Chasse aux trophées d’animaux : de la polémique au scandale

.
——===ooOoo===——
.

Chasse aux trophées d’animaux :

de la polémique au scandale

.
——===ooOoo===——
.

Busto del Rey Juan Carlos I de España en su vi...

Busto del Rey Juan Carlos I de España en su visita de estado a Estonia en mayo de 2009 (Photo credit: Wikipedia)

L’accident de Juan Carlos au cours d’une chasse à l’éléphant au début de l’année a relancé la polémique de la chasse aux trophées, pratiquée dans certains pays d’Afrique, sous couvert de gestion des populations. L’association One Voice prend position, pointant du doigt la cruauté d’un tel loisir.

.

Retour sur l’accident

.

En avril dernier, le roi d’Espagne se fracturait la hanche au cours de l’une de ses parties de chasse à l’éléphant au Bostwana. Il provoque ainsi une polémique internationale, principalement concernée par le coût exorbitant d’un tel loisir alors que son pays est confronté à une crise économique sans précédent. Mais ce qui a également choqué la planète, c’est que Juan Carlos n’est autre que le président d’honneur du WWF, ONG de protection de la nature mondialement connue…

.

Chasse aux trophées et conservation

.elephant_elephanteau

La chasse aux trophées est une pratique qui permet, moyennant finance, de chasser l’animal de son choix, y compris d’espèce protégée telle que l’éléphant ou le rhinocéros noir. D’un point de vue légal, cela est rendu possible notamment grâce à la chasse en boîte (d’animaux nés en captivité et chassés dans de grands enclos) ou en intégrant ces actions de chasse à des plans de gestion des populations. Dans certains pays par exemple, la population d’éléphants est considérée comme trop importante et occasionne des dégâts sur les cultures voire constitue un danger pour les villageois : plus d’éléphants sur un territoire réduit par les activités humaines pose d’importants problèmes de cohabitation. Pour justifier ce loisir cruel, les prétextes ne manquent pas. Il constituerait donc aussi une ressource financière importante pour les pays concernés qui en utiliseraient les gains pour financer… des actions de conservation ! Cette chasse rapporterait ainsi plus de 115 millions d’euros à l’Afrique du Sud chaque année mais, selon la League Against Cruels Sports, seulement 5% des taxes de chasse bénéficieraient réellement à la conservation…

.

Des dommages pourtant réels

.

Dans le milieu de la conservation, cette forme de chasse ne fait pas l’unanimité. Si des organisations comme TRAFFIC et même le WWF ne s’y opposent pas, lorsque la chasse aux trophées fait partie d’une stratégie mise en place par le gouvernement et strictement contrôlée, des conséquences notables de cette pratique permettent de douter de sa réelle pertinence à s’intégrer à un projet de conservation d’espèce menacée. Pour les lions, qui doivent déjà faire face à de gros problèmes de cohabitation avec les éleveurs de bétail, la chasse aux trophées est une catastrophe de plus. La forte demande de la part des américains en peaux de lion et autres pièces détachées du roi de la jungle fait des chasseurs américains un facteur important de la diminution de leurs populations : des 5 663 individus tués en Afrique entre 1999 et 2008, 64 % sont partis vers l’Amérique. Et en dix ans, le nombre de lions tués pour les trophées a plus que doublé (d’après un rapport commandé par la Maison Blanche à une coalition américaine pour la défense de la vie sauvage en 2011).

Des 200 000 lions présents sur le continent africain il y a un siècle, il ne reste qu’une population de moins de 40 000 individus, voire 16 000 pour les estimations les plus pessimistes… Éteint dans 26 pays, le lion a ainsi disparu de 80% de son territoire d’origine. Mais on continue de le chasser !

.

Et l’éthique ?

.

Au-delà des questions – certes cruciales – de conservation de la biodiversité, la dimension éthique fait une fois de plus cruellement défaut à ces débats dont elle devrait être le cœur. Pour justifier l’innommable, on parle de gestion, de régulation, d’impact économique… Pourtant, qu’il s’agisse de lions, d’éléphants, de girafes, d’ours polaires ou de tout autre victime de ces chasses, ce sont des vies, voire des familles, qui sont détruites, des individus qui sont effacés dans les pires conditions qui soient : combien de coups de feu faut-il pour abattre un éléphant ? On sait pourtant les liens qui unissent les membres d’une famille d’éléphants. On sait qu’ils se souviennent de ceux qu’ils ont aimés jusqu’à la fin de leur vie. On sait qu’ils se reconnaissent dans un miroir et n’abandonnent pas leurs proches blessés mais s’organisent pour les aider… Ces êtres sont des êtres sentients avec lesquels nous partageons une planète qui ne nous appartient pas. Apprendre à cohabiter en paix, tel doit être l’objectif !

.
——===ooOoo===————===ooOoo===——
.

Patrick

sources

http://www.notre-planete.info

http://www.one-voice.fr/

Publicités

un peu de géographie : De l’abus du terme « balkanisation » au Mali et ailleurs

En ce moment des évènements, affrontements, guerres de clans et religieuses se déroulent au Mali, et des analyses (parfois hâtives) voient dans les évènements maliens la preuve d’une balkanisation de la zone sahélienne de l’Afrique.

Quelques sommaires éclaircissements semblent nécessaires et tentons d’y apporter quelques éclaircissements :

Balkanisation, fragmentation, scission, partition? Rappelons tout d’abord les différences entre ces terminologies. Selon Stéphane Rosière, la balkanisation est : « le processus de fragmentation d’un État en au moins trois nouveaux États (…) si un État “primaire” est divisé en deux nouvelles entités, on peut préférer les notions de scission ou de partition »[i]. Ainsi la notion de balkanisation, souvent employée avec une connotation péjorative, ne correspond pas à la réalité malienne actuelle. 
Un peu plus à l’Est de cette bande sahélienne prenons des exemples que nous maitrisons plus. L’Erythrée et le Soudan du Sud se sont séparés d’une entité qui existe toujours. Le cas du Somaliland est plus problématique, puisque l’Etat somalien s’est effondré et qu’une autre entité, le Puntland, s’est déclarée autonome. 
En revanche, la sécession est bien l’aboutissement d’un processus de désintégration politique. Si l’intégration politique se définit comme un processus par lequel les acteurs, de systèmes politiques distincts, sont persuadés qu’ils doivent loyauté à un nouveau centre de pouvoir, prévalant sur l’ancien système[ii], lors d’une sécession les acteurs décident à l’inverse de retirer leur loyauté du centre juridique et de le donner à un nouveau centre. En interne, une sécession signifie donc la dissolution du pacte existant et marque un coup d’arrêt à la capacité de l’Etat à gouverner sur tout le territoire. La sécession est donc le retrait d’une entité constitutive d’un ensemble établi et reconnu internationalement et la création d’un nouvel Etat souverain.

La reconnaissance internationale est en générale l’étape suivante. Cet acte fait entrer le nouvel Etat dans l’ordre juridique internationale en lui attribuant des droits et des obligations. Néanmoins la reconnaissance reste un acte discrétionnaire et bilatéral que le Somaliland attend par exemple toujours et que l’Azawad s’est fut refusé par les Etats composant la communauté internationale.


La reconnaissance internationale des nouvelles entités


Le système international ne reconnait qu’aux Etats certains pouvoirs, droits et devoirs, alors que les gouvernements ne sont reconnus que comme les agents d’Etats légitimes [iii]. En effet, deux principes contradictoires guident la communauté internationale : le droit à l’autodétermination et le respect de l’intégrité territoriale. En général, l’instauration de l’autonomie est préférée à la sécession, mais cette dernière reste parfois l’unique mode de résolution des conflits.
Ainsi, l’Erythrée a accédé à l’indépendance, après l’autorisation préalable du nouveau régime en place à Addis Abeba, et son engagement à reconnaitre les résultats du référendum d’autodétermination. L’indépendance est ainsi déclarée de facto en 1991, et de jure en 1994 après le referendum en avril 1993.
Concernant le Soudan du Sud, ce sont les accords de paix inclusifs, ou Compehensive Peace Agreement, (« accords de Naivasha »), signés au Kenya le 9 janvier 2005 par la rébellion sudiste de John Garang (Mouvement populaire de Libération du Soudan – SPLM) et Ali Osmane Taha, le vice-président du Soudan, qui ont ouvert la voie au référendum d’autodétermination. En effet, ces accords prévoyaient une large autonomie du Soudan du Sud, ainsi que la tenue d’élections démocratiques dans l’ensemble du Soudan un an avant la fin de la période de transition. Puis ils octroyaient, au terme d’une période intérimaire de six ans, la possibilité de choisir, par référendum, entre l’indépendance et le maintien au sein du Soudan.

Original caption states, "Former Southern...
 

Le Somaliland s’est, quant à lui, autoproclamé indépendant selon la même logique que l’Erythrée, mais cette indépendance n’est pas internationalement reconnue. L’ancienne colonie britannique bénéficiait en 1991 d’une autonomie de facto, en l’absence de pouvoir central légitime à Mogadiscio. La capitale Hargeisa s’est dotée de tous les instruments de la puissance régalienne (drapeau, monnaie, etc). Le président du SNM (Mouvement National Somalien) proclame, en mai 1991, la nullité de l’acte d’union du 1er juillet 1960 et déclare l’Etat souverain. Or la déclaration d’indépendance est un acte est juridiquement controversé et n’est pas validé par la communauté internationale.
Dans les trois cas, le scrutin référendaire a recueilli des scores élevés et montre l’adhésion du peuple aux mouvements d’indépendance. Le scrutin d’autodétermination érythréen a été approuvé par 99,8% des électeurs. Le référendum somalilandais du 31 mai 2001, en faveur de la nouvelle Constitution qui réaffirme le statut indépendantiste de l’Etat[v], fut approuvé par 97 % des votes bien que les résultats soient certainement surestimés. Au Soudan du Sud, en 2011, près de 98% des votants approuvaient la sécession malgré les contestations et les intimidations dénoncées.
Nous avons retracé dans « Trois trajectoires desécession dans la Corne de l’Afrique : le Somaliland, l’Erythrée, le Soudan duSud », les trajectoires de trois récentes sécessions qui ont eu lieu dans la région (Soudan du Sud, Erythrée et Somaliland) en mettant en évidence leurs similarités. À différents degrés, chacune de ces sécessions a éprouvé des difficultés à passer d’une administration militaire à une administration civile. Le défi est aussi la construction de l’Etat après la sécession ce qui explique pourquoi ces Etats sont particulièrement sourcilleux de protéger leur souveraineté.

sources :
[i] Rosière (Stéphane), « La fragmentation de l’espace étatique mondial. », L’Espace Politique

[En ligne] , 11, 2010-2, mis en ligne le 16 novembre 2010, Consulté le 01 décembre 2011. URL : http://espacepolitique.revues.org/index1608.html


[ii] Haas (Ernest), The uniting of Europe, Stanford University Press, 1968, p.16

bonne journée …..

Patrick