraternité et à la connaissance du vrai visage de Dieu qui est toujours un visage de paix.

J’invite tous les catholiques à prier pour François 1er.


http://lyon.catholique.fr/?Habemus-…

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Le cardinal Jorge Maria Bergoglio, archevêque émérite de Buenos Aires et ancien primat d’Argentine, a été élu pape après 5 tours de scrutin ce 13 mars 2013 par 115 cardinaux réunis en conclave depuis mardi 12 mars, en la chapelle Sixtine. Il a pris le nom de François Ier.

http://www.zenit.org/fr/articles/le…

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Première nomination à la Curie romaine

C’est une nomination importante à la tête de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de vie apostolique. Le pape François a nommé au poste de secrétaire du Dicastère le Ministre général de l’Ordre Franciscain des Frères Mineurs, le Père José Rodríguez Carballo, 59 ans, l’élevant à la dignité d’archevêque. Espagnol originaire de Lodoselo, le nouvel évêque a commencé son éducation religieuse à Saint-Jacques-de-Compostelle, et pendant plusieurs années a poursuivi ses études à Jérusalem à la Custodie de Terre Sainte. A Nazareth, en 1977, il a été ordonné prêtre dans l’église de San Salvatore. De retour en Espagne, il a occupé de nombreux postes, y compris celui de recteur du couvent de Saint-François à Saint-Jacques-de-Compostelle et d’enseignant des frères de profession temporaire. Durant cette période, il a également enseigné la théologie de la vie consacrée. En 1992, il a été élu Ministre provincial deSaint Jacques de Compostelle, et de 1993 à 1997 il a également été président des ministres provinciaux franciscains d’Europe. Le 5 Juin 2003, il a été élu Ministre Général de l’Ordre des Frères Mineurs, en tant que 119ème successeur de saint François d’Assise, nomination confirmée en 2009 pour six ans. À la fin 2012, il a en outre été élu président de l’Union des Supérieurs Généraux. Membre de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples et pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de vie apostolique, il a participé au Synode des évêques de 2005, 2008 et 2012, et à celui pour le Moyen-Orient en 2010. Il a également participé à la cinquième Conférence générale de l’épiscopat latino-américain à Aparecida en 2007. Il est l’auteur de nombreux articles sur la vie consacrée et religieuse, sur la théologie pastorale sur l’Écriture Sacrée et la spiritualité franciscaine. Il a par ailleurs publié plusieurs livres. Polyglotte, il parle l’espagnol, l’anglais, le français, l’italien et le portugais et connaît le latin, l’hébreu biblique et le grec biblique. . .

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« N’ayons pas peur d’être chrétiens »

Paroles du pape François au Regina Coeli

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Rome, 7 avril 2013 (Zenit.orgPape François

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« Nous ne devons pas avoir peur d’être chrétiens et de vivre en chrétiens ! » : c’est l’exhortation du pape François, ce dimanche 7 avril 2013.

Le pape a en effet présidé la prière du Regina Coeli – qui remplace l’angélus durant le temps pascal – de la fenêtre du bureau de l’appartement pontifical, qui donne sur la place Saint-Pierre. Quelque 100.000 personnes, selon les chiffres du Vatican, étaient réunies sous le soleil, pour ce dimanche de la Miséricorde. Un groupe portait notamment une image géante du Christ miséricordieux de sainte Faustine.

Le pape a encouragé à « aller sur les places », et « annoncer le Christ ressuscité car Il est notre paix. » : « Ayons plus de courage pour témoigner de la foi dans le Christ ressuscité ! ».

Après la prière mariale, le pape n’a pas salué les visiteurs en diverses langues, mais il a nommé des groupes du monde entier en italien. Parmi eux, de jeunes français, collégiens de Saint-Jean de Passy à Paris, qui se sont manifestés avec force enthousiasme.

Paroles du pape François avant le Regina Coeli :

Chers frères et sœurs,

Bonjour ! (applaudissements)

En ce dimanche qui conclut l’Octave de Pâques, je renouvelle à tous mes vœux pascals avec les paroles mêmes de Jésus ressuscité : « La paix soit avec vous !» (Jn 20,19.21.26). Ce n’est pas un salut, ni un simple vœu : c’est un don, le don précieux que le Christ offre à ses disciples après être passé par la mort et les enfers.

Il donne la paix, comme il l’avait promis : « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » (Jn 14,27). Cette paix est le fruit de la victoire de l’amour de Dieu sur le mal, c’est le fruit du pardon. Et il en va ainsi : la vraie paix, la paix profonde, vient de l’expérience de la miséricorde de Dieu.

Aujourd’hui est le dimanche de la divine Miséricorde, par volonté du bienheureux Jean-Paul II(applaudissements), qui a d’ailleurs quitté ce monde en la veille de cette fête.

L’Evangile de Jean nous rapporte que Jésus apparaît deux fois aux Apôtres enfermés au Cénacle: la première, le soir même de la résurrection, alors que Thomas n’était pas là, lui qui a dit : Si je ne vois et si je ne touche pas, je ne croirai pas.

La seconde fois, huit jours plus tard, Thomas aussi était là. Et Jésus s’adressa à lui, l’invita à regarder les blessures, à les toucher ; et Thomas s’exclama : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28). Jésus lui dit alors : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (v. 29).

Et quels étaient ceux qui avaient cru sans voir ? D’autres disciples, d’autres hommes et femmes de Jérusalem qui, même sans avoir rencontré Jésus ressuscité, crurent sur le témoignage des Apôtres et des femmes.

C’est une parole très importante sur la foi, nous pouvons l’appeler la béatitude de la foi. Heureux ceux qui croient sans avoir vu, c’est la béatitude de la foi ! En tout temps et en tout lieu, Heureux ceux qui, à travers la Parole de Dieu, proclamée dans l’Eglise et témoignée par les chrétiens, croient que Jésus-Christ est l’amour de Dieu incarné, la Miséricorde incarnée. Et ceci vaut pour chacun de nous !

Avec la paix, Jésus donne aussi l’Esprit-Saint aux Apôtres, afin qu’ils puissent répandre dans le monde le pardon des péchés, ce pardon que seul Dieu peut donner, et qui a coûté le Sang du Fils (cf. Jn 20,21-23).

L’Eglise est envoyée par le Christ ressuscité pour transmettre aux hommes la rémission des péchés, et ainsi faire grandir le Règne de l’amour, semer la paix dans les coeurs, afin qu’elle s’affirme aussi dans les relations, dans les sociétés, dans les institutions.

Et l’Esprit du Christ ressuscité chasse la peur du cœur des Apôtres et les pousse à sortir du Cénacle pour porter l’Evangile. Ayons nous aussi plus de courage pour témoigner la foi dans le Christ ressuscité ! Nous ne devons pas avoir peur d’être chrétiens et de vivre en chrétiens !

Nous devons avoir ce courage d’aller et d’annoncer le Christ ressuscité car Il est notre paix. Il a fait la paix par son amour, par son pardon, par son sang et par sa miséricorde.

Chers amis, cet après-midi je célèbrerai l’Eucharistie dans la basilique de Saint-Jean-du-Latran, qui est la cathédrale de l’évêque de Rome. Prions ensemble la Vierge Marie, pour qu’elle nous aide, Evêque et Peuple, à cheminer dans la foi et dans la charité, en nous confiant toujours dans la miséricorde du Seigneur qui toujours nous attend, nous aime, qui nous a pardonné par son sang et nous pardonne chaque fois que nous allons à Lui demander le pardon. Ayons confiance dans sa miséricorde !

Paroles après le Regina Coeli

(En italien)

J’adresse un salut cordial aux pèlerins qui ont participé à la sainte messe présidée par le cardinal vicaire de Rome en l’église du Saint-Esprit – Santo Spirito in Sassia, centre de dévotions à la Divine Miséricorde. Chers frères et sœurs, soyez messagers et témoins de la miséricorde de Dieu !

Je suis heureux de saluer également les nombreux membres de mouvements et associations présents pour notre moment de prière, en particulier les communautés neocatéchuménales de Rome, qui entament aujourd’hui une mission spéciale sur les places de la ville. J’invite tous à porter la Bonne Nouvelle, dans tous les domaines de la vie, « avec douceur et respect » (1 P 3,16)!

Allez sur les places et annoncez Jésus-Christ notre sauveur !

Je salue tous les jeunes présents, en particulier les élèves du Collège Saint-Jean de Passy de Paris et ceux de l’Ecole Giuseppe Mazzini de Marsala, ainsi que le groupe d’enfants de chœur de Taranto.

Je salue le Chœur de la basilique de Collemaggio de l’Aquila, les fidèles de Campoverde d’Aprilia, Verolanuova et Valentano, et la communauté « Scout Foulard Bianchi ».

Que le Seigneur vous bénisse et bon déjeuner !

Traduction de Zenit, Anne Kurian

( 7 avril 2013) © Innovative Media Inc.
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Messe du Souverain Pontife à Sainte-Marthe

La foi ne se vend pas

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« Pour trouver les martyrs il n’est pas nécessaire d’aller aux catacombes ou au Colisée: les martyrs sont vivants aujourd’hui dans de nombreux pays. Les chrétiens sont persécutés pour leur foi. Dans certains pays ils ne peuvent pas porter de croix: ils sont punis s’ils le font. Aujourd’hui au XXième siècle, notre Eglise est une Eglise de martyrs ». Le Pape François a centré son homélie de la messe célébrée dans la matinée du samedi 6 avril, dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae, sur le courage de témoigner de notre foi, qui ne se négocie pas et ne se vend pas au meilleur offrant. Parmi les concélébrants, le cardinal Francesco Monterisi et S.Exc. Mgr Joseph Kalathiparambil, secrétaire du Conseil pontifical pour les migrants et les personnes en déplacement. Parmi les personnes présentes, mère Laura Biondo, supérieure générale des Filles de Saint-Camille, et des religieuses des Filles de Notre-Dame de la Charité et un groupe de fidèles argentins.

Le Pape François a commencé son homélie en commentant par une boutade le passé évangélique de saint Marc (16, 9-15), qui retrace le récit des apparitions de Jésus à Marie de Magdala, aux disciples d’Emmaus et aux onze apôtres: « Quand je lis cet Évangile, je pense que Marc n’avait pas une grande sympathie pour Marie Madeleine, parce qu’il rapporte que le Seigneur avait expulsé d’elle sept démons, non? C’était une question de sympathie… ». Il a ensuite proposé une réflexion sur la foi: « Une grâce » et  « un don du Seigneur » que l’on ne doit pas taire – et qui s’étend ainsi « à tous les peuples » comme le dit la collecte de la Messe – parce que « nous ne sommes pas attachés à une fantaisie » mais « à une réalité que nous avons vu et entendu ». Le Pontife a fait référence au passage des actes de apôtres (4, 13-21) proclamé dans la première lecture de la célébration. Face à l’ordre des grands prêtres et des pharisiens de ne pas parler de Jésus, Pierre et Jean – a-t-il souligné – « sont demeurés fermes dans leur foi », disant: « Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu ».

Leur témoignage, a t-il ajouté, « me fait penser à notre foi. Et comment se porte-t-elle notre foi? Est-elle forte? Ou est-elle à la fois un peu à l’eau de rose, une foi comme-ci comme-ça? Quand surviennent des difficultés sommes-nous courageux comme Pierre ou un peu tiède? ». Pierre, a affirmé le Pape François, nous enseigne que la foi ne se négocie pas. Dans l’histoire du peuple de Dieu a toujours existé cette tentation: amputer un peu de foi », peut-être « seulement un peu ». Mais « la foi – a t-il expliqué – est ainsi, comme nous la récitons dans le Credo ».  Ainsi faut-il dépasser « la tentation d’être un peu ‘comme ils font tous’.  De ne pas être trop trop rigides », parce que c’est précisément « de là que commence un chemin qui finit dans l’apostasie ». En effet « lorsque nous commençons à amputer la foi, ou négocier la foi, à aller presque jusqu’à la vendre au meilleur offrant, nous entreprenons le chemin de l’apostasie, de l’absence de fidélité au Seigneur ». Mais justement l’exemple de Pierre et de Jean nous aide, nous donne de la force ». Tout comme celle des martyrs dans l’histoire  de l’Eglise. Ce sont ceux « qui disent ‘nous ne pouvons nous taire’, comme Pierre et Jean. Et cela nous donne de la force à nous qui, quelquefois, avons la foi un peu faible. Cela nous donne la force pour aller de l’avant dans la vie avec cette foi que nous avons reçu, cette foi qui est le don que le Seigneur donne à tous les peuples ».

Le pape a conclu en proposant une prière quotidienne: « Seigneur, merci beaucoup pour notre foi. Veille sur ma foi, fait la grandir. Que ma foi soit forte, courageuse. Et aide-moi dans les moments où comme Pierre et Jean, je dois la rendre publique. Donne-moi le courage ».

7 avril 2013
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Audience au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi

 Le Pape François 
est proche des victimes d’abus

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Le Saint-Père a reçu ce matin en audience S.Exc. Mgr Gerhard Ludwig Mueller, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A l’occasion de l’audience, au cours de laquelle ont été traités divers thèmes de compétence du dicastère, le Saint-Père a recommandé de manière particulière que la Congrégation, en continuant dans la ligne voulue par   Benoît XVI, agisse avec décision en ce qui concerne les cas d’abus sexuels, en promouvant avant tout les mesures de protection des mineurs, l’aide à ceux qui par le passé ont souffert de ces violences, les procédures à l’égard des coupables, l’engagement des conférences épiscopales dans la formulation et la mise en œuvre des directives nécessaires dans ce domaine si important  pour le témoignage de l’Eglise et sa crédibilité. Le Saint-Père a assuré que dans son attention et dans sa prière pour les personnes qui souffrent, les victimes d’abus sont présentes de manière particulière.

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6 avril 2013
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« Une joie si grande qu’on ne peut y croire »
La marque de Dieu, par le pape François

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ROME, 4 avril 2013 (Zenit.org) – La rencontre de l’homme avec Dieu est une « réalité » et une joie « si grande qu’on ne peut y croire », a dit le pape François lors de son homélie ce matin, en la chapelle de la maison Sainte-Marthe au Vatican.

Parmi les participants à la célébration : les employés de la « typographie vaticane ». Le pape invite en effet des groupes d’employés du Vatican à se joindre à la messe quotidienne qu’il célèbre (cf. Zenit du 22 mars 2013).

Une joie si grande qu’on ne peut y croire 

Ce matin, rapporte Radio Vatican, le pape a médité sur les lectures de ce jeudi de l’octave de Pâques, s’arrêtant plus particulièrement sur la « stupeur » des protagonistes : dans la première lecture, (Actes des Apôtres 3,11-26), « les gens étaient stupéfaits » après la guérison de l’infirme par Pierre. Et dans l’évangile, les disciples sont « frappés de stupeur et de crainte » lorsque Jésus leur apparaît, ils sont, dit le texte, « bouleversés », « saisis d’étonnement » (Luc 24,35-48).

« La stupeur est une grande grâce, c’est la grâce que Dieu nous donne dans la rencontre avec Jésus Christ », a déclaré le pape François, soulignant que cette stupeur n’était pas « un simple enthousiasme », comme celui des supporters d’un match « quand leur équipe gagne », mais « quelque chose de plus profond ».

Pour le pape, cette stupeur « nous sort de nous-mêmes par la joie » : elle consiste à « faire l’expérience intérieure de la rencontre avec Jésus vivant » alors même que l’homme pense que ce n’est pas possible : « Mais le Seigneur nous fait comprendre que c’est la réalité. C’est très beau ! ».

Le pape a fait observer que cette stupeur était à l’opposé de l’expérience « plus commune » des hommes, où les « fantasmes » et l’« imagination », sont pris pour « des réalités », à cause de « la faiblesse humaine », des « maladies mentales », ou « du diable » : « cela n’est pas de Dieu », a-t-il insisté.

Ce qui est de Dieu au contraire, a-t-il ajouté, c’est « cette joie si grande qu’on ne peut y croire. Et nous pensons : ‘Non, ce n’est pas réel!’ ». Pour le pape, « cela vient du Seigneur. Cette stupeur est le commencement de l’état habituel du chrétien ».

Un chrétien ne perd jamais la paix

Certes, a-t-il poursuivi, « nous ne pouvons pas toujours vivre dans l’étonnement… Mais c’est le début. Ensuite, cette stupeur laisse son empreinte dans l’âme et donne la consolation spirituelle ».

Enfin, après la consolation spirituelle, « ultime échelon », il y a la « paix » : « un chrétien, même dans les épreuves les plus douloureuses, ne perd jamais la paix et la présence de Jésus », a affirmé le pape.

Une paix, a-t-il précisé, que l’on ne peut pas perdre car « elle n’est pas à nous », elle est « du Seigneur » : « la vraie paix ne se vend ni ne s’achète. Elle est un don de Dieu ».

Il a donc encouragé à prier ainsi : « Seigneur, donne-moi cette grâce qui est la marque de la rencontre avec toi : la consolation spirituelle et la paix… Demandons la grâce de la consolation spirituelle et de la paix spirituelle, qui commence par cette stupeur de joie dans la rencontre avec Jésus-Christ. »

Au terme de la messe, le pape s’est recueilli, comme à son habitude, sur les derniers bancs de la chapelle.

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La précipitation est toujours coupable

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Adorer Dieu, c’est lui redonner tout ce qu’il nous a donné de meilleur. Chaque fois que Dieu vous accorde un bienfait, rendez-le lui comme un témoignage de votre amour. Prenez votre temps, recueillez-vous devant Dieu et, par un acte d’adoration, redonnez-lui ce qu’il vous a donné. Si au contraire vous le mettiez de côté pour votre usage personnel, cela moisirait en vous, comme la manne que les Israélites mettaient en réserve. Les trésors spirituels que Dieu vous donne, il ne veut pas que vous les gardiez pour vous-même, il faut que vous les lui rendiez pour que d’autres en profitent.

Notre activité pour Dieu dans le monde n’a de valeur que par notre intime communion avec lui, dans notre for intérieur. La précipitation est toujours coupable, le temps ne manque jamais pour adorer Dieu. Vouloir s’isoler du monde pour rester seul avec Dieu, cela n’est pas sans danger. Il nous faut dresser notre tente de manière à pouvoir toujours nous recueillir devant Dieu, quelque tintamarre que mène le monde. Il est faux de concevoir comme trois étapes distinctes l’adoration, l’attente et l’action. Certains chrétiens sautent, comme des grenouilles, de l’adoration à l’attente, puis de l’attente à l’action. Dieu ne l’entend pas ainsi : les trois doivent marcher ensemble, comme dans la vie de Jésus. Jamais il ne se hâtait, jamais il ne restait sans rien faire. C’est une discipline à conquérir, qui ne s’acquiert pas en un jour.

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Bruno LEROY

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Source http://brunoleroyeducateur-ecrivain.hautetfort.com

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« Dieu attend l’homme »
Homélie du pape François, Saint-Jean-du-Latran

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Pape François

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ROME, 7 avril 2013 (Zenit.org) – « Dieu t’attend, toi, il te demande seulement le courage de venir à lui », a déclaré le pape François lors de son homélie, en ce dimanche de la Miséricorde, 7 avril 2013.

Le pape a pris « possession », au cours de la messe, à 17 h 30, de la basilique papale de Saint-Jean-du-Latran, sa cathédrale, en présence du clergé et de fidèles du diocèse.

« Pour Dieu, nous ne sommes pas des numéros, nous sommes importants, ou mieux, nous sommes le plus important de ce qu’il a; même pécheurs, nous sommes ce qui lui tient le plus à cœur », a-t-il souligné, encourageant à revenir à Dieu, « quelle que soit l’erreur, quel que soit le péché qui est dans notre vie » car « la patience de Dieu doit trouver en nous le courage de revenir à lui ».

Homélie du pape François

Chers frères et sœurs,

Avec joie je célèbre pour la première fois l’Eucharistie dans cette Basilique du Latran, Cathédrale de l’Évêque de Rome. Je vous salue tous avec grande affection : le Cardinal Vicaire, les évêques auxiliaires, le clergé diocésain, les diacres, les religieuses et les religieux et tous les fidèles laïcs. J’adresse aussi mon salut à Monsieur le maire de Rome, à son épouse et à toutes les autorités. Marchons ensemble dans la lumière du Seigneur Ressuscité.

Nous célébrons aujourd’hui le deuxième dimanche de Pâques, appelé aussi « de la Divine Miséricorde ». Qu’elle est belle, cette réalité de la foi pour notre vie : la miséricorde de Dieu ! Un amour aussi grand, aussi profond, celui de Dieu pour nous, un amour qui ne fait pas défaut, qui nous saisit toujours par la main et nous soutient, nous relève, nous guide.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, l’apôtre Thomas fait justement l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui a un visage concret, celui de Jésus, de Jésus Ressuscité. Thomas ne se fie pas à ce que les autres Apôtres lui disent : « Nous avons vu le Seigneur » ; la promesse de Jésus qui avait annoncé : je ressusciterai le troisième jour, ne lui suffit pas. Il veut voir, il veut mettre sa main dans la marque des clous et dans son côté. Et quelle est la réaction de Jésus ? La patience : Jésus n’abandonne pas Thomas l’entêté dans son incrédulité ; il lui donne le temps d’une semaine, il ne ferme pas la porte, il attend. Et Thomas reconnaît sa propre pauvreté, son peu de foi. « Mon Seigneur et mon Dieu » : par cette invocation simple mais pleine de foi, il répond à la patience de Jésus. Il se laisse envelopper par la miséricorde divine, il la voit en face, dans les plaies des mains et des pieds, dans le côté ouvert, et il retrouve la confiance : il est un homme nouveau, non plus incrédule, mais croyant.

Et rappelons-nous aussi Pierre : par trois fois il renie Jésus, juste au moment où il devait lui être plus proche ; et quand il touche le fond, il rencontre le regard de Jésus qui, avec patience, sans paroles, lui dit : « Pierre, n’aies pas peur de ta faiblesse, aies confiance en moi»; et Pierre comprend, sent le regard d’amour de Jésus et pleure. Qu’il est beau, ce regard de Jésus – que de tendresse! Frères et sœurs, ne perdons jamais confiance en la miséricorde patiente de Dieu!

Pensons aux deux disciples d’Emmaüs: le visage triste, une marche vaine, sans espérance. Mais Jésus ne les abandonne pas: il parcourt le chemin avec eux, et pas seulement! Avec patience, il explique les Écritures qui le concernaient et il reste avec eux pour partager le repas. C’est le style de Dieu: il n’est pas impatient comme nous, nous qui voulons souvent tout et tout de suite, même avec les personnes. Dieu est patient avec nous car il nous aime, et qui aime comprend, espère, fait confiance, n’abandonne pas, ne coupe pas les ponts, sait pardonner. Souvenons-nous de cela dans notre vie de chrétiens: Dieu nous attend toujours, même quand nous nous sommes éloignés! Lui n’est jamais loin, et si nous revenons à lui, il est prêt à nous embrasser.

Relire la parabole du Père miséricordieux me fait toujours grande impression, cela me fait impression parce qu’elle me donne toujours une grande espérance. Pensez au plus jeune fils qui était dans la maison de son Père, il était aimé; et pourtant il veut sa part d’héritage; il s’en va, il dépense tout, il arrive au plus bas niveau, plus loin de son Père; et quand il a touché le fond, il a la nostalgie de la chaleur de la maison paternelle et il retourne. Et le Père? Avait-il oublié son fils? Non, jamais. Il est là, il l’aperçoit de loin, il l’attendait chaque jour, chaque moment: il est toujours resté dans cœur comme un fils, même s’il l’avait abandonné, même s’il avait dilapidé tout le patrimoine, c’est-à-dire sa liberté; le Père, avec patience et amour, avec espérance et miséricorde n’avait pas cessé un instant de penser à lui, et à peine l’aperçoit-il encore au loin, il court à sa rencontre et l’embrasse avec tendresse, la tendresse de Dieu, sans une parole de reproche: il est revenu ! Telle est la joie du Père : dans son accolade avec son fils se tient toute sa joie.

Dieu nous attend toujours, il ne se fatigue pas. Jésus nous manifeste cette patience miséricordieuse de Dieu pour que nous retrouvions confiance, espérance, toujours! Romano Guardini disait que Dieu répond à notre faiblesse avec sa patience et c’est le motif de notre confiance, de notre espérance (cf.Glaubenserkenntnis, Würzburg 1949, p. 28). C’est comme un dialogue entre notre faiblesse et la patience de Dieu. Faisons ce dialogue dans l’espérance.

Je voudrais souligner un autre élément: la patience de Dieu doit trouver en nous le courage de revenir à lui, quelle que soit l’erreur, quel que soit le péché qui est dans notre vie. Jésus invite Thomas à mettre la main dans les plaies de ses mains et de ses pieds, et dans la blessure de son côté. Nous aussi nous pouvons entrer dans les plaies de Jésus, nous pouvons le toucher réellement; et cela arrive chaque fois que nous recevons avec foi les Sacrements. Dans une belle homélie saint Bernard disait: «Par les plaies [de Jésus], je puis goûter le miel de ce roc et l’huile qui coule de la pierre très dure (cf. Dt 32, 13), c’est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est bon» (Homélie sur le Cantique des Cantiques 61, 4). C’est justement dans les plaies de Jésus que nous sommes assurés, c’est là que se manifeste l’immense amour de son cœur. Thomas l’avait compris. Saint Bernard se demande: sur quoi puis-je compter? Sur mes mérites? Mais «mon mérite, c’est (…) la miséricorde du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la miséricorde ne lui fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, mes mérites seront nombreux» (Id., 5).

Ceci est important: le courage de m’en remettre à la miséricorde de Jésus, de compter sur sa patience, de me refugier toujours dans les plaies de son amour. Saint Bernard arrive à affirmer: «Mais qu’arrivera-t-il si j’ai à me reprocher quantité de fautes? « Là où le péché s’était multiplié, la grâce à surabondé » (Rm5, 20)» (Ibid.). Quelqu’un pourrait peut-être penser: mon péché est tellement grand, mon éloignement de Dieu est comme celui du plus jeune fils de la parabole, mon incrédulité est comme celle de Thomas; je n’ai pas le courage de retourner, de penser que Dieu puisse m’accueillir et qu’il m’attende, moi. Mais Dieu t’attend, toi, il te demande seulement le courage de venir à lui. Combien de fois dans mon ministère pastoral on m’a répété: «Père, j’ai beaucoup de péchés»; et l’invitation que j’ai toujours faite est: «Ne crains pas, va chez lui, il t’attend, Lui fera tout». Que de propositions mondaines entendons-nous autour de nous, mais laissons-nous saisir par la proposition de Dieu, la sienne est une caresse d’amour. Pour Dieu, nous ne sommes pas des numéros, nous sommes importants, ou mieux, nous sommes le plus important de ce qu’il a; même pécheurs, nous sommes ce qui lui tient le plus à cœur.

Après son péché, Adam éprouve de la honte, il se sent nu, il ressent le poids de ce qu’il a fait; et pourtant Dieu ne l’abandonne pas: si à ce moment-là, avec le péché, commence l’exil de chez Dieu, il y a déjà la promesse du retour, la possibilité de retourner à Dieu. Dieu demande immédiatement: «Adam, où es-tu?», il le cherche. Jésus est devenu nu pour nous, il a pris sur lui la honte d’Adam, la nudité de son péché pour laver notre péché: par ses plaies nous avons été guéris. Rappelez-vous celui de Saint Paul: de quoi je me vanterai, sinon de ma faiblesse, de ma pauvreté? C’est vraiment dans le fait de ressentir mon péché, dans le fait de regarder mon péché que je peux voir et rencontrer la miséricorde de Dieu, son amour et aller à lui pour en recevoir le pardon.

Dans ma vie personnelle, j’ai vu bien des fois le visage miséricordieux de Dieu, sa patience; j’ai vu aussi en de nombreuses personnes le courage d’entrer dans les plaies de Jésus en lui disant: Seigneur, me voici, accepte ma pauvreté, cache dans tes plaies mon péché, lave-le avec ton sang. Et j’ai toujours vu que Dieu l’a fait, a accueilli, consolé, lavé, aimé.

Chers frères et sœurs, laissons-nous envelopper par la miséricorde de Dieu; comptons sur sa patience qui nous donne toujours du temps; ayons le courage de retourner dans sa maison, de demeurer dans les blessures de son amour, en nous laissant aimer par lui, de rencontrer sa miséricorde dans les Sacrements. Nous éprouverons sa tendresse, si belle, nous sentirons qu’il nous embrasse et nous serons nous aussi plus capables de miséricorde, de patience, de pardon, d’amour.

Traduction officielle publiée par la Salle de presse du Saint-Siège

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Le pape François, un maître de la pastorale urbaine
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ROME, 9 avril 2013 (Zenit.org) – « La foi est comme une nouvelle « béatitude »… elle améliore les villes et permet d’ « ouvrir » les yeux et les horizons (…) Accompagnée de la charité elle devient « levain » et « témoignage » pour les autres », écrit le cardinal Jorge Mario Bergoglio dans son livre « Dieu dans la ville » (« Dios en la Ciudad »).

C’est le titre du petit ouvrage qui accompagne cette semaine la sortie en Italie du premier numéro du nouvel hebdomadaire des éditions Saint-Paul Credere, la gioia della fede, (Croire, la joie dans la foi). Il a été écrit par le pape François lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires.

Il consiste en quelque 50 pages qui commentent la synthèse du document final de la Vème conférence de l’épiscopat latino-américain d’Aparecida (mai 2007), racontant comment un pasteur peut croire et enseigner que « Dieu est au cœur de la ville », cette ville où beaucoup d’exclus, de marginalisés, d’étrangers, ne sont pas considérés des citoyens à part entière.

Le cardinal Bergoglio, partant d’images de l’Evangile – Zachée qui a appris l’arrivée de Jésus dans la ville et monte sur un arbre pour le voir, sans penser qu’il aurait été vu et appelé ; Bartimée l’aveugle, qui retrouvera la vue et deviendra un témoin et un héraut du Christ ; et la femme hémorroïsse qui se contente de toucher son manteau et reçoit en don la guérison – évoque l’épiphanie d’une rencontre qui, survenue en ville, rend possible la présence du divin dans l’histoire de la quotidienneté.

Dieu est entré dans l’histoire de l’homme, en assumant sa nature et donnant sa vie pour son salut, il est entré dans nos villes, a posé sa tente au milieu gens, marche avec nous. Quand ses traces ne sont pas visibles sur le sol, elles nous révèlent le mystère de la miséricorde, car Dieu nous a pris dans ses bras et nous a rapprochés de son cœur.

Le fait que Jésus soit entré en ville, aujourd’hui laboratoire d’une culture contemporaine complexe et plurielle, incite tout le monde à sortir de sa solitude et de sa cachette et à aller à sa rencontre : l’entrée de Jésus, lit-on dans le livre du pape François « nous pousse à sortir dans la rue » et à aller à la rencontre des autres hommes qui sont ce Jésus que l’on n’arrive pas toujours à voir : « j’avais faim … j’avais soif … à chaque fois que tu as fait cela à un de mes frères, c’est à moi que tu l’as fait. »

 

« Sortir » c’est « aller vers … », donc  rencontrer les autres, les accompagner comme les disciples d’Emmaüs et faire fructifier la charité, en prenant soin des autres, en devenant pour eux « levain » et « témoins » d’une vraie charité à imiter, dit la synthèse du document final d’Aparecida commenté par le cardinal Bergoglio.

Le « bon pape François », saluant les foules de simples « bonjour », « bonsoir » et « bon déjeuner », devient un maître de la pastorale urbaine, qui se nourrit d’actions plurielles. « Les villes sont des lieux de liberté et d’opportunités ; les personnes ont la possibilité d’y connaître d’autres personnes, d’interagir et de partager: Dans la ville il est possible d’expérimenter les liens de fraternité, solidarité et universalité. L’être humain est appelé à marcher de plus en plus vers son prochain et à partager avec celui qui est diffèrent, à l’accepter et à être accepté »

 

Saint Paul le disait (Rom, 13,1) en recommandant d’être de « bon citoyens », Don Bosco le répétait, lui qui voulait que tous ses jeunes soient de « bon chrétiens et d’honnêtes citoyens », l’Eglise l’affirme et le pape François le propose de nouveau, en affirmant que « vivre à fond l’humain, dans chaque culture, dans chaque ville, améliore le chrétien et féconde la ville en lui donnant un cœur ».

 

« Savoir regarder tout le monde et observer chacun » est la règle d’or de la pédagogie du Bon pasteur qui prend soin de chacune des brebis qui lui sont confiées, et engage le chrétien à savoir voir et regarder autour de lui. Ainsi, affirme le cardinal, « Ne pas voir », « ne pas regarder », « passer son chemin », comme dans la parabole du bon samaritain, n’est pas être fidèle aux valeurs de l’Evangile.

Le pape François, qui cite Benoît XVI, illustre ce concept qui consiste à « ne pas voir », qui est déterminé par un « nivellement des regards ». Le regard de foi s’oppose à la perspective de la science et des moyens de communication, et il est souvent considéré « démodé » ; il ne regarde pas des sujets abstraits, des paradigmes abstraits, mais regarde au contraire « ecclésialement des réalités bien vivantes ».

 

Celui qui dort dans la rue ou devant les portes des Eglises ne saurait être considéré « une saleté parmi les saletés ou un déchet du paysage urbain, de la culture du rejet et du refus », mais, selon un regard de foi, propre à une culture de la proximité, ouvert aux autres, reproduisant la pédagogie du Père du fils prodigue, lequel chaque matin va à son balcon et attend le fils qui retourne à la maison du Père et, le voyant arriver de loin, court à sa rencontre pour le prendre dans ses bras.

Dans sa conclusion, le pape François affirme que la foi, presqu’une nouvelle « béatitude »,  améliore les villes et permet de « voir », d’ « ouvrir les yeux », d’ « élargir le regard ». La foi qui devient charité accueille l’autre, et dans la rencontre, se concrétise le regard de celui qui sait aimer.

L’expression évangélique dans le récit du jeune riche: « Il le regarda et l’aima »devient un « canon », un principe d’usage chrétien. « Le regard d’amour ne discrimine pas, ni ne relativise parce qu’il est miséricordieux et créatif ».

 

Sortir de soi pour rencontrer les autres dans une attitude de proximité, le regard tourné vers le transcendant, capable de traduire la foi en témoignage et en actes de charité, constitue le nouveau défi du pape François pour une Eglise qui marche et grandit dans le service, suivant avec patience les rythmes du changement, qui ne se déclenchera que si chacun le veut et contribue à le mettre ne œuvre.

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Le pape François, Borges et la théologie

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El mundo, según Mallarmé, existe para un libro; según Bloy, somos versículos o palabras o letras de un libro mágico, y ese libro incesante es la única cosa que hay en el mundo: es, mejor dicho, el mundo.

On a insisté sur le goût du Saint-Père pour Borges. Il l’enseignait quand il enseignait la littérature, ainsi que d’autres écrivains moins célèbres. L’immense cerveau argentin, sans doute l’écrivain qui m’a le plus marqué, ne cesse de projeter sa grande ombre sur notre époque virtuelle, marquée par les miroirs, les écrans, la projection du monde dans l’espace numérique. Chaque fois que je plonge dans Google ou archive.org pour rechercher une référence ou un vieux livre heureusement scanné par les universités américaines, je repense à son Alephbien sûr, inspiré de la première lettre de l’alphabet hébraïque, et à sa Bibliothèque de Babel, fastueuse réflexion onirique et sur les immensités du savoir et sur nos infinis. L’Aleph illustrera assez bien aussi « l’espace dans une coque de noix » prophétisé par Joyce de Finnegan’s wake (et avant lui bien sûr par Hamlet, bounded in a nutshell, king of infinite space, chez qui le génie irlandais reprit cette formule) et, aujourd’hui, tous nos smart-phones et autres iPods où, à travers un écran, nous paraissent tous les états de la connaissance.  Lisez sans efforts ces lignes en version originale et pensez à votre iPod:

El diámetro del Aleph sería de dos o tres centímetros, pero el espacio cósmico estaba ahí, sin disminución de tamaño. Cada cosa era infinitas cosas, porque yo claramente la veía desde todos los puntos del universo.

Borges est avant tout un commentateur ; d’où son goût pour la kabbale juive et les théologiens. Il se veut critique et recréateur du monde plus que créateur littéraire. C’est un méta-littérateur. De même, en tant qu’aveugle, il préférait la carte à la réalité (j’ai repris cette idée dans un conte, les Mirages de Huaraz), la représentation à l’original, suivant la fameuse observation de  Ludwig Feuerbach. J’avais déjà réfléchi sur cette dimension borgésienne du cybermonde dans mon Internet nouvelle voie initiatique, publié en 2000 aux Belles lettres, et traduit en Amérique du Sud justement.

Un des autres traits du génie isolé de Borges est de donner à croire qu’il n’écrit que pour lui, comme tous ces gens aujourd’hui se confiant sur leurs blogs. Borges disait en effet n’écrire que pour lui, ses amis et oublier le temps qui passe. Même s’il n’était pas très isolé dans les cercles culturels argentins d’avant la guerre, sa culture dépassait celle de tout le monde, sauf bien sûr celle des spécialistes universitaires, et il donne toujours cette impression de n’écrire que pour un monde où il n’y a plus qu’un seul homme, le monde du barde Taliesin par exemple… Cette vision monastique et ascétique était bien sûr liée à une recherche éminemment spirituelle : je repense à ses textes qui m’émerveillèrent tant au temps où je n’avais pas la Foi, L’écriture du Dieu qui voit un grand prêtre prisonnier des Espagnols tenter de déchiffrer la fourrure tachetée du jaguar (taches et rayures : penser à Jacob et Laban dans le livre de la Genèse 30, 32), ou bien l’extraordinaire ruines circulaires où un personnage rêvant de se voir démiurge découvre finalement qu’il est lui-même rêvé par un autre. On peut y voir une réminiscence orientale (Li Tse et son papillon, qui inspirent aussi Yourcenar) ou une métaphore sur le paganisme, assez cher sur le tard à Borges : voir ses interminables réflexions sur les kenningar scandinaves, ces périphrases tirées des sagas).

Grand admirateur du judaïsme aussi, Borges rend hommage à un écrivain juif tchèque, qui va être fusillé par les nazis en 1939, mais qui arrive à immobiliser le temps devant le peloton d’exécution pour pouvoir terminer son œuvre : c’est l’admirable miracle secret tiré de Fictions, son meilleur recueil et de loin. En incipit et clin d’œil, Borges cite le… Coran. Il voit comme qui dirait une solidarité œcuménique et herméneutique dans tous les grands textes spirituels de notre terre.

Maurice Blanchot disait que Borges était aussi habité par la notion d’infini.

L’infini… Il y a bien des traités écrits sur cette vaste notion, bien des millions de topos scolaires et universitaires ! Mais personne n’approche la perfection de Borges dans les évocations de cette notion. J’en veux pour preuve l’admirable « relato » sur Isidore Funes, jeune gaucho de la pampa qui après un accident, se découvre une mémoire absolue et ne peut lui survivre. Borges a réfléchi aussi sur Judas, et il reprend dans un de ses contes fantastiques une hérésie ancienne qui fait de l’effrayant apôtre le vrai messie, puisque condamné à un crime et une malédiction éternelle. Ce thème du traître et du héros, comme il dit ailleurs, est d’une infinie profondeur et pourrait toujours nous inspirer ; je repense aussi à ce très beau conte de Julio Cortazar, qui voit un accidenté de la route découvrir progressivement à l’hôpital qu’il est en fait un fuyard de la selva, tenant d’échapper au grand prêtre sacrificateur des aztèques. Le monde dans lequel il a momentanément vécu était un refuge onirique, une pure illusion. En espagnol le mot illusion reflète bien la dimension ludique de la racine.

Sans avoir été un écrivain chrétien, Borges a beaucoup fait pour la religion et la théologie qu’il a sorties de leurs tiroirs poussiéreux, comme on dit, et il a tout le temps réfléchi ces notions. Il fut un grand lecteur de Gilson envers qui il a toujours reconnu sa dette (Gilson lui-même est resté émerveillé par l’opus de Chesterton sur Saint-Thomas). Il s’est inspiré d’une vision magique, mystérieuse, sémiologue au sens sacré de la littérature. Celle de Mallarmé bien sûr et celle aussi de Léon Bloy, un de ses écrivains chrétiens préférés avec Chesterton (très cher pour ses romans policiers impliquant l’infaillible et « réaliste » père Brown et sa vison cauchemardesque du réel moderne dans un Nommé jeudi), Léon Bloy qui a écrit en 1912 un des livres les plus importants et les moins compris du monde, L’âme de Napoléon. Je cite sa phrase – celle de Bloy – en espagnol, ne disposant pas d’elle en français (elle est aussi claire qu’en français de toute manière) :

La historia es un inmenso texto litúrgico, donde las iotas y los puntos no valen menos que los versículos o capítulos íntegros, pero la importancia de unos y de otros es indeterminable y está profundamente escondida.

On connaît et on abuse de la phrase célèbre (qui n’est pas même de Malraux d’ailleurs, lequel en ricanait) sur le XXIème qui serait religieux ou bien ne serait pas. Borges, lui, a incarné une vision religieuse, spirituelle et chrétienne (même si parfois hypnotique et hérétique, voir son goût très anglais pour Milton, Hobbes, Kipling ou Blake) de la littérature. Il me semble que l’on n’a pas insisté sur le fait que là était la clé de son génie. En bon postmoderne, Borges a recyclé la théologie et l’a adapté à la littérature. Le pape l’a bien compris, lui.

Je terminerai en donnant une ultime recommandation de lecture ou relecture : Les approches d’ Almotasim, magnifique variation sur la quête de Dieu déguisée en enquête policière …

J’ai cité l’Aleph, je citerai ce texte moins connu en conclusion dans le limpide castellano de l’éternel vieux maître :

A medida que los hombres interrogados han conocido más de cerca a Almotásim, su porción divina es mayor… Almotásim es emblema de Dios y los puntuales itinerarios del héroe son de algún modo los progresos del alma en el ascenso místico.

Nicolas Bonnal

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Un mois avec le pape

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Photo de George Martell - BostonCatholic / Flickr

Voilà un mois que Jorge Mario Bergoglio est devenu le pape François. Un mois seulement, et un mois déjà. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai l’impression que l’élection, c’était la semaine passée, si proche, avec ses premières paroles pour appeler à la prière sur lui. Elle m’a marquée cette image d’un pape incliné, demandant à son peuple de prier pour lui, afin que le Seigneur le bénisse. C’était un geste inédit, un geste fort, un geste qui après la surprise du nom qu’il s’était choisi, François, disait déjà beaucoup de choses sur la manière dont il voulait être pape. Ce nom d’ailleurs résonnait comme un programme, celui de la simplicité, de la proximité.

Et ce programme s’est vérifié au cours des premiers jours du pontificat. Avec les surprises qu’ils nous ont réservées : un pape qui conserve sa croix pectorale d’évêque, refusant la croix en or que, traditionnellement, les papes portaient. Ce mot d’ailleurs, « pape », François a mis du temps à prononcer, lui préférant le terme « évêque de Rome ». Mais il y plus marquant encore : les trajets, en bus, avec les autres cardinaux, plutôt que dans sa voiture de fonction. Ou le logement : après quelques jours, on apprend que pour l’instant, le pape restera à la maison Sainte Marthe, plutôt que de gagner ses appartements privés. Et puis, ces autres photos toujours, d’un pape qui prie, au milieu ou au fond de la chapelle de cette maison Sainte Marthe, avec les autres résidents. Voilà des images qui frappent.

Si l’on continue à dérouler ce mois, on en arrive aux premières rencontres avec la foule, avec un pape François qui vient saluer les gens à la sortie de la messe, au Vatican, le dimanche. Ou alors, ces vidéos et photos montrant l’évêque de Rome descendant de la papamobile  pour aller embrasser des enfants, des malades. Récemment, on l’a même vu signer le plâtre d’une petite fille !

Et il y a eu, en ce mois, la semaine sainte. Avec le petit truc qui change tout : le pape en prison. Il y a lavé les pieds de jeunes, hommes et femmes, y compris des non catholiques. Là, pour certains, c’est devenu un peu limite. Ses trucs de pauvreté, la liturgie avec toujours la même chasuble blanche, ça passe encore, mais quand même, avec ce geste du lavement des pieds, il est allé loin. Oui, c’est vrai, il est allé jusqu’à ces « périphéries » qu’il citait le matin même, lors de la messe chrismale, invitant les prêtres à ne pas rester dans le confort de leurs communautés, mais à s’engager pour apporter le Christ dans ces périphéries. Ce mot, le pape François l’a cité rien que cinq fois lors de cette homélie. Voilà un mot clé. Le premier ? Pas tout à fait, car il y en a un autre qui me revient en mémoire, et qu’on trouve de manière récurrente dans sa bouche : « le chemin », ou « cheminer ». Le dimanche des Rameaux, il disait ainsi : « Jésus est Dieu abaissé jusqu’à cheminer avec nous. Il est notre ami et notre frère, celui qui éclaire notre chemin ». Ce même mot était revenu à quatre reprises lors de son salut, à la loggia de saint Pierre, le soir de son élection. Il l’avait repris  le lendemain, le 14 mars, lors de la messe avec les cardinaux.

Et puis, juste avant le terme du premier mois, alors qu’on l’attendait tous, enfin, ceux qui regardent avec un peu d’attention le petit monde du Vatican, voilà qu’il en vient à la réforme de la curie. Oh, pas comme on aurait pu s’y attendre, en force, avec des têtes qui tombent, un grand changement de paradigme, ou en finesse, avec un renouvellement progressif des responsables…  Non, le pape, par la Secrétairerie d’Etat, celle qui est si décriée pour son pouvoir centralisateur, nous dévoile la liste des cardinaux qui vont travailler avec lui sur la réforme de la curie romaine. Certes, la première rencontre de ces 8 cardinaux avec le pape n’est pas pour demain. Elle est prévue pour le début du mois d’octobre, du 1er au 3. Ça laisse le temps de réfléchir, et travailler, de penser un nouveau mode de fonctionnement peut-être. Et puis, si l’on regarde bien, ces rencontres auront lieu  juste avant la fête de Saint François d’Assise, celui qui avait reçu la mission d’aller (en marchant ?) et de réparer l’Eglise. Un signe ?

Au final, après un mois de pontificat, il me reste beaucoup d’images, quelques mots, et une grande espérance. Et vous ?

POSTÉ PAR STÉPHANE LEMESSIN LE 14 AVRIL 2013

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Patrick

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sources : 

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http://lyon.catholique.fr/
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Zenit.org Pape François
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Zenit.org
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http://brunoleroyeducateur-ecrivain.hautetfort.com
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Salle de presse du Saint-Siège
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ofs-de-sherbrooke.over-blog.com

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et la toile en général !!!

Quelques mots sur Saint François d’Assise, mon ami depuis toujours

 

Quelques mots sur Saint François d’Assise, mon ami depuis toujours, celui grâce à qui j’ai passé diverses épreuves de ma vie…..
 
en premier lieu une petite histoire de St François, Ste Claire et des ordres Franciscains et des Clarisses … et par la suite je reviendrai régulièrement vous donner des nouvelles de ce couple exceptionnel de l’Histoire religieuse !!!
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English: Saint-François-d'Assise's church, in ...

English: Saint-François-d’Assise’s church, in Paris (Paris XIX, France) Français : Église Saint-François-d’Assise, à Paris (Paris 19è, France) (Photo credit: Wikipedia)

 
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Biographie de François d’Assise et Claire d’Assise
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Sa jeunesse et conversion
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François (baptisé Jean) est né en 1181 ou 1182 dans la ville italienne d’Assise. Son père, un négociants d’étoffes précieuses nommé Pierre Bardonne, a sans doute donné ce prénom à son premier né à cause des rapports commerciaux étroits qu’il entretient avec la France. Il mène une jeunesse facile et heureuse auprès de sa famille et des ses amis. Il est le chef de la jeunesse dorée d’Assise. Il découvre l’amour courtois et la vie de troubadour. Son désir de devenir chevalier le poussera à participer à la guerre contre Pérouse, mais il sera fait prisonnier et restera en captivité pendant un an. Après une convalescence à Assise, il repart pour le front mais fera en chemin une rencontre marquante.
« Issu du monde des communes, il en partage l’idéal de liberté et d’association. […] Mais bientôt il découvre l’envers de la société nouvelle: la domination de l’argent, avec ses conflits et ses détresse. » Sur le chemin de Spolète, il rencontre un chevalier pauvre. Ne pouvant supporter d’éclabousser de ses richesses la véritable noblesse, François lui donne son équipement et rentre à Assise. Dès lors son attitude, déjà quelque peu changée par sa longue maladie, sera de plus en plus différente avec celle de sa jeunesse. Il cherche dans la méditation la présence de Dieu. Sa soif grandissante l’amène à s’occuper des lépreux. Il dit dans son testament:
Quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai avec compassion. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changer pour moi en douceur, pour l’esprit et pour le corps.
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Le début de sa vie de pauvreté
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English: Saint-François-d'Assise's church, in ...

Église Saint-François-d’Assise, à Paris (Paris 19è, France) (Photo credit: Wikipedia)

 
Quittant sa famille, il se fit ermite. Un jour qu’il méditait à la campagne, il s’arrête pour prier dans l’église presque en ruine de Saint Damien. C’est alors que le crucifix devant lequel il est agenouillé lui parle et lui dit: « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine ». Prenant cette directive au sens littérale, François se met à restaurer les petites églises périphériques d’Assise. Pour ce faire, il vend à Foligno des étoffes prises à la boutique de son père pour offrir l’argent au prêtre de l’Église de Saint Damien, qui par crainte le refuse. À cause de ses origines, sa conduite fit scandale et son père, dans sa fureur, le traîne en justice devant l’évêque. C’est alors que François, accomplissant un geste hautement significatif pour lui et pour l’assemblée, se met à nu et donnant ses vêtements à son père, il dit: « Désormais, c’est en toute liberté que je pourrai dire: « Notre Père qui êtes aux cieux! » Pierre Bernardone n’est plus mon père, et je lui rends non seulement son argent que voici mais encore tous mes vêtements. » [Les mots changent selon les traductions mais le sens demeure le même.]
À partir de ce moment, François se fait maçon et rénove les églises et chapelles des environs d’Assise pendant trois ans. Il mendie pour se nourrir et couche dans les lieux qu’il restaure. Il reconstruit Saint Damien, Saint-Pierre et la Portioncule. C’est à celle-ci que François connaîtra un autre tournant de sa vie. Alors qu’il assiste à la messe, « il entendit lire l’évangile de l’envoi des disciples en mission » . Il découvre à ce moment ce que le Christ attend de lui et comprend le vrai sens des paroles de l’épisode du crucifix de Saint Damien. Il sait maintenant qu’il doit reconstruire l’Église en prêchant l’évangile et la paix. C’est donc en février 1208 que commence sa prédication itinérante.

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La création de l’Ordre et la première règle; croissance de l’ordre
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En avril suivant, ses premiers compagnons, vendant leurs richesses et les distribuant aux pauvres, se joignent à lui: il y a Bernard de Quintavalle, Pierre de Catane, Egide, Gilles, etc., portant ainsi le nombre de fils de François à six, et qui augmentera à sept, puis à douze. François ressent alors le besoin d’écrire une règle pour l’Ordre naissant et de la faire approuver par le pape.
Cette première règle est toute simple. Elle dit simplement de vivre selon l’Évangile. Cela implique une mobilité apostolique, de la même manière que les apôtres du Christ ont répandu la Bonne Nouvelle. Cette même mobilité les empêche d’exploiter un domaine comme le font les ordres monastiques; ils sont dès lors vouer à une pauvreté pascale, deuxième principe de la règle. L’absence de richesse met les premiers Franciscains sur un pied d’égalité: ils sont frères et forment une fraternité. Non seulement il n’y a pas de hiérarchie entre eux, mais ils se veulent les plus humbles de la sociétés; ils se font appelés les « Frères mineurs ». Enfin, le dernier principe de la règle est la soumission à l’Église.
François se rend à Rome en 1209 avec ses compagnons où le pape Innocent III, après réflexion, approuve l’Ordre des Frères mineurs et leur règle. Mieux encore, il leur permet de pratiquer la tonsure, ce qui les fait clercs et les soustrait de l’autorité des laïcs pour les placer sous la seule juridiction de l’Église.
François et ses compagnons reviennent à Assise et s’installent à côté de la ville, à la Portioncule. Dès ce moment, l’expansion de la fraternité franciscaine sera très rapide. Beaucoup d’hommes vinrent les rejoindre dans leur petite communauté, qui s’agrandit rapidement. « Le recrutement, sauf exception, se faisait parmi les gens simples, car François n’exigeait pas de ses frères les qualités intellectuelles et la formation réclamées chez les dominicains. » Des gens de toutes conditions furent admis: les clercs comme les laïcs, les célibataires et les gens mariés. En 1212 arriva pour la première fois une femme, Claire d’Assise.

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La fonda
tion de la branche féminine de l’Ordre
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English: Saint-François-d'Assise's church, in ...

Église Saint-François-d’Assise, à Paris (Paris 19è, France) (Photo credit: Wikipedia)

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Claire Favarone, jeune fille de petite noblesse d’Assise, entend parler de François et cherche à le rencontrer à partir de ses 16 ans, soit vers 1210. L’attachement que se portent mutuellement François et Claire décide celle-ci à entrer en religion. La nuit des Rameaux de l’an 1212, elle se consacre définitivement à Dieu dans la chapelle de la Portioncule. François lui coupe les cheveux puis elle reçoit sa vêture de religieuse. Elle s’installe à Saint Damien et fonde l’ordre des Pauvres Dames devenu les Clarisses. La première novice de Claire sera sa propre soeur. Puis de nombreuses femmes se joignent à elles. Mais toujours est-il qu’elles n’ont pas de règle précise. Quoiqu’il en soit, François eut raison de séparer les hommes et les femmes. En effet, chez les vaudois, cette distinction ne se dit pas. « Des abus en avaient été la conséquence. »
Le succès de cette branche féminine sera aussi considérable que le premier ordre. Cependant, les Clarisses n’avaient de règle officielle, bien qu’elles suivait celle que Claire leur prescrivait, c’est-à-dire vivre selon l’évangile. La règle officielle n’arriva qu’en 1253. La seule différence avec la règle des frères est qu’elle ne permettait pas l’apostolat mobile. C’est ainsi que le deuxième ordre franciscain devint officiel.

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L’ordre franciscain s’étend de par le monde
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En 1212, François essaie de gagner en vain l’Islam une première fois en passant par la mer, mais il est rejeté sur le rivage. Il effectue une deuxième tentative par le Maroc, mais il tombe malade et ne peut aller plus loin. Il retourne alors à la Portioncule.
Les Fraternités se développent de plus en plus en Italie et le nombre de frères croît sans cesse. Le contact avec son fondateur et l’unité qu’il inspirait devient plus difficile.
En 1215, François se rend au VIe Concile de Latran. Il y rencontre sans doute saint Dominique. Du concile ressort la décision d’interdire la fondation d’ordres religieux nouveaux. Cela pose problème pour les Pauvres Dames, qui, bien qu’étant une extension de l’ordre franciscain, ne sont pas encore reconnues officiellement.
En 1217, à la Pentecôte, il se tient un chapitre général dans les champs qui entourent la Portioncule. Les multiples fraternités contiennent alors plusieurs milliers de « frères mineurs ». L’envoi de ceux-ci en Europe, afin de répandre l’ordre, est décidé. François doit partir en France, mais le cardinal Hugolin d’Ostie, rencontré à Florence, l’en empêche.
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Le désordre de la Fraternité; la deuxième règle
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Après le chapitre de la Pentecôte à la Portioncule en 1220, François part pour l’Égypte, confiant l’Ordre à deux vicaires, frère Mathieu et frère Grégoire de Naples. Il essaie d’y rencontrer le sultan pour le convertir, ce qu’il ne réussira pas, malgré l’entrevue courtoise qu’il a obtenu.
Malheureusement, « l’absence prolongé de François jeta l’Ordre dans un grand vide, encore aggravé par le manque total de nouvelles. » Deux tendances apparaissent: l’une va vers une nouvelle règle s’inspirant des anciens Ordres monastiques, l’autre conserve l’idéologie première. Une rupture est à craindre. Un frère rejoint François en Syrie, où il visite les Lieux Saints, et lui apprend les problèmes de l’Ordre. Il revient revient en catastrophe et se rend chez le pape Honorius III, lui demandant son aide, celui-ci lui accorde en la personne du cardinal Hugolin, un ami de François. Il le convainc alors que la règle est trop simple et que c’est cette même simplicité qui menace l’ordre. Il faillait également gouverner l’Ordre, ce qu’il ne peut se résoudre à faire personnellement, aussi donne-t-il sa démission et laisse la place à Elie Bombarone, qui devient alors vicaire général de l’ordre.
Reste le problème de la règle. François, aidé par plusieurs frère, écrit en 1221 une admirable règle que le Pape et les responsables de l’ordre rejettent. Elle est trop longue, trop dure, trop lyrique. Il retourne alors dans la solitude et rédige en 1223 une deuxième règle plus courte, plus précise qui est finalement adoptée.

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Ses dernières années
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Français : Vitrail représentant Saint François...

Français : Vitrail représentant Saint François d’Assise, dans l’église abbatiale Saint-Michel à Saint-Mihiel. (Photo credit: Wikipedia)


La transformation de son ordre attristait François au plus haut point. « La constitution d’un grand ordre à ses yeux à terme la tentation de posséder. Il ressentait cruellement chaque changement de son idéal primitif, chaque aménagement avec l’absolu. » Il se retira alors dans la solitude de la méditation avec quelques amis fidèles en ermitage de montagne. De plus en plus il cherchait la solitude pour cacher et oublier sa profonde tristesse. Soeur Claire l’aide à supporter cette amertume.
En décembre 1223, François fête Noël à Greccio d’une manière toute originale, c’est-à-dire en recréant la crèche de la Nativité. « Cette nuit-là, la Chrétienté retrouvait des yeux d’enfant. »
Au mois d’août 1224, François se retire pour méditer et jeûner sur le mont Alverne, qu’a mis à sa disposition le compte Roland de Chiusi, avec quelques frères. Un matin de méditation lui apparaît un séraphin au corps d’homme crucifié. C’est alors que le miracle se produit: les stigmates du Christ s’imprègne dans sa chair. Lorsqu’il retourne en société, la nouvelle du miracle se répand rapidement, malgré le fait qu’il essaie de cacher les marques. À dos d’âne, il reprend une tournée de prédication Mais bientôt une maladie d’yeux, l’ophtalmie, et ses saintes blessures l’empêche de continuer et il rentre, très malade, à la Portioncule.
Il se réfugie en 1225 à Saint Damien auprès de Claire, dans le jardin, où il compose le Cantique du Soleil. « Ce chant est considéré, à juste titre, comme le joyau le plus ancien et le plus précieux de la poésie italienne naissante. »
Pendant l’été 1225, Hugolin, qui est à Rietti avec le Pape, le fait venir pour qu’il se soigne. En 1226 François va à Sienne, où il rédige son testament. Il passe l’été à Bagnana et son état empirant, on le ramène à Assise. Il revient à la Portioncule où il meurt le 3 octobre. Son corps, après être passé à Saint Damien pour que Claire puisse le voir une dernière fois, est inhumé à l’Église de Saint-Georges devenue Sainte Claire.
En 1227, Hugolin est élu Pape et devient Grégoire IX. Il canonise son ami François en juillet 1228 à Assise.
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Le Christ et la Vierge apparaissant à saint Fr...

Le Christ et la Vierge apparaissant à saint François d’Assise, H/t, 48×32 cm, Louvre, Paris (Photo credit: Wikipedia)

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Si vous voulez voir la crypte de Saint-François , mode d’emploi ci-dessous ….
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http:www//.sanfrancescopatronoditalia.it/webcam_tomba_san_francesco.php
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LA CRYPTE DE SAINT-FRANÇOIS
La crypte de Saint-François
En ce moment vous êtes au cœur des Franciscains, sur le tombeau de saint François
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Envoyer votre prière au tombeau de saint François
à l’adresse e-mail latuapreghiera@sanfrancesco.org
Les frères de la Sacro Convento confier le Saint Patron de l’Italie
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Patrick
sources : divers sites du net et wikipédia

fier de mon fils Guillaume !!!!

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A LA  UNE

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la Presse de la Manche du 19 octobre 2012

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Trois sauveteurs héroïques

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L´incendie d´un appartement dans le quartier de Brécourt à Equeurdreville,

mercredi soir, n’a pas fait de victime, grâce à l’intervention courageuse de trois

jeunes habitants du quartier qui ont évacué de nombreux résidents. Nous avons

recueilli leurs témoignages.

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A lire en page 2 2 de notre édition papier du jour.

http://www.lapressedelamanche.fr/fr/actualites/a-la-une/default.asp#actualite_134

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je sors aujourd’hui de mon long silence, car gros problèmes de sante et en

plus je cumule une  panne d’ordinateur , et, là,  j’écris d’un autre, prêté

pour l’occasion par un ami ….

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vous allez me dire pourquoi cette image et ce titre ????

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tout simplement  car au centre de la photo il s’agit de mon Fils :

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Guillaume !!!!

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vous ne savez pas comme je suis fier de lui …., sauver un être humain

au péril de sa vie est un acte tellement beau, grand, chevaleresque et

courageux …. je ne peux exprimer mes sentiments en ce moment,

mais au milieu de tant de douleurs dues à la maladie je trouve là une

petite bouffée d’oxygène, sachant que l’éducation que j’ai donnée à mes

enfants, je peux moi aussi en être fier….

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et le pire ( ou le mieux…) c’est qu’il ne m’a pas prévenu, c’est un de mes

beaux fils qui m’a téléphoné ce matin pour que nous regardions le 

journal….. courage et modestie, imaginez comme mon coeur est

plein de joie de reconnaissance et que mes prières l’accompagnent,

comme toute ma famille, ma tribu, mes 6 enfants et 13 petits enfants ….

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merci  à  lui …….

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j’essuie ma petite larme et vous dit à plus tard, le calvaire recommence ….  

mais ….. merci mon Dieu, d’avoir su guider la chair de ma chair …..

je suis récompensé une fois de plus !!!

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Patrick