Des origines à nos jours, Histoire de ou du ….(mon) village !!!

8000 ans avant JC

Sédentarisation et agriculture 

Entre l’an 12.500 et l’an 7.500 avant JC, de petites communautés humaines commencent à se grouper dans des villages permanents. Puis elles développent l’agriculture en complément de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Elles pratiquent ensuite l’élevage et enfin cultivent les arts du feu, notamment la poterie et la métallurgie du bronze.

Les hommes cessent d’être seulement des prédateurs qui puisent leur subsistance dans la nature. Ils deviennent des producteurs qui renouvellent ce qu’ils consomment (graines, gibier) par les semis et l’élevage. Ce changement est observé au Moyen-Orient et presque simultanément en Chine du nord, au Sahara et dans la Cordillère des Andes.

Avant l’agriculture

Avant que ne survienne ce changement, les premiers hommes vivaient dans des abris sous roche et tiraient leur subsistance de la chasse, de la pêche et de la cueillette… Ainsi vivaient par exemple les hommes qui décorèrent les grottes de Lascaux et d’Altamira (16.000 ans avant notre ère).

Nomades et peu nombreux (quelques centaines de milliers en tout et pour tout), ils parcouraient la terre en quête de nourriture. Ils jouissaient sans trop de mal des fruits de la Terre, d’autant qu’après la dernière glaciation, qui remonte à 16.000 ans avant JC, le réchauffement du climat avait favorisé dans les zones tempérées la prolifération du gibier, des céréales (blé et orge) et des légumineuses (pois ou lentilles).

Ces premiers hommes utilisaient des pierres et des os pour se défendre, découper la viande et déterrer les racines. Pour rendre ces outils rudimentaires plus coupants et plus pointus, ils les taillaient avec du silex (une pierre extrêmement dure). Cette lointaine époque est pour cela appelée l’Âge ancien de la pierre taillée, ouPaléolithique (du grec palaios, ancien, et lithos, pierre). Elle a duré 20.000 ans.

Mines à silex

Le silex, roche siliceuse très dure, est présent sous forme de gisements dans certains sols calcaires. Il a été très utilisé par les premiers hommes et même, au temps des pharaons, par les Égyptiens.

Les meilleurs gisements étaient exploités comme des mines de charbon et la précieuse pierre faisait l’objet d’échanges commerciaux. On peut voir une reproduction de mine de silex à Samara, près d’Amiens.

Premiers villages

Tout change vers 12.500 ans av. J.-C.. Le changement est si important que les préhistoriens le qualifient de «révolution néolithique».

Le mot Néolithique a été forgé en 1865 par le banquier et naturaliste sir John Lubbock à partir du grec neos, nouveau, et lithos, pierre. Il signifie l’Âge nouveau de la pierre polie et fait suite au Paléolithique… l’Âge ancien de la pierre taillée.

Le Moyen-Orient se couvre à cette époque-là de graminées (céréales) et l’«on a pu calculer qu’une personne pouvait récolter en deux semaines assez d’engrain sauvage pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un an» (*).

Au Proche-Orient, dans la région du Jourdain, certaines communautés profitent de cette nourriture abondante à portée de main pour habiter à plusieurs familles dans un village permanent plutôt que de se déplacer sans cesse et de dormir dans des abris de fortune. Ils choisissent de vivre groupés mais sans rien changer à leur pratique de chasseur-cueilleur. Ces villages marquent le début d’une période charnière appeléeMésolithique (du mot grec mesos qui signifie milieu).

L’archéologue Jean Perrot a mis au jour le site d’un tel village à Mallaha, au nord d’Israël, en 1955. Il s’agit d’un hameau de cinq ou six maisons rondes, semi-enterrées et en dur, construit entre 12.500 et 10.000 avant JC. Des hameaux similaires ont été aussi mis au jour près du Mont Carmel et sur le site de Ouadi en-Natouf d’où l’appellation de Natoufiens donnée par les savants aux représentants de cette lointaine culture.

«Par leur sédentarité, ces groupes accrus s’enracinent en outre dans un milieu stable, où la société des morts, dont témoignent les premiers cimetières mêlés aux habitants, renforce métaphoriquement celle des vivants et peut légitimer en quelque sorte son implantation fixe», écrit Jacques Cauvin (*).

Rencontre du chien et de l’homme

Avec les Natoufiens du Mont Carmel (Israël), qui vécurent 10.000 ans avant JC, nous découvrons le plus ancien ami de l’homme : le chien. C’est le premier exemple de domestication animale… Les hommes du Mésolithique ont attendu trois mille ans avant de domestiquer un nouvel animal : la chèvre.

Au cours du demi-millénaire suivant (10.000 à 9.500 avant JC), dans la même région, les Khiamiens multiplient les représentations de femmes. Il s’agit de figurines en calcaire assimilables à une déesse Mère. Elles cohabitent avec des représentations de taureaux, le taureau étant le symbole de la force virile et indomptable.

Les cultes de la déesse Mère et du taureau se diffusent de concert… de même que la vénération des crânes.

Premiers semis

L’agriculture n’a pas été à proprement parler inventée. Les chasseurs-cueilleurs savaient de toute éternité qu’en lâchant une graine sur le sol, elle donnerait une nouvelle plante. Au début de l’humanité, tirant assez de ressources de la simple cueillette, ils ne se souciaient pas d’exploiter méthodiquement cette observation.

Puis, on l’a vu, les hommes ont commencé à se grouper en petits villages sans cesser de pratiquer la chasse et la cueillette, simplement parce que la vie en communauté leur apportait plus de confort et de sécurité que la vie en solitaire. L’amélioration des conditions de vie a alors favorisé la croissance de la population.

Autour des villages, il est devenu de plus en plus difficile de s’en tenir à la simple cueillette. C’est ainsi que l’on a commencé de favoriser la croissance des plantes autour des maisons. Puis, on s’est astreint à des travaux de binage et d’entretien des parcelles pour en améliorer le rendement.

Les origines de ce changement ne sont pas complètement élucidées mais le préhistorien Jacques Cauvin peut toutefois affirmer que «le passage à l’agriculture n’est pas, à ses débuts, une réponse à un état de pénurie» (*).

Plantes sauvages, plantes cultivées

Le tournant agricole se repère à la modification des caractères génétiques des restes végétaux qu’ont retrouvés et analysés les archéologues.

Les céréales sauvages ont des graines qui, à leur maturité, s’envolent d’elles-mêmes au premier souffle de vent. C’est la condition de leur reproduction. Or, les hommes, quand ils récoltent les graines mûres en vue de leur consommation ou d’un semis volontaire, prennent, par la force des choses, les graines qui sont restées attachées à l’épi du fait d’une mutation génétique rare. C’est ainsi que les céréales mutantes caractérisées par un rachis solide (le rachis désigne la fixation de la graine à l’épi) tendent à se multiplier dans les zones cultivées, au détriment des céréales ordinaires.

C’est à ce phénomène que les archéologues reconnaissent l’existence de pratiques agricoles. Ils ont ainsi repéré les premiers signes d’une domestication des céréales chez les Khiamiens de l’oasis de Damas.

Révolution culturelle

Des deux millénaires qui s’écoulent entre 9500 et 7500 avant JC, il nous reste des vestiges remarquables sur le site de Jéricho, la plus ancienne des villes actuelles, comme sur celui de Mureybet, au bord de l’Euphrate (l’Irak actuel).

Selon les propos de Jacques Cauvin, ces vestiges témoignent d’un véritable choc culturel avec la banalisation de l’agriculture, l’apparition de l’élevage et le développement d’une civilisation urbaine, avec aussi une hiérarchie sociale et une segmentation par profession.

Une nouvelle architecture émerge avec des maisons à plan rectangulaire. La forme ronde est dès lors réservé aux maisons communautaires ou aux sanctuaires (comme aujourd’hui le chevet des églises ou le mirhab des mosquées). Les maisons rectangulaires non enterrées et les premières chèvres domestiquées témoignent de la volonté des hommes de s’affranchir des éléments naturels et de les dominer.

La révolution néolithique se diffuse assez vite du Levant (la région du Jourdain) vers l’Anatolie (la Turquie actuelle). On en trouve les traces à Cayönu et Nevali ainsi qu’à Catal Hüyük. Le site archéologique de Catal Hüyük, près du lac de Konya montre des maisons resserrées, auxquelles on accède par le toit (à cause du climat froid de la région). Ce village aurait été fondé vers 7.500 avant JC. Enfin, entre 7.500 et 6.200 avant JC, c’est l’explosion, le «grand exode» ! Des migrants diffusent l’économie urbaine et agro-pastorale du néolithique au-delà du Moyen-Orient, vers l’Europe comme vers les monts Zagros (Iran).

L’émergence au Néolithique de la sédentarisation et de l’agriculture a partout des conséquences incalculables sur l’organisation sociale. Il faut que chacun se prémunisse contre le risque de se faire dépouiller de ses cultures et de ses provisions. Ainsi naissent la propriété et le droit qui s’y attache.

Vers l’âge des métaux

La révolution néolithique se clôt avec l’apparition de la poterie et des premiers objets métalliques.

– poteries et céramiques :

Moulées à la main (sans tour) et cuites au four, les premières poteries sont fragiles. Elles n’en permettent pas moins des changements culinaires importants en autorisant la prépation de soupes et bouillies.

Notons que la poterie surgit au Japon dès le XIIe millénaire avant JC et dans le Sahara au IXe millénaire, soit bien avant l’invention de l’agriculture !

– Travail des métaux :

Pour travailler la terre, les paysans utilisent des outils de plus en plus spécialisés : houe, faucille… Ces outils sont en bois, en pierre polie, voire en bronze.

Dès 4.500 ans avant JC, les hommes du Levant s’aperçoivent qu’en faisant fondre certaines roches (il s’agit de minerais), ils obtiennent un matériau mou et malléable à chaud qui devient très dur et résistant en refroidissant. Quand il est bien modelé à chaud, ce matériau (le métal) rend plus de services que la pierre taillée ou polie.

Le premier métal qu’apprennent à travailler les hommes est le cuivre, produit à partir de la malachite. Certains préhistoriens appellent Chalcolithique ou Âge du Cuivre la période incertaine qui suivrait immédiatement  l’Âge de la pierre.

Les hommes apprennent également à produire de l’étain à partir de la cassitérite et, en mélangeant le cuivre et l’étain, obtiennent du bronze, un alliage aux vertus intéressantes, qui se prête à la fabrication d’armes et d’outils. C’est ainsi qu’après l’époque néolithique vient l’Âge des métaux.

– Vers des métiers spécialisés :

Les paysans font appel à des artisans spécialisés pour leur fournir les outils et les vêtements dont ils ont besoin. Ces artisans tissent la laine du mouton ainsi que des fibres végétales comme le lin ou le chanvre, pour en faire des vêtements. D’autres fabriquent des poteries en terre cuite pour conserver les céréales et l’huile ainsi que pour cuire les aliments…

Au Moyen-Orient, au bout de quelques milliers d’années, les pluies se faisant plus rares, les populations d’agriculteurs se concentrent dans une région en forme de croissant que nous appelons pour cette raison Croissant fertile.

Le Croissant fertile

  Cette carte montre le Croissant fertile (en vert bien sûr). Dans cette région aujourd’hui en grande partie désertique qui va de l’Égypte à la Mésopotamie (l’Irak actuel) sont nées les villes, l’agriculture et l’écriture !

Dans ce Croissant fertile, de grands fleuves favorisent l’irrigation des champs et compensent la raréfaction des pluies. Ces fleuves sont le Nil, qui traverse l’Égypte, le Jourdain, qui baigne la Palestine et surtout le Tigre et l’Euphrate dont le bassin forme la Mésopotamie (aujourd’hui l’Irak).

L’écriture, apparue presque simultanément en Mésopotamie et en Chine, 3 à 4.000 ans avant notre ère, engendre les premiers États avec un embryon d’administration. L’humanité entre dans l’Histoire…

La Bible et la révolution néolithique

La Bible des Hébreux, ensemble de textes faisant référence à des événements immémoriaux, témoigne, d’après le préhistorien Jacques Cauvin, d’une singulière concordance avec le déroulement de la révolution néolithique.

Ainsi la découverte de la nudité par Adam et Ève serait-elle assimilable à la révélation de la finitude de la vie ; la perte du jardin d’Eden traduit l’éloignement de la divinité (cet éloignement se retrouve dans l’opposition en architecture entre le cercle – temple – et le rectangle – maisons ordinaires -) ; Caïn illustre l’avènement de l’agriculture et Abel, son frère cadet, de l’élevage.

Communautés vouées par définition à l’agriculture, les villages demeurent bien ancrés dans notre imaginaire malgré l’exode rural… et l’exode urbain qui l’a suivi et a vu les salariés des villes, les touristes et les retraités réoccuper les fermes abandonnées.

Remontons le cours de l’Histoire et suivons l’apparition de ces villages.

Occuper le territoire

Pietr Mondrian, L'Église du village, 1898, collection privéeLe village a précédé l’agriculture : il y a près de 12.000 ans, des habitants du Levant renoncent aux inconfortables huttes de chasseurs-cueilleurs pour investir dans des habitations plus solides. Fini le provisoire et l’insalubre !

Les débuts sont humbles, on se contente de cabanes en torchis ou en pierre, parfois à demi-enterrées, élevées à proximité des ressources indispensables à la vie d’un petit groupe : cours d’eau bien sûr, mais aussi zone de chasse.

Au fil des siècles, la vie semi-nomade devient totalement sédentaire et pour éviter d’avoir à se déplacer trop loin pour cueillir ou chasser la nourriture, on développe les semis autour des habitations et l’on domestique les animaux (après le chien, compagnon de chasse, c’est la chèvre, qui donne son lait et sa viande).

Le village prend alors forme tandis que, face à l’accumulation des biens, l’esprit de propriété se développe, faisant de chaque étranger un ennemi potentiel. Ayant compris que l’union fait la force, on se protège en regroupant les habitats. Le village devient non seulement lieu de vie communautaire mais aussi de défense pour la quinzaine de familles qui s’y sont installées. Enfin tranquille ? Pas tout à fait…

Pourquoi faire comme tout le monde ?

Parmi les plus beaux villages, certains doivent leur renommée à leur emplacement quelque peu original. C’est le cas des villages lacustres ou palafittes (de l’italienpalafitta : «pieu fiché»), dont on trouve des exemples à travers le monde entier, en commençant par Venise, construite sur les îlots de la lagune du Lido au moment de l’invasion des Huns.

Comme les nids d’aigle occupés par les villages perchés, ces villages lacustres avaient en effet pour but principal de protéger leurs occupants des attaques en utilisant l’eau comme obstacle naturel. Si les premiers habitats étaient certainement à flanc de colline ou à l’entrée de grottes, d’autres ont directement été creusés à l’intérieur des roches, comme les villages troglodytiques de Cappadoce ou, plus près de nous, des bords de Loire.

L’excentricité peut également venir du désir de célébrer un saint facétieux, qui aurait choisi le lieu le plus inaccessible pour séjourner : pensons à Rocamadour ou encore au Mont Saint-Michel, la «merveille de l’Occident». Citadelles étoilées à la Vauban ou bories en pierres sèches de Provence, les architectes s’en donnent à cœur joie !

Vue du village de Rocamadour, photo : Gérard Grégor

Un peu d’ordre !

Si ces premières «agglomérations» sortent de terre dans l’anarchie, rapidement on se rend compte qu’une certaine organisation devient indispensable. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi ! C’est pourquoi, par exemple en Europe centrale, les maisons en en argile des premiers «paysans du Danube» se trouvent toutes orientées dans le même sens, celui des vents dominants. Au centre, un bâtiment plus important fait office de lieu de réunion tandis qu’un système hiérarchique, visible à la présence de bâtiments plus importants, se met en place.

Mais on n’est jamais trop prudent : à partir du IVe millénaire avant notre ère, on commence à ajouter palissades et fossés qui transforment les villages en camps fortifiés. Les communautés, de plus en plus nombreuses, commencent en effet à se concurrencer et s’observer d’un mauvais œil.

Dans le monde celtique ou gaulois, cette évolution donne naissance au 1er siècle av. J.-C. aux oppida (pluriel d’oppidum), places fortes situées en hauteur, entourées de murs cyclopéens et parfaitement organisées avec les artisans à proximité de la porte principale, puis les demeures des nobles, enfin, au centre, le sanctuaire.

Il ne s’agit plus tout à fait d’un village mais plutôt d’une ville, avec ses fonctions sociales diversifiées. La campagne alentour est émaillée de fermes isolées et de cabanes familiales. Bibracte, capitale des Éduens, en Bourgogne, est un bel exemple d’oppidum.

Villa romaine, mosaïque  du IVe s. ap. J.-C., musée du Bardo, Tunis

De la villa au village

Profitant de la paix romaine, les Gaulois et autres Celtes quittent leur oppidum pour s’installer en plaine. Les campagnes se couvrent alors d’un nouveau type d’habitation, la villa, exploitation agricole plus ou moins importante, soumise à l’autorité d’un propriétaire riche et puissant.

À la fin de l’empire, la villa devient un point d’ancrage pour les paysans pauvres ruinés par une fiscalité écrasante. Ainsi en est-il de Montmaurin, au pied des Pyrénées. Mais les invasions barbares du Ve siècle changent la donne : les habitants commencent à se regrouper derrière les murs construits autour des anciennes villae et, mieux encore, trouvent protection à l’ombre des premiers châteaux forts, constructions rustiques en bois qui servent de refuge à un seigneur et à ses hommes (les châteaux en pierreapparaissent seulement vers l’An Mil).

Les châteaux poussent un peu partout grâce à la montée en puissance de ces seigneurs qui suppléent au IXe siècle à l’incurie des rois carolingiens face aux attaques des Vikings, Sarrazins et autres pillards. Dans les régions montagneuses ou vallonnées, ils sont érigés sur les crêtes et les éperons rocheux ; dans les plaines, sur des mottes artificielles ou «mottes castrales».

Établis à proximité immédiate des châteaux, les premiers villages médiévaux concentrent toute la vie économique du pays du fait de la quasi-disparition des villes antiques. Ils ne bénéficient pas de plan d’urbanisme mais tirent leur harmonie d’une judicieuse adaptation à la topographie et au climat local. Il en va autrement avec les sauvetés et les bastides à vocation militaire beaucoup plus tardavec un aménagement en damier ou en cercle.

Aux alentours de 1300, le maillage rural de la chrétienté occidentale est à peu près achevé, proche de celui que nous connaissons aujourd’hui, avec ses villages serrés autour de leur église paroissiale et de leur cimetière, témoin d’une histoire plus que millénaire.

L’État s’en mêle

Le 14 décembre 1789, en France, les députés de la Révolution décident la fin de toute distinction entre villes et villages : ne restent que des communes au territoire précis, à la population dénombrée et soumise à une administration représentative, désignée par des élections. Les premiers votes se déroulent dès février 1790 et aboutissent à la mise en place de près de 44.000 municipalités, généralement issues des paroisses.

La Fête de village, art populaire avant 1837, Paris, Musée des Civilisations de l'Europe et de la MéditerranéeLa Première République, en 1792, enlève au curé le registre des naissances, mariages et décès et le place sous la responsabilité du maire.

Avec la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, c’est l’entretien du patrimoine religieux qui incombe désormais aux 36.600 communes qui ne vont par la suite cesser d’élargir leurs compétences, notamment grâce aux lois Deferre de décentralisation de 1982.

Échelons de proximité auxquels sont particulièrement attachés les Français, les communes rurales souffrent cependant de leur petitesse et se lancent dans des structures d’intercommunalité pour suppléer à leurs déficiences. L’avenir dira si cette stratégie est la bonne pour conserver l’âme de nos villages !

Dis-moi quel est ton nom…

Villes et villages portent dans leurs noms les étapes de notre Histoire. Vous habitez Narbonne ou Marseille ? Vous vivez donc sur les traces des Ligures (Narbo), ancêtres des Gaulois, ou des Grecs (Massalia). À moins que vous ne soyez plutôt attaché à d’anciennes terres gauloises, comme Huisseau (de uxellos : «le lieu élevé»), Brèves (de briva : «le pont») ou Argenteuil (de argentoïalos «la clairière de l’argent»).

Du côté gallo-romain, les propriétaires des anciennes villae survivent dans les très nombreux noms en –ac (-acum) du Sud-Ouest, en -ville de Normandie, en –y du Nord ainsi que dans la façon de désigner les hameaux avec la préposition «chez»(de casa : «la maison»).

De son côté, la langue germanique se niche dans les -berg («le mont») de Schneeberg («le mont enneigé») ou Kirchberg («l’église sur le mont»). Plus tard, les temps féodaux nous ont légué toutes les appellations de localités dédiées à un saint, habitude remise en cause à la Révolution : c’est ainsi que la commune de Saint-Esprit, près de Bayonne, fut (provisoirement) rebaptisée du nom plus patriote de Jean-Jacques Rousseau !

C’est également la célébration de la patrie qui valut à Magenta (Indre) et La Crimée (Loiret) de rejoindre nos cartes géographiques. D’autres noms ont une origine plus anecdotique, comme ce Attin la Paix Faîte (Pas-de-Calais) qui, dit-on, célèbre une douce réconciliation entre Napoléon et Marie-Louise… Notons, au moment de la création de villes nouvelles dans les années 1960, la mode du retour à l’Antiquité dont bénéficia par exemple Sophia-Antipolis, appellation plus érudite mais moins malicieuse que certains Mouillepied, Pisse-Grenouille et Trousse-chemise…

Détail de la carte de Cassini, 1815, Institut géographique national, Saint-Mandé

«Mon village, au clocher, aux maisons sages…» (Charles Trenet)

En ce XXIe siècle, les Français cultivent la nostalgie du village, paisible, riche de ses traditions et opposé à la ville moderne, anonyme et au rythme de vie infernal. Il leur rappelle aussi leurs origines paysannes.

Affiche de campagne de François Mitterrand, 1981La ruralité reste donc encore solidement ancrée dans l’inconscient collectif, au point de devenir un des éléments clefs de l’affiche de campagne de François Mitterranden 1981, avec un village nivernais derrière le candidat de «la force tranquille» !

Elle exprime aussi l’attachement aux racines, voire la résistance face à l’envahisseur. Ainsi, tout le monde connaît un célèbre petit village gaulois qui «résiste encore et toujours» aux conquérants romains…

Aujourd’hui, nombre de citadins rêvent de faire partie de ces néo-ruraux qui redonnent vie aux villages. Mais c’est au risque de les transformer en villages-dortoirs ou en villages-musées, rompant ainsi le lien avec une histoire plus que millénaire.

Au moment où les nouvelles technologies permettent d’évoquer l’idée d’un village planétaire, parions que n’est pas prête de disparaître cette nostalgie déjà chantée par Joachim du Bellay au XVIe siècle :
«Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée […] ?»

Vincent Van Gogh, Rue de village à Auvers avec escalier et personnages, 1890, The Saint Louis Art Museum, St. Louis, Missouri, USA

——===ooOoo===————===ooOoo===——

An Mil

Naissance et grandeur du village médiéval

Les villages sont l’ossature sur laquelle s’est greffée la civilisation européenne, si nombreux que «monté sur l’un des 130.000 clochers de la chrétienté latine, on en voit 5 ou 6 à l’horizon» (Pierre Chaunu).

Martres-Tolosane, village circulaire de la vallée de la Garonne, près de la villa de Chiragan (DR)Une première vague apparaît au terme des Grandes Invasions, quand émerge la société féodale ; une deuxième surgit après l’An Mil, à la faveur des grands défrichements.

Dans une chrétienté occidentale dépourvue de villes depuis l’effondrement du monde antique, ces villages vont engendrer une société nouvelle fondée sur le travail de la terre et le droit coutumier.

Cartulaire de la seigneurie du couvent de Billette, près de Paris, vers 1520-1530 (BNF)

Le village médiéval : une création originale

Avec la fin de la «paix romaine» et les invasions barbares du Ve siècle, les paysans livrés à eux-mêmes se regroupent autour des anciennes villae gallo-romaines (grandes exploitations agricoles) ou, mieux encore, trouvent protection à l’ombre des premiers châteaux forts, constructions rustiques en bois qui servent de refuge à un seigneur et à ses hommes (les châteaux en pierre apparaissent seulement vers l’An Mil).

Ces châteaux poussent un peu partout grâce à la montée en puissance de ces seigneurs qui suppléent au IXe siècle à l’incurie des rois carolingiens face aux attaques des Vikings, Sarrazins et autres pillards. Dans les régions montagneuses ou vallonnées, ils sont érigés sur les crêtes et les éperons rocheux ; dans les plaines, sur des mottes artificielles ou «mottes castrales».

Du fait de la quasi-disparition des villes antiques, toute la vie économique en vient à se concentrer autour de ces châteaux.

– Vilains et serfs :

Les paysans sont généralement appelés «vilains» (du latin villanus, qui désigne un habitant de la campagne et dérive de villa, exploitation gallo-romaine)... Le mot a pris une connotation péjorative dans le langage des citadins et des nobles, de même que le mot «manant» (du latin manererésider), qui désigne tout simplement l’exploitant d’unmanse, autrement dit d’une exploitation familiale, avec sa maison, ses dépendances, ses droits d’usage et ses champs.

Une partie des vilains parvient à conserver sa liberté et la pleine propriétés d’une partie au moins de ses terres. Ces terres libres de tout lien féodal sont dites «alleux» (du latinallodium). En Normandie, on les surnomme aussi «fiefs du soleil» pour signifier qu’elles n’ont d’autre suzerain que le soleil !

Mais la majorité des paysans doivent s’en remettre à la «protection» du seigneur local, en lui abandonnant la propriété nominale de la terre et une partie substantielle de leurs revenus au titre des droits féodaux.

Prélèvements obligatoires

Libres ou pas, les paysans paient à leur seigneur de nombreuses redevances en contrepartie de sa «protection» :
– les banalités pour l’utilisation du four, du moulin et du pressoir et les péages pour le franchissement des ponts ;
– un cens en contrepartie des tenures (les terres concédées par le seigneur) ;
– le champart ou «part des champs», équivalent en général à un dixième des récoltes…

Ils paient aussi un droit de mainmorte pour que leurs fils puissent hériter de leurs tenures et un droit sur les «lods et ventes» (du latin lauslaudis – approbation – ; transactions autour des tenures). Ils sont tenus d’effectuer plusieurs jours de travail par an sur la «réserve», autrement dit les terres exploitée en direct par le seigneur ; c’est la corvée. Ajoutons à cela la dîme due à l’Église, égale au dixième environ des récoltes. Ils peuvent aussi être astreints à une taxe humiliante, le formariage, s’ils veulent épouser une femme étrangère à la seigneurie.

Au total, c’est environ un tiers de leurs revenus que les paysans du Moyen Âge affectent à ce que nous appellerions aujourd’hui les «prélèvements obligatoires».

Le château-fort de Cautrenon, en Auvergne, dessin de Guillaume Revel dans l'Armorial du duc de Bourbon (XV° siècle), BNFEn marge de cette paysannerie plus ou moins libre, une minorité de vilainsvit dans la dépendance complète du seigneur (châtelain, abbaye ou autre). Ils souffrent d’une forme inédite d’esclavage, le «servage» (du latinservusesclave).

Ces serfs ou hommes de corps travaillent sur le domaine du seigneur, la réserve, à moins que celui-ci ne préfère leur louer une terre. Ces serfs sont alors dits «chasés».

Privés de liberté et obligés même d’obtenir le consentement de leur maître pour se marier, les serfs sont attachés à titre héréditaire à la seigneurie. Ils n’ont pas le droit de la quitter. Mais réciproquement, le seigneur ne peut les en chasser ni leur ôter sa protection.

Le servage ainsi que tous les droits et obligations qui s’attachent à la terre sont strictement codifiés en fonction des coutumes locales, composant un écheveau d’une infinie diversité. Par exemple, si un paysan libre obtient de cultiver une tenure «servile», il doit supporter les servitudes qui s’y attachent.

Les serfs et autres vilains vivent dans des conditions précaires, sous la menace permanente des disettes. Néanmoins, ils sont en général beaucoup moins pressurés par le seigneur local que pouvaient l’être leurs aïeux par les métropoles antiques, qu’elles aient nom Athènes, Rome, Carthage, beaucoup moins également que leurs contemporains soumis à l’autorité de Bagdad ou Constantinople.

À la différence des notables de ces métropoles vouées à la consommation et au luxe, les seigneurs partagent le destin de leurs paysans. Leur intérêt est de les protéger et de les soutenir car leur revenu dépend tout entier de leurs récoltes.

Cette solidarité forcée permet l’aménagement rationnel des campagnes : plantations de haies, drainage et assainissement, marnage (ajout de calcaire et argile aux sols), construction de moulins, défrichements etc. Elle est à la source du décollage économique de l’Europe occidentale.

Enluminures du Rustican (ou Livre des profits champêtres et ruraux), de Pietro de Crescenzi, 1305 (musée Condé, Chantilly)
– Ager et saltus :

Les premiers villages médiévaux sont structurés autour de deux lieux majeurs : le château et l’église paroissiale. Ils ne bénéficient pas de plan d’urbanisme, ce qui explique les plans routiers parfois tortueux contre lesquels il nous arrive de maugréer, mais ils tirent leur harmonie d’une judicieuse adaptation à la topographie, au climat local et aux techniques agricoles.

L’espace rural est scindé en deux parties : d’une part l’ager, qui réunit les champs cultivés sur les terres les plus fertiles ; d’autre part le saltus ou «incultum» (forêts et prés communaux).

La partie cultivée est répartie entre les tenures ou manses exploitées par les paysans et la réserve exploitée en direct par les domestiques du seigneur.

La glandée (le mois de novembre dans les Très riches Heures du duc de Berry, miniature du XVe siècle, musée Condé)Pour préserver la fertilité des sols, les villageois organisent l’ager selon les principes de l’assolement biennal ou triennal : l’ager est divisé en deux ou trois «soles» et chaque famille dispose d’une tenure sur chacune d’elles avec obligation de respecter l’ordre des cultures (une année consacrée aux céréales d’hiver, une autre aux céréales de printemps, la dernière au repos – jachère – et à la pâture du bétail).

Le saltus n’est pas moins important pour les villageois. Il fournit du bois de chauffage, des baies… Les paysans y conduisent les porcs afin qu’ils se nourrissent de glands. C’est la glandée. Quant au seigneur, il y pratique la chasse, son loisir favori et son privilège.

La seigneurie de Wismes

Le plan ci-dessous (cartulaire) représente la seigneurie de Wismes, en Picardie, près d’Amiens, au XVe siècle. On distingue l’église et le château au centre ; les tenures ; les bois (masses sombres) ; la réserve seigneuriale à droite du château, le moulin banal (au-dessus de l’église) et même le gibet seigneurial (en bas à gauche).

La seigneurie de Wismes, Picardie, XVe siècle

L’appel de la liberté

Dans les trois siècles qui suivent l’An Mil, au cours du «beau Moyen-Âge», un léger réchauffement climatique améliore les récoltes et favorise la croissance de la population.

Suivant l’exemple donné par Cluny, les moines bénédictins, en quête de solitude, implantent de nouveaux monastères au coeur des forêts encore vierges. Les paysans, assoiffés de terres et de liberté, s’engouffrent dans ces brèches. Ils essartent et mettent en culture les friches, attirés par les exemptions fiscales et les franchises promises par les seigneurs locaux.

Dans les régions méridionales, l’Église encourage l’établissement des déshérités dans les terres en friches, en sanctuarisant des espaces de libertés autour de certaines églises. Il s’ensuit la création de villages appelés «sauvetés», selon un modèle circulaire que l’on rencontre par exemple dans le Languedoc (Bram ou Alan). Dans ces terres se réfugient en particulier des serfs en fuit et désireux de liberté.

La guerre de Cent ans, à la fin du Moyen Âge, donne lieu en Aquitaine, à la création d’un nouveau type de village, la «bastide» à vocation militaire, avec un aménagement en damier, autour de la place d’armes. Là aussi sont accueillis des gens de toutes origines, y compris des serfs en fuite. De la sorte, le servage disparaît presque totalement dès la fin du XIIIe siècle au profit d’une relation de gré à gré entre propriétaires et exploitants.

Aux alentours de 1300, le maillage rural de la chrétienté occidentale est à peu près achevé, proche de celui que nous connaissons aujourd’hui.

À chacun son histoire

Les villages d’Europe occidentale ont des structures qui reflètent leur histoire. On a vu le cas des bastides et des sauvetés. Il y a aussi les villages perchés qui témoignent de la peur des pirates, sur les côtes méditerranéennes.

Les villages regroupés (en allemand, «haufendorf») prédominent  dans les plaines aux sols lourds, où l’assolement triennal impose une discipline collective : chaque famille a des tenures dispersées dans les différentes soles. Lorsque les menaces extérieures l’exigent, les maisons se regroupent à l’intérieur d’une enceinte plus ou moins circulaire, comme à Martres-Tolosane, dans la haute Garonne (photo ci-dessus).

Dans les régions insalubres de landes ou de marécages, on a au contraire un habitat dispersé : chaque famille s’établit au plus près des rares champs fertiles.

Enfin, dans les régions d’essartage tardif, on observe des villages-rues (en allemand, «strassendorf») : les fermes s’alignent le long de la route principale et leur tenure se déroulent d’un seul tenant à l’arrière, perpendiculairement à la route. Ce schéma se retrouve aussi au Québec, défriché selon les mêmes principes qu’en Europe.

Dès le XIe siècle, dans un élan général, les campagnes se hérissent de clochers, qui sont autant de marqueurs de l’enracinement des hommes dans leur territoire : «C’était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d’église» (Raoul Glaber). Les églises de cette époque, aux formes robustes caractéristiques de l’art roman, témoignent encore aujourd’hui de la vitalité des campagnes médiévales.

Chaque village forme une communauté de fidèles soudée autour de son curé, de son église et de son cimetière : la paroisse. Le village est à la fois le lieu de la vie économique et de la vie affective, où l’on travaille, paie les impôts, se marie et baptise les enfants.

La messe dominicale, dans l’église, est une occasion de rencontre durant laquelle on s’exprime à grand bruit entre calembours, jeux d’osselets ou encore transactions entre particuliers (ce n’est qu’à partir du concile de Trente que l’église devient un sanctuaire silencieux).

À leur mort, les habitants sont inhumés autour de l’église, voire à l’intérieur, sous le dallage, en ce qui concerne les notables. Le cimetière est un lieu de sociabilité jusqu’au début de l’époque moderne : on s’y réunit pour les fêtes, danser, jouer…

La paroisse est administrée par l’assemblée des chefs de famille, sous l’autorité lointaine du seigneur ou du représentant du roi : le bailli dans les régions septentrionales, le sénéchal dans le Midi. À l’assemblée revient en particulier l’entretien de l’église et de l’enclos paroissial, dans lequel sont rassemblées les tombes des disparus, depuis que les vivants n’ont plus peur des morts.

Bénéficiant d’une exceptionnelle stabilité démographique (l’Europe, des Pyrénées au Danube, est la seule région du monde à n’avoir connu aucune immigration pendant le dernier millénaire), ces villages entretiennent et fortifient leurs traditions.

Transmis de génération en génération, les coutumes et les droits d’usage acquièrent force de loi. Cette jurisprudence fait même obstacle à la volonté du seigneur ou du souverain. Les Anglais l’appellent fort justement «common law» (la loi commune) pour la distinguer de la loi dictée par le sommet. Elle est à l’origine de la plus belle invention qui soit : l’État de droit.

——===ooOoo===————===ooOoo===——

 mai 2013

Villages en sursis

La France a hérité de son lointain passé un total de 36.000 communes dont une très grande majorité de villages de quelques dizaines à quelques centaines d’habitants.

Cette richesse patrimoniale est devenue une source majeure de coûts et de blocages du fait de la dispersion des moyens et des responsabilités. Le statu quo institutionnel non seulement coûte cher à la nation mais affecte aussi la survie de ce tissu rural…

Avec ses trente six mille communes, la France fait figure d’exception en Europe, les autres grands pays en ayant tout au plus 4.000 à 6.000.

Créées par l’Assemblée nationale constituante, le 14 décembre 1789, les communes sont les héritières des villes et des paroisses rurales d’Ancien Régime. Ce sont à ce titre les plus anciennes circonscriptions françaises (après les départements).

Grandes ou petites, elles ont toutes un conseil municipal et un maire élus au suffrage universel, et un budget propre. Ce budget est alimenté par les impôts locaux et varie dans de grandes proportions selon que les contribuables sont aisés ou non, et plus ou moins pressurés par l’équipe municipale. Il est en partie seulement corrigé par des dotations de l’État.

Témoins d’un maillage territorial hérité du Moyen Âge, les communes rurales conservent envers et contre tout de beaux restes : charme des paysages et vie sociale. La disparition des rituels festifs attachés à l’agriculture et à la religion (rogations, moissons, vendanges…) a été en partie compensée par les fêtes votives, les repas communautaires, les vide-greniers et autres occasions de retrouvailles.

Exode rural

Les communes rurales ont en général atteint un pic de population au milieu du XIXe siècle, vers 1860. Depuis lors, elles ont vu leur population diminuer, d’une part en raison de la dénatalité, ensuite des pertes de la Grande Guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural s’est accéléré, alimentant l’expansion industrielle et l’urbanisation du pays.

Depuis les années 1980, on assiste à un mouvement en sens inverse du fait de l’urbanisation de l’espace rural. Fuyant les centre-villes devenus inaccessibles et les banlieues réputées invivables, les familles des classes moyennes s’installent à la périphérie des agglomérations, jusqu’à des distances de cinquante ou soixante kilomètres du centre.

Sur la voie rapide qui mène de Toulouse à Saint-Gaudens (70 kilomètres), dans la vallée de la Garonne, on assiste désormais à un mouvement pendulaire qui n’a rien à envier aux encombrements de la région parisienne : trafic saturé le matin en direction de Toulouse et le soir en sens inverse.

De ce fait, beaucoup de communes rurales voient à nouveau leur population croître, mais en se transformant en «cités-dortoirs» et sans regagner les institutions et les notables qui faisaient d’elles des communautés villageoises.

À l’écart des agglomérations et de ce mouvement de «rurbanisation», la grande majorité des 36.000 communes françaises continuent de voir leur population  décroître. La plupart ne comptent plus que quelques dizaines ou quelques centaines d’habitants à la moyenne d’âge très élevée. Trop petites, elles ne sont plus en mesure de résister à leur déclin. Elles ne peuvent compter que sur des Anglais ou des Parisiens aisés pour acheter et restaurer une fermette à l’abandon.

Ce dépeuplement s’accélère de lui-même. À mesure que diminue la population, le coût relatif des administrations par habitant s’accroît mécaniquement de sorte qu’un(e) ministre finit par conclure à la nécessité de fermer ces administrations (tribunaux, hôpitaux, écoles, collèges, bureaux de poste…).

L’État et ses agents abandonnant les régions rurales, les jeunes médecins libéraux ne voient pas de raison d’agir différemment (ce qui leur vaut d’être stigmatisés par ceux-là mêmes qui ont décidé la fermeture des administrations). Tant pis pour les habitants condamnés à rester sur place et bonne chance aux téméraires qui auraient envie de s’installer !

Nos hommes politiques aiment-ils la France ?

Oublions les paroles. Tenons-nous-en aux actes. À considérer ceux-ci, on peut s’interroger sur l’amour que les hommes politiques français portent au pays profond… Y voient-ils autre chose qu’un réservoir d’électeurs dociles ?

À quoi rêvent-ils tandis que meurent les villages et se délite le tissu rural ? À de grandes métropoles «de taille européenne», à la tête de grandes régions qui rivaliseront avec les Länder d’outre-Rhin ! «Grand Paris»«Grand Montpellier»,«Grand Dijon»… Voilà leur horizon. On pourrait épiloguer sur la dimension pénienne ou sexuelle de ce fantasme de grandeur. Plus sérieusement, on peut s’interroger sur sa pertinence.

Y a-t-il un quelconque lien entre la taille d’une ville et sa prospérité ? Que nenni. Aucune ville allemande ne dépasse en population le tiers de l’agglomération parisienne. Aucune ville suisse ou scandinave ne dépasse la taille de l’agglomération lyonnaise. Toute la prospérité de ces pays repose sur les usines disséminées dans les petites villes et les villages.

À chaque village, son usine. C’est un schéma que l’on rencontre encore dans quelques régions françaises : la Vendée, l’Alsace, le Boulonnais… Mais il est gravement mis à mal par la priorité politique donnée aux métropoles, lesquelles sont des lieux de pouvoir, d’administration et de consommation, avec leurs quartiers résidentiels et leurs cités pour immigrés, mais ont depuis longtemps cessé d’être des lieux de production.

Abandonnant le modèle médiéval à l’origine de notre décollage économique, nous nous orientons vers le modèle prédateur des métropoles de l’Antiquité ou de l’Orient. Il n’est pas sûr que ce soit celui que souhaitent la grande masse des citoyens français.

Villages sous-administrés

Les villages réduits à la taille d’un hameau et seulement habités par des personnes âgées ne retrouveront jamais leur vitalité d’antan.

Dans la Creuse, par exemple, sur 266 communes, on en compte une vingtaine seulement qui dépassent le millier d’habitants et une seule, le chef-lieu Guéret, qui dépasse 10.000 habitants. Avec cela, le département compte 266 maires, au moins autant d’adjoints et quelques milliers de conseillers municipaux.

Malgré leur bonne volonté, les élus sont impuissants à stopper l’agonie de leur village. Retraités de l’agriculture pour la plupart, ils n’ont d’autre choix que de déléguer leurs missions d’intérêt général (collecte des ordures ménagères, entretien de la voirie…) à des syndicats d’économie mixte intercommunaux, dont la gestion leur échappe complètement ainsi qu’à leurs électeurs.

Avec le budget qui leur reste, ils font du saupoudrage sans grande utilité pour la pérennité du village : éclairage public, goudronnage de chemins, subvention aux associations locales, éventuellement, construction d’une salle des fêtes.

Un regroupement s’impose pour sauver ce qui peut l’être du tissu rural, dans la Creuse comme dans les Ardennes ou les Hautes-Alpes.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernants ont encouragé les communes à fusionner entre elles en leur offrant pour l’occasion une dotation financière. Quelques téméraires ont surmonté leurs réticences et s’y sont résolus. Mais les réussites demeurent en général très rares et beaucoup de fusions ont même abouti à des «défusions».

On a depuis lors tenté d’associer les communes rurales sous la forme de pays oucommunautés de communes, avec des dirigeants cooptés et non élus, auxquels les électeurs ne peuvent donc demander des comptes.

Cette solution ne remédie ni à la dispersion des budgets communaux, ni à l’absence de perspective à long terme. Elle se traduit par une grande opacité dans la gestion des syndicats d’économie mixte intercommunaux  en charge des missions d’intérêt général (rémunérations…).

Opération chirurgicale

Ces inconvénients pourraient être surmontés avec une formule analogue aux «conseils d’arrondissement» de Paris, Lyon et Marseille.

Il s’agit de regrouper les communes dans des «supercommunes» de taille convenable (au moins 5 à 8.000 habitants), autour de leur chef-lieu de canton ou de leur agglomération-centre, avec un budget commun et un conseil municipal démocratiquement élu.

Suivant le modèle PLM, les électeurs ruraux continuent d’élire leur maire, avec un conseil municipal restreint (en conservant leurs indemnités). Par ailleurs, une partie de ces conseillers est appelée à siéger au conseil municipal de la «supercommune» et à élire son maire.

Principal avantage : un budget unique au niveau de la «supercommune» au lieu de micro-budgets communaux. Relativement consistant, ce budget permet d’envisager non plus du saupoudrage mais des investissements durables, avec un objectif prioritaire : renforcer les services (santé, commerces, transports, administrations) de façon à faciliter la vie de tous les habitants et encourager l’installation de familles et d’entreprises.

Autre avantage : le choix du maire principal se fait sur une base élargie à l’ensemble de la population de la «supercommune», avec toutes les chances de pouvoir élire une personne relativement jeune et formée à la gestion.

Disposant d’une taille critique et d’un budget suffisants, avec un maire apte à diriger des services complexes, la «supercommune» peut aborder de front son avenir.

Ainsi seraient conciliées la permanence des anciennes paroisses, l’efficacité gestionnaire et la démocratie.

Ainsi disparaîtraient surtout ces horreurs technocratiques dont nous avons évoqué plus haut les inconvénients (fonctionnement non démocratique, rémunérations opaques) : payscommunautés de communes… sans compter les Métropoles, nouvel ectoplasme non démocratique inventé pour complaire aux notables des grandes agglomérations.

Appliqué à la Creuse par exemple, le regroupement aboutirait à la création d’une vingtaine de «supercommunes», centrées sur les communes de plus d’un millier d’habitants, ces communes devenant les points de fixation des services futurs et l’âme du renouveau rural.

—-–===ooOoo===————===ooOoo===——

Sources

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon, éd. du Seuil, 1975.
Histoire des paysans, sous la direction de Jérôme Blum, éd. Berger-Levrault, 1982.
Sophie Bogrow et Hervé Champollion, Villages de France, éd. Aubanel, 2009.
Stéphane Gendron, L’Origine des noms de lieux en France : essai de toponymie, éd. Errance, 2008.
Mureil Rudel, Le Village autrefois, éd. Hoëbeke, 2005.

Les ouvrages clé sur la paysannerie médiévale, bien qu’un peu datés, sont signés des grands historiens Marc Bloch (La Société féodale, Albin Michel, 1939) et Georges Duby (Guerriers et paysans, Gallimard, 1973, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Aubier, 1962).

On peut aussi lire le petit livre d’un autre grand historien, Jacques Heers : Le travail au Moyen Âge, Que sais-je? 1965. Plus récent et plus consistant (617 pages) : Le village sous l’Ancien Régime (Antoine Follain, Fayard, 2008).

Jeanne Laffont, Isabelle Grégor, Joseph Savès,  André Larané et Antoine Vergnault

Hérodote.net

Il y a 300 ans Louis XIV installait la Cour au château de Versailles.

Quelques images qui font mon plaisir, ce jour

l’époque de Louis XIV et du château de 

Versailles et la Cour …..

.
——===ooOoo===——
.

Il y a 300 ans 

Louis XIV installait la Cour

au château de Versailles.

.
——===ooOoo===——
.

Il y a 330 ans, le 6 mai 1682, Louis XIV installait la Cour, jusqu’alors itinérante, au château de Versailles. Des travaux entamés au début des années 1660 permirent la transformation de ce modeste domaine, dont Saint-Simon parle en des termes peu amènes, en un imposant château dédié à la gloire de la monarchie française. Avec Gallica, promenez-vous dans les jardins du château ou retrouvez le Versailles immortalisé de Monicart…

Le château de Versailles : [dessin] / Lafontaine Pinxit - 1

le Versailles immortalisé de Monicart.

 Versailles immortalisé par les merveilles parlantes des bâtiments, jardins, bosquets, parcs, statues dudit château de Versailles et de ceux de Trianon, de la Ménagerie et de Marly, en 9 tomes inquarto. Composé en vers libres françois, par le sieur Jean-Baptiste de Monicart,... avec une traduction en prose latine par le sieur Romain Le Testu,... Ces merveilles parlantes traitent dans leurs récits de leurs descriptions, origines, propriétés, attributs et de leurs histoires, soit saintes, véritables ou fabuleuses. -

Saint-Simon parle en des termes peu amènes

Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence. T. 12 / collationnés sur le ms. original par M. Chéruel ; et précédés d'une notice biographique par M. Sainte-Beuve,...

 Louis Le Grand Roy de France : [estampe] - 1

Le Roy : [estampe] / I.D. De St Jean pinxit - 1

Louis XIV jeune assis sur son trône, entre les figures allégoriques de la Religion et de la Justice : [estampe] - 1

[Louis XIV et le Grand Dauphin] : [dessin][Louis XIV et le Grand Dauphin] : [dessin] - 1

26-7-12, musée de Maisons-Laffitte [salon d'Hercule] : [photographie de presse] / [Agence Rol] - 1

LACCORD des NATIONS – PAR LEMOIEN DE LA PAIX : [estampe]

LACCORD des NATIONS - PAR LEMOIEN DE LA PAIX : [estampe] - 1

L’art de vaincre et de régner enseig[n]é par Sa Majesté à

Monseigneur Le Dauphin : [estampe] / [non identifié]L'art de vaincre et de régner enseig[n]é par Sa Majesté à Monseigneur Le Dauphin : [estampe] / [non identifié] - 1

[Portraits des souverains] : [estampe] 1667

[Portraits des souverains] : [estampe] - 1

Marie François Arrouet de Voltaire
né a Paris en novembre 1695 mort
dans la meme ville le 30 mai 1778 :
[estampe] / [non identifié]

 Marie François Arrouet de Voltaire né a Paris en novembre 1695 mort dans la meme ville le 30 mai 1778 : [estampe] / [non identifié] - 1

PRESENT DU CIEL EN LA NAISSANCE DE
MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE
arriuée a Versailles le 25. juin 1704 : [estampe] –
A Paris chez Landry rue de Petit Pont a
S.¦t¦ Francois Xavier-1705 Informations détaillées

  PRESENT DU CIEL EN LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE arriuée a Versailles le 25. juin 1704 : [estampe] - 1

LA  FLANDRE  Despouillée des habits d’Espagne 
et revestue a la Françoise : [estampe]  [Jean Lepautre]

 LA / FLANDRE / Despouillée des / habits d'Espagne / et revestue a la / Françoise : [estampe] / [Jean Lepautre] - 1

 Réception de Louis Capet aux enfers : par grand nombres

de brigands ci-devant couronnées… : [estampe] /

composé et gravé par VilleneuveRéception de Louis Capet aux enfers : par grand nombres de brigands ci-devant couronnées... : [estampe] / composé et gravé par Villeneuve - 1

LE TRIOMPHE MAGNIFIQVE  
Ou l’on voit Nostre Auguste Monarque … 1658

 LE TRIOMPHE MAGNIFIQVE / Ou l'on voit Nostre Auguste Monarque triomphant de soy / mesme et de ses ennemis ... : [estampe] - 1

Le Bonheur de la France en la naissance de Mons.¦r¦
LE DVC DE BOVRGOGNE et les Rejouissances qui se sont
faites sur ce – Sujet. : [estampe] -A PARIS, Chez GERARD
JOLLAIN, ruë saint Jacques, à la Ville de Cologne.
Avec Privilege du Roy. -1683

Le Bonheur de la France / en la naissance de Mons.¦r¦ / LE DVC DE BOVRGOGNE / et les Rejouissances qui se sont / faites sur ce - Sujet. : [estampe] - 1

.
——===ooOoo===————===ooOoo===——
.

Patrick

sources :

== Gallica

Éphéméride du 22 avril

——===ooOoo===——

Le Dicton du Jour

Pluie de Sainte Opportune
Ni cerise ni prune.

——===ooOoo===——

Saints du jour

——===ooOoo===——

–Saint Alexandre Martyr à Lyon (+ 177)
Martyr à Lyon avec Epipode.
Deux jeunes chrétiens qui avaient échappé au carnage dont fut victime saint Pothin, leur évêque. Saint Epipode fut décapité et saint Alexandre crucifié.

Mosaïque à l’antique donnant le nom
des martyrs, selon Grégoire de Tours
(Crypte de la chapelle Sainte Blandine, 

 

–Saint Acepsimas et ses douze compagnons, martyrs perses (+ 378)
dont saint Joseph, saint Aïthala, sainte Tarbula, martyrs durant la persécution perse du roi Sapor. L’Eglise latine les fête à d’autres dates et les Eglises d’Orient les réunissent au 22 avril. Les actes de martyrs perses forment une des plus belles pages de l’histoire de l’Eglise, de par le courage et la foi qu’ont montrés ces martyrs. Tarbula fut sciée en deux puis les restes de son corps furent pendus. Joseph et Aïthala eurent le corps écrasé, les genoux brisés et les bras coupés. Puis on les décapita et, pour l’exemple, leurs têtes furent suspendues devant le temple de Nabitis.

 
–Saint Adelbert d’Ostrevent Seigneur d’Ostrevent (+ 790)
et son épouse sainte Reine. Seigneur du palais de Pépin le Bref, cette situation ne leur inspira aucun orgueil et ils furent l’exemple même d’un ménage marqué par une grande affection mutuelle et qui acceptait de partager avec les pauvres les richesses qui étaient les leurs. Ils eurent dix enfants, nés de cet amour. Plusieurs de leurs filles se firent moniales à l’abbaye de Denain qu’ils avaient fondée sur leurs terres.

–Saint Agapit Ier Pape (57 ème) de 535 à 536 (+ 536)
ou Agapet.


Pape, qui agit avec force pour la libre élection de l’évêque de Rome par le clergé de la Ville et pour qu’on observe partout des statuts de l’Église. Puis envoyé en mission à Constantinople, auprès de l’empereur, par Théodoric roi des Goths, il confirma la foi orthodoxe, ordonna Ménas évêque de cette ville, et là même reposa dans la paix.

« pape de 535 à avril 536, d’origine romaine, mort à Constantinople. Adversaire de l’eutychianisme, hérésie propagée par Eutychès, proche du nestorianisme. Son corps fut ramené à Rome. »

 

 

–SAINT CAIUS (+ 295)
Pape. Eusèbe de Césarée lui attribue quinze années de pontificat, durant une période de paix. A ce moment, avant le déclenchement de la grande persécution de Dioclétien, la tolérance à l’égard des chrétiens était grande et plusieurs d’entre eux ont pu même atteindre des rangs élevés dans l’administration régionale voire impériale.


–Eusèbe de Césarée lui attribue quinze années de pontificat, durant une période de paix. A ce moment, avant le déclenchement de la grande persécution de Dioclétien, la tolérance à l’égard des chrétiens était grande et plusieurs d’entre eux ont pu même atteindre des rangs élevés dans l’administration régionale voire impériale.

–Saint Epipode Martyr à Lyon (+ 177)
Martyr à Lyon avec Alexandre. Deux jeunes chrétiens qui avaient échappé au carnage dont fut victime saint Pothin, leur évêque. Saint Epipode fut décapité et saint Alexandre crucifié.


–Bienheureux François Venimbeni de Fabriano Franciscain (+ 1322)
Remarquable prédicateur de la parole de Dieu, disciple de saint Bonaventure il fonda la première bibliothèque franciscaine à Fabriano dans les Marches.


–Saint Frou (8ème s.)
ou Frodulphe qui assista saint Merry à Paris, jusqu’à sa mort, puis se retira à Grancey en Champagne pour y vivre en solitaire.

 

 

–Saint Léon (+ 541)
Evêque de Sens. On le connait par sa souscription au troisième concile d’Orléans. Sa sainteté fut sans doute très grande pour qu’on l’honore ainsi. Et, pourtant, nous avons de lui une lettre où sa franchise envers saint Rémi de Reims n’est pas marquée de la meilleure charité chrétienne. Les faiblesses permettent aux saints de se reprendre et de s’améliorer quand ils se décident un jour de mieux répondre à la grâce de Dieu.

 

–Saint Léonide Père d’Origène et martyr (+ 204)
Martyr. Rhéteur, professeur et philosophe de renom à Alexandrie, il dirigea les premières études et la formation de son fils qui devint un des grands noms de l’Eglise : Origène. Quand il fut arrêté, Origène, qui n’avait que dix-sept ans, voulut le rejoindre devant le tribunal mais sa mère l’en empêcha en cachant tous ses vêtements. Emprisonné et martyrisé à Alexandrie sous le règne de Septime Sévère, toutes ses propriétés sont confisquées et sa famille, réduite à la plus extrême pauvreté, est recueillie par une riche femme chrétienne (+ 202)
Léonide eut la tête tranchée.

 

–Saint Maryahb chorévêque et martyr en Perse (+ 341)
Au martyrologe romain, on commémore le 22 avril saint Maryahb, dont le nom signifie “le Seigneur a donné”, chorévêque et martyr en Perse, en 341. Durant la persécution déchaînée par le roi Sapor II, il subit le martyre pour le Christ dans l’octave de Pâques.

 

–Sainte Opportune Abbesse bénédictine (+ 770)
Lorsqu’elle entra à l’abbaye d’Almenèches, ce fut son frère, Godegrand, évêque de Sées dans l’Orne, qui l’accueillit et lui remit le voile. On lui prête beaucoup de miracles. Ce dont on est sûr, c’est qu’elle ne se consola pas de l’assassinat de son frère par un cousin pressé de lui succéder. Elle le fit inhumer dans son couvent et, treize jours après, elle le rejoignait au ciel.
La diffusion de ses reliques propagea son culte en Ile de France et surtout à Paris, qui a même donné son nom à plusieurs de ses rues.


–Saint Parmène et ses compagnons martyrs à Babylone (+ v. 251)
Parmène, Heliménas et Chrysostèle, prêtres, Luc et Mucius, diacres, ainsi que Procule, Ethibe, Apollonius et Abonde, furent décapités à Babylone, lors de l’invasion de Dèce en Méspotamie.
Leur martyre est décrit dans les Actes des saints Abdon et Sennen.

–Sainte Sénorine (+ 982)
Confiée aux soins de sa tante Godina, l’abbesse du couvent de Saint-Jean de Vieja, elle prend le voile et succède à sa tante comme abbesse. Elle décide de déplacer la communauté à Basto, au Portugal.

 

–Saint Soter Pape (12 ème) de 166 à 175 et martyr (+ 175)
Sa vie et son oeuvre ne nous sont pratiquement pas connues. Eusèbe de Césarée cite une lettre de lui aux chrétiens de Corinthe qui montre la sollicitude de la communauté romaine envers tous les chrétiens malheureux. Elle fut lue publiquement. Il fixa la fête de Pâques au dimanche suivant le 14ème jour du mois de Nisan, ce qui provoqua de nombreuses querelles. Il n’est pas sûr qu’il soit mort martyr.

 
–Saint Théodore Confesseur (+ 613)
Il vit le jour à la suite de l’union d’un courrier impérial avec une prostituée du village de Sykéon en Galatie. La présence de son enfant la transforma et elle mena une vie plus honorable. Lorsqu’il eut six ans, elle projeta de le faire entrer au service de l’empereur Justinien, mais, après avoir prié saint Georges le Grand martyr, elle le garda près de lui. A quinze ans, saint Théodore voulut vivre reclus proche de la chapelle de saint Georges. Il fit un pèlerinage à Jérusalem, reçut l’habit monastique au monastère de Choziba et revint au pays. Il commença alors une vie d’extrêmes austérités. Par exemple, durant le Grand Carême, il se faisait enfermer dans une étroite cage de fer, chargé d’une cuirasse et une lourde croix au cou. Il se fixa les mains et les pieds avec des anneaux qu’il garda jusqu’à sa mort. Les foules venaient au monastère et il fit construire une vaste église pour les recevoir. Nommé de force évêque d’Ancyre (actuelle Ankara), il voulut quitter cette charge, s’en jugeant indigne. Invité à Constantinople par deux fois auprès du patriarche, il mourut confiant dans le Seigneur après les offices du dimanche du Renouveau. On ne put lui enlever les fers et on les lui laissa quand il fut revêtu de ses habits épiscopaux pour être conduit à sa dernière demeure terrestre. Il fut l’un des grands propagateurs du culte de saint Georges dont il avait reçu les bienfaits durant toute sa vie monastique.

Maxime le Confesseur

Autre biographie:
–St-Théodore le Sicéote Fils d’un artiste de cirque païen originaire de Sikion et d’une employée d’auberge. Le style de vie de son père ne lui permet pas de participer à son éducation, et c’est sa mère qui l’éduque seule, étant même obligée de se prostituer pour y parvenir. Lorsqu’il est âgé de 6 sans, elle le prépare pour le faire entrer au service de l’empereur, mais Saint-Georges lui étant apparu en rêve, elle abandonne cette idée et décide plutôt de le faire instruire par un maître des environs. Très pieux, l’enfant grandit avec le désir d’embrasser la vie religieuse. Dès qu’il le peut, il devient moine et à l’âge de 18 ans, il est ordonné prêtre, avant d’être nommé évêque d’Anastasiopolis, en Galatie. Il fonde plusieurs monastères et opère des miracles (il repousse une invasion d’insectes par ses prières) (+ 613) Saint-Théodore le Sicéote vient en aide aux personnes qui sont aux prises avec un mariage difficile.

–AHA DE SYRIE, moine (env.457-556)
Les Églises syro-occidentales font aujourd’hui mémoire du moine Aha, ermite et fondateur de divers monastères dans la région de Ninive en Syrie.
Né à Georgine, en Mésopotamie, à l’époque de l’empereur Marcien, Aha était un esclave persan ; il fut acquis secrètement à la foi chrétienne par son propriétaire, un officier de l’armée persane. Arrivé à dix-huit ans à Nisibe, il créa là un monastère pour y mener, avec quelques compagnons, une vie de recueillement et de prière.
Au cours de sa vie, Aha visita d’abord Jérusalem et Antioche, puis il alla jusqu’à se rendre à Constantinople et en Grèce, pour atteindre l’Italie.
Avant de mourir, il prêcha l’Évangile aux Arméniens, consolida les trois monastères de Banael, Ausa et Hesna qu’il avait lui-même fondés et enrichit, grâce aux fruits de son expérience mûrie au contact des autres Églises, les chrétiens de son terroir.
Tout ce que nous savons de lui provient de la Vie rédigée par un hagiographe jacobite. Aha mourut à Ausa le 25 janvier 556.

——===ooOoo===——

Naissances célèbres

——===ooOoo===——

 
–22 avril 1637 : Insurrection des Croquants
Les dernières années du règne de Louis XIII sont marquées par des révoltes anti-fiscales, dont les plus célèbres sont celle des Croquants, paysans du Périgord entrés en rébellion le 22 avril 1637, et des Nu-Pieds, Normands révoltés contre la gabelle ou impôt sur le sel deux ans plus tard…

–1724 Emmanuel Kant, philosophe : Que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que puis-je espérer?

–1766 Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Madame de Staël, femme de lettres.

–1813 Richard Wagner, compositeur.

 

 

–1853 Alphonse Bertillon, criminologue français, inventeur d’un système d’identification des criminels reposant sur des mesures enthropométriques : l’anthropométrie.

–Lénine
22 avril 1870 à Simbirsk (aujourd (Russie) – 21 janvier 1924 à Gorki (URSS)
Vladimir Ilitch Oulianov, marxiste et révolutionnaire, est relégué par la police du tsar en Sibérie, au bord de la Léna (d’où le surnom Lénine par lequel il se fera dès lors appeler). En 1902, dans un opuscule : Que faire?, il plaide pour une avant-garde de révolutionnaires professionnels qui guidera les prolétaires vers des lendemains radieux. L’année suivante, ses partisans se séparent des socialistes réformistes. Ils s’octroient l’épithète de bolcheviques (majoritaires en russe).


La Grande Guerre de 14-18 entraîne la chute du tsar et l’avènement d’une République démocratique. Lénine profite de la faiblesse de cette dernière pour prendre le pouvoir. C’est ainsi que le 6 novembre 1917 (25 octobre selon l’ancien calendrier julien), ses partisans dirigés par Trotski s’emparent sans coup férir du Palais d’Hiver, le siège du gouvernement. Cette «Révolution d’Octobre» débouche sur le pouvoir sans partage des bolcheviques, rebaptisés communistes. Lénine sort la Russie de la guerre et réprime impitoyablement les oppositions intérieures, au prix de millions de victimes.
En contraignant chacun à servir sans limite l’idéologie au pouvoir, il inaugure un type de régime appelé à faire souche au XXe siècle : le totalitarisme. La Russie change son nom pour celui d’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques). Écarté du pouvoir par la maladie, Lénine est remplacé par Staline.


–1876 Robert Bárány, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1914 pour ses travaux sur le nystagmus vestibulaire !

–1891 Sir Harold Jeffreys, astronome.

 
–1904 J. Robert Oppenheimer, physicien.

–1916 Yehudi Menuhin, violoniste, chef d’orchestre.

–1937 Jack Nicholson, acteur, réalisateur : « Easy Rider », « Chinatown », « Vol au-dessus d’un nid de coucou » Oscar, « Le dernier Nabab », « Le facteur sonne toujours 2 fois », « Reds », « Tendre passion » Oscar, « L’honneur des Prizzi », « The Two Jakes », « Batman »,…

 

——===ooOoo===——

décès célèbres

——===ooOoo===——

–Chrétien Guillaume de Malesherbes
6 décembre 1721 à Paris – 22 avril 1794 à Paris
Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes succède à son père comme premier président de la Cour des aides, en 1750, sous le règne de Louis XV.
Il est également nommé directeur de la Librairie, avec la responsabilité d’octroyer les autorisations d’imprimer. À ce poste, jusqu’en 1768, il protège les philosophes et soutient la publication de l’Encyclopédie.

Description de l'image  Chretien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes.jpg.
Mais quand le garde des sceaux Maupeou fait arrêter et exiler les parlementaires, il prend le parti de ceux-ci, ce qui lui vaut d’être disgrâcié et contraint de se retirer sur ses terres, à Pithiviers.
Il est rappelé par Louis XVI pour s’occuper de la Maison du roi et de la police du royaume dans le gouvernement de Maurepas et Turgot. Il tente en vain de restreindre la pratique des lettres de cachet (détentions arbitraires sur ordre du roi).
Nommé en 1787 au Conseil d’En-haut (ou Conseil d’État), en charge de conseiller le roi, il fait adopter l’édit de tolérance du 29 janvier 1788, ou «Édit de Versailles», qui accorde l’état civil aux protestants et met fin à deux siècles de discriminations religieuses.
Ses initiatives témoignent de l’évolution des esprits et des mentalités vers davantage d’humanité dès avant la Révolution.

Château de Malesherbe

Sous la Révolution, à 71 ans, Malesherbes demande courageusement à prendre la défense de Louis XVI, aux côtés des avocats Denis Tronchet et Raymond de Sèze. Cela lui vaudra d’être à son tour guillotiné.
Le 22 avril 1794, traversant la cour de la Conciergerie pour monter dans la charrette qui doit le conduire à l’échafaud, il trébuche sur une pierre. «Oh, dit-il, voilà qui s’appelle un mauvais présage ; un Romain, à ma place, serait rentré».

 

–1892 Edouard Lalo, compositeur.

–1989 Emilio Segre, prix Nobel de physique en 1959.

–1994 Richard Nixon, 37 ème président des U.S.A. de 1968 à 1974 et seul président des U.S.A. démissionnaire de son mandat (suite à l’affaire du Watergate).

 

——===ooOoo===——

événements

——===ooOoo===——

–22 avril 1073 : Grégoire VII et la réforme grégorienne
Hildebrand, un moine très réputé, devient pape le 22 avril 1073. Il est porté par la foule romaine sur le trône de Saint Pierre et prend le nom de Grégoire VII…

Evènements : Grégoire VII

–1164 Guido da Crema est élu au rang de d’Antipape sous le nom de Pascal III par les évêques impériaux à la mort de l’antipape Victor IV Il sera consacré par Henri II de Leez.

Evènements : Antipape Jean XXIII

–1418 Fin du concile œcuménique de Constance :
l’antipape Jean XXIII de Pise est déposé (il était soutenu par la France, l’Angleterre, la Pologne, la Hongrie, le Portugal, les royaumes du Nord, une partie de l’Allemagne et de l’Italie)
l’antipape Benoît XIII d’Avignon est déposé (il était soutenu par Castille, d’Aragon, de Navarre, d’Écosse, des îles de Corse et de Sardaigne, des comtés de Foix et d’Armagnac)
l’antipape Grégoire XII démissionne (il était soutenu par plusieurs villes du royaume de Naples et toute la Romagne; en Allemagne, la Bavière, le palatinat du Rhin, les duchés de Brunswick et de Lunebourg, le landgraviat de Hesse, l’électorat de Trèves, une partie des électorats de Mayence et de Cologne, les évêchés de Worms, de Spire et de Werden)
Martin V élu le 11 novembre 1417, reste le seul pape mettant ainsi fin au grand schisme d’Occident.

–22 avril 1500 : Les Portugais s’installent au Brésil
Le 22 avril 1500, treize caravelles portugaises arrivent en vue de côtes inconnues au sud-ouest de l’océan Atlantique.

Evènements : Pedro Álvares Cabral

Pedro Álvares Cabral

Pedro Álvares Cabral et ses 1200 hommes viennent de découvrir ce qui deviendra le Brésil, principale colonie du Portugal…

(article sur le Brésil à paraïtre …)

 

22 avril 1637 : Insurrection des Croquants
Les dernières années du règne de Louis XIII sont marquées par des révoltes anti-fiscales, dont les plus célèbres sont celle des Croquants, paysans du Périgord entrés en rébellion le 22 avril 1637, et des Nu-Pieds, Normands révoltés contre la gabelle ou impôt sur le sel deux ans plus tard…

 

 

–22 avril 1809 : Napoléon victorieux à Eckmühl
Le 22 avril 1809, à Eckmühl, Napoléon 1er et Davout empêchent les Autrichiens de l’archiduc Charles d’entrer en Bavière. Mais l’Empereur est ensuite blessé au pied lors du siège de Ratisbonne. Enfin, le 13 mai, il peut pénétrer à Vienne mais c’est pour s’apercevoir que l’empereur François II et son frère Charles ont abandonné la ville et traversé le Danube en coupant les ponts derrière eux. Il les vaincra enfin à Wagram…

Evènements : Louis Nicolas Davout
–1889 A midi, le gouvernement des Etats-Unis lance à coups de canons la « course à la terre » : les colons vont s’approprier les 800 000 hectares des terres indiennes de l’Oklahoma où avaient été regroupés les Chickasaw, les Choctaw, les Cherokee, les Creek et les Seminoles.

–1915 Les allemands utilisent des gaz toxiques (l’ypérite ou gaz moutarde ou sulfure de 2,2′-dichlorodiéthyle) pour la première fois à Langemack en Belgique.

–1928 Sortie parisienne du film de Charlie Chaplin : « Le Cirque ».

 

–1946 Premier salon de l’aviation à Toussus-le-Noble.

–1964 Ouverture à New-York de l’exposition universelle.

 

–1969 Robin Knox Johnson boucle le premier tour du monde en solo sur l’eau à bord du de son voilier en 312 jours.

–1971 Jean-Claude Duvalier succède à son père à la présidence de la République d’Haïti après la mort de ce dernier.

–1978 John Belushi et Dan Aykroyd deviennent les Blues Brothers pour la première fois.

–1982 Un attentat à Paris, rue Marbeuf fait un mort et 63 blessés.

 

–1992 De l’hexane, gaz répandu dans les égouts de la ville de Guadalajara, au Mexique, fait sauter un millier d’édifice et tue 230 personnes.

–1994 La Fédération Française de Football rétrograde l’Olympique de Marseille en deuxième division suite à l’affaire OM-VA. Jean-Pierre Bernès et Bernard Tapie sont exclus de toutes fonctions de dirigeant de football français.

Olympique de Marseille
Logo du Olympique de Marseille

–1995 Au moins 2 000 réfugiés, en majorité des Hutus, sont massacrées par l’armée rwandaise dans le camp de Kibeho (sud-ouest du Rwanda).

–1997 L’armée péruvienne donne l’assaut à la résidence de l’ambassadeur du Japon à Lima libérant les 71 personnes retenues en otages depuis le 17 décembre par un commando du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru.


–2000 Près de 300 soldats Sri-Lankais meurent en combattant les Tigres de libération de l’Eelam tamoul, dont une cinquantaine de soif après que les rebelles aient coupé l’approvisionnement en eau du camp où ils étaient retranchés.

 

 

——===ooOoo===——

Fait Historique marquant : 

Grégoire VII et la réforme grégorienne

——===ooOoo===——

Hildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.
Ce moine d’environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane, s’était acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Léon IX et Alexandre II.
Il est proclamé pape et porté sur le trône de Saint Pierre par la foule romaine, contrairement au décret qu’il avait lui-même inspiré en 1059, réservant l’élection des papes au collège des cardinaux (ou prêtres de premier rang, d’après le mot latin cardo).
Le nouveau pape modifie profondément l’Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains. Ses mesures restent connues sous le nom de réforme grégorienne. Certaines, toutefois, ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs, sous l’inspiration de Hildebrand lui-même, du temps qu’il était moine à Cluny, en Bourgogne.
Scandales et réforme
Les papes, au début du Moyen Âge, étaient élus par le peuple de Rome en tant qu’évêques de la Ville éternelle. Ces élections se déroulaient sous la pression des grandes familles qui se partageaient le territoire de la ville.
Dans les dernières décennies de l’ère carolingienne se succèdent des papes qui n’ont rien des qualités spirituelles qu’on leur prête. Brigands, jouisseurs, voleurs, guerriers, ils se comportent en chefs de gang, accumulant richesses sur richesses dans leur résidence officielle du Latran. Ainsi, au début du IXe siècle, un certain Étienne VI fait-il exhumer et juger (!) la dépouille d’un prédécesseur, Formose, qui l’avait offensé de son vivant. Lui-même et ses successeurs immédiats sont assassinés ou exécutés.
Le pire est atteint avec Octavien (Jean XII), élu en 955, à 18 ans, sous la pression de son père Albéric, un aventurier qui gouverna Rome pendant vingt ans. Jouisseur invétéré, le pape Jean XII joue le roi de Germanie, Otton, contre le roi d’Italie, Bérenger II. Il confère à Otton le titre d’empereur d’Occident pour le remercier de l’avoir sauvé des griffes de Bérenger II. En retour, le nouvel empereur s’autorise un droit d’intervention sur les élections pontificales à venir. Mais à peine l’empereur a-t-il le dos tourné que Jean XII se rallie à son ancien ennemi, Bérenger II !
Otton n’apprécie pas la plaisanterie et revient sur ses pas. Le 6 novembre 963, il fait déposer le pape pour immoralité et le remplace par Léon VIII. Les Romains, qui ne veulent pas d’un empereur germanique, rappellent Jean XII. Celui-ci châtie avec férocité ceux qui l’ont trahi mais il meurt l’année suivante… sans doute assassiné par un mari jaloux !
Dédaigneux de Léon VIII, le pape de l’empereur, les Romains élisent à sa place Benoît V. L’empereur sévit une nouvelle fois et châtie à son tour les partisans de Benoît… Pendant de nombreuses années, plusieurs papes se disputent le trône de Saint-Pierre, les uns soutenus par l’empereur germanique, les autres par les Romains.
À considérer ce scandale permanent, on pourrait penser que c’en est fini de l’Église catholique et de la papauté ! Mais le salut va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.

Les prémices de la réforme grégorienne

——===ooOoo===——

Les prémices de la réforme apparaissent avec Léon IX, pape imposé à Rome en 1049 par Henri III, le plus énergique de tous les empereurs germaniques. Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX n’a de cesse de parcourir l’Occident et de réunir évêques et abbés en synodes pour les convaincre de l’urgence de réformer l’institution ecclésiastique.

Les principales pierres d’achoppement sont au nombre de deux :
– la simonie
La simonie désigne le trafic contre argent des biens d’Église. Le mot simonie vient de Simon le Magicien, un personnage légendaire qui aurait offert à l’apôtre Saint Pierre de lui acheter le don de faire des miracles,
– le mariage et le concubinage des prêtres
Dès l’an 303, au concile d’Elvire, près de Grenade, l’Église a recommandé la chasteté et le célibat à ses membres, par souci d’élévation morale mais cette recommandation a été peu appliquée par la suite. Le Saint-Siège a dû tolérer le mariage et le concubinage des prêtres, en particulier des séculiers.

Si le pape veut désormais imposer avec rigueur le célibat au clergé, ce n’est pas seulement pour des raisons «morales» mais aussi politiques et économiques. Les prêtres mariés étaient en effet tentés de s’enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant l’Église des moyens matériels indispensables à l’accomplissement de sa mission.
Pour réussir dans son entreprise, le pape qui, au début du Moyen Âge, était simplement considéré comme l’évêque de Rome, veut imposer sa prééminence sur les autres évêques. Cette prééminence est acceptée par les Occidentaux avec plus ou moins de bonne grâce mais rejetée par les Orientaux de culture grecque.
C’est ainsi que s’élargit le fossé entre l’Église de Rome, qui prétend au qualificatif de catholique, c’est-à-dire universelle, et l’Église de Constantinople, qui se qualifie d’orthodoxe (en grec : conforme à la vraie Foi).

L’action de Grégoire VII

——===ooOoo===——

L’évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux inspirateurs de la réforme grégorienne qui vise à instaurer l’autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui étaient jusque-là les siennes.
Grégoire VII commence par proscrire le nicolaisme, c’est-à-dire lemariage et le concubinage des prêtres, puis condamne fermement la simonie. Il s’attelle ensuite à la formation des curés qui, trop souvent incultes, se souciaient assez peu d’évangéliser leurs ouailles.
Enfin, par vingt-sept propositions célèbres de 1075 (le Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l’élection des papes. Il condamne les investitures laïques, c’est-à-dire le droit qu’avaient les souverains de nommer les évêques.
C’est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique, on est encore porté à penser que l’empereur est le représentant de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir. Grégoire VII, inspiré par l’esprit de Cluny, souhaite au contraire imposer la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir séculier, celui de l’empereur et des souverains. Il veut pour le moins une Église autonome. C’est une préfiguration de la laïcité moderne.
Le pape va s’opposer avec violence, sur la question des investitures, à l’empereur d’Allemagne Henri IV. Celui-ci, fort habilement, lui demandera pardon à Canossa pour mieux l’abattre mais la papauté imposera finalement l’essentiel de ses vues par le Concordat de Worms, en 1122.

Renouveau du monde chrétien

——===ooOoo===——

L’Église sort considérablement rajeunie de la réforme grégorienne. Elle entraîne l’Occident médiéval dans une expansion sans précédent, illustrée par la construction d’églises et de cathédrales, l’éclosion des Universités et une relative paix civile. Les croisades seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi en Occident.
Raoul Glaber, un clerc bourguignon du XIe siècle, mort en 1047, reste connu pour ses chroniques de l’époque de l’An Mil. Il témoigne du renouveau qui saisit l’église d’Occident à la veille de l’élection de Grégoire VII.
Son texte ci-après annonce l’art roman :
«Comme approchait la troisième année qui suivit l’an mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises ; une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celles des autres. C’était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, eut revêtu de toutes parts une blanche robe d’églises» (Histoires).
À la suite de la réforme grégorienne, les XIe et XIIe siècles vont entraîner la naissance de l’art roman (ou romain, c’est-à-dire d’inspiration latine). Différentes provinces périphériques de France en conservent de précieux témoignages. Ainsi l’église de la Madeleine, à Vézelay, en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l’église Saint-Front, à Périgueux.

 

 

 ——===ooOoo===——

 
Patrick

avec l’aimable concours de hérodote.net

sources :

hérodote.net

Wikipédia