Chasse aux trophées d’animaux : de la polémique au scandale

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Chasse aux trophées d’animaux :

de la polémique au scandale

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Busto del Rey Juan Carlos I de España en su vi...

Busto del Rey Juan Carlos I de España en su visita de estado a Estonia en mayo de 2009 (Photo credit: Wikipedia)

L’accident de Juan Carlos au cours d’une chasse à l’éléphant au début de l’année a relancé la polémique de la chasse aux trophées, pratiquée dans certains pays d’Afrique, sous couvert de gestion des populations. L’association One Voice prend position, pointant du doigt la cruauté d’un tel loisir.

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Retour sur l’accident

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En avril dernier, le roi d’Espagne se fracturait la hanche au cours de l’une de ses parties de chasse à l’éléphant au Bostwana. Il provoque ainsi une polémique internationale, principalement concernée par le coût exorbitant d’un tel loisir alors que son pays est confronté à une crise économique sans précédent. Mais ce qui a également choqué la planète, c’est que Juan Carlos n’est autre que le président d’honneur du WWF, ONG de protection de la nature mondialement connue…

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Chasse aux trophées et conservation

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La chasse aux trophées est une pratique qui permet, moyennant finance, de chasser l’animal de son choix, y compris d’espèce protégée telle que l’éléphant ou le rhinocéros noir. D’un point de vue légal, cela est rendu possible notamment grâce à la chasse en boîte (d’animaux nés en captivité et chassés dans de grands enclos) ou en intégrant ces actions de chasse à des plans de gestion des populations. Dans certains pays par exemple, la population d’éléphants est considérée comme trop importante et occasionne des dégâts sur les cultures voire constitue un danger pour les villageois : plus d’éléphants sur un territoire réduit par les activités humaines pose d’importants problèmes de cohabitation. Pour justifier ce loisir cruel, les prétextes ne manquent pas. Il constituerait donc aussi une ressource financière importante pour les pays concernés qui en utiliseraient les gains pour financer… des actions de conservation ! Cette chasse rapporterait ainsi plus de 115 millions d’euros à l’Afrique du Sud chaque année mais, selon la League Against Cruels Sports, seulement 5% des taxes de chasse bénéficieraient réellement à la conservation…

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Des dommages pourtant réels

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Dans le milieu de la conservation, cette forme de chasse ne fait pas l’unanimité. Si des organisations comme TRAFFIC et même le WWF ne s’y opposent pas, lorsque la chasse aux trophées fait partie d’une stratégie mise en place par le gouvernement et strictement contrôlée, des conséquences notables de cette pratique permettent de douter de sa réelle pertinence à s’intégrer à un projet de conservation d’espèce menacée. Pour les lions, qui doivent déjà faire face à de gros problèmes de cohabitation avec les éleveurs de bétail, la chasse aux trophées est une catastrophe de plus. La forte demande de la part des américains en peaux de lion et autres pièces détachées du roi de la jungle fait des chasseurs américains un facteur important de la diminution de leurs populations : des 5 663 individus tués en Afrique entre 1999 et 2008, 64 % sont partis vers l’Amérique. Et en dix ans, le nombre de lions tués pour les trophées a plus que doublé (d’après un rapport commandé par la Maison Blanche à une coalition américaine pour la défense de la vie sauvage en 2011).

Des 200 000 lions présents sur le continent africain il y a un siècle, il ne reste qu’une population de moins de 40 000 individus, voire 16 000 pour les estimations les plus pessimistes… Éteint dans 26 pays, le lion a ainsi disparu de 80% de son territoire d’origine. Mais on continue de le chasser !

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Et l’éthique ?

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Au-delà des questions – certes cruciales – de conservation de la biodiversité, la dimension éthique fait une fois de plus cruellement défaut à ces débats dont elle devrait être le cœur. Pour justifier l’innommable, on parle de gestion, de régulation, d’impact économique… Pourtant, qu’il s’agisse de lions, d’éléphants, de girafes, d’ours polaires ou de tout autre victime de ces chasses, ce sont des vies, voire des familles, qui sont détruites, des individus qui sont effacés dans les pires conditions qui soient : combien de coups de feu faut-il pour abattre un éléphant ? On sait pourtant les liens qui unissent les membres d’une famille d’éléphants. On sait qu’ils se souviennent de ceux qu’ils ont aimés jusqu’à la fin de leur vie. On sait qu’ils se reconnaissent dans un miroir et n’abandonnent pas leurs proches blessés mais s’organisent pour les aider… Ces êtres sont des êtres sentients avec lesquels nous partageons une planète qui ne nous appartient pas. Apprendre à cohabiter en paix, tel doit être l’objectif !

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Patrick

sources

http://www.notre-planete.info

http://www.one-voice.fr/

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Ecologie

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La transition vers

l’économie verte

pourrait créer

jusqu’à 60 millions d’emplois

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La conversion à une économie plus respectueuse de l’environnement pourrait générer de 15 à 60 millions d’emplois supplémentaires à l’échelle mondiale au cours des vingt prochaines années et sortir des dizaines de millions de travailleurs de la pauvreté, selon un nouveau rapport conduit par l’Initiative en faveur des emplois verts.

L’étude « Vers le développement durable : Travail décent et intégration sociale dans une économie verte » (Working towards sustainable development : Opportunities for decent work and social inclusion in a green economy) rappelle que ces gains dépendront de la mise en place effective d’une série de mesures appropriées.

« Le modèle de développement actuel s’avère inefficace et non viable, pas seulement pour l’environnement, mais aussi pour les économies et les sociétés », a déclaré le Directeur général du BIT, Juan Somavia. « Nous devons de toute urgence nous orienter vers le développement durable avec un ensemble cohérent de politiques qui placent l’homme et la planète au centre ».

« La prochaine Conférence des Nations Unies Rio+20 sera un moment crucial pour s’assurer que le travail décent et l’inclusion sociale fassent partie intégrante de toute future stratégie de développement », a-t-il ajouté.

Achim Steiner, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a déclaré que les conclusions du rapport « soulignent qu’elle pourrait permettre à des millions d’autres personnes de surmonter la pauvreté et offrir de meilleures conditions de vie à cette génération et celles à venir. C’est un message positif qui offre des perspectives dans un monde troublé, plein de défis, que nous relayons dans les capitales du monde entier alors que les dirigeants préparent et planifient le Sommet Rio+20 ».

Le rapport – publié près de quatre ans après la première étude de l’Initiative en faveur des emplois verts – s’intéresse à l’impact que l’écologisation de l’économie peut avoir sur l’emploi, les revenus et le développement durable en général.

Au moins la moitié de la main-d’œuvre mondiale – l’équivalent d’1,5 milliard de personnes – sera affectée par la transition vers une économie verte. Alors que les changements se feront sentir dans l’ensemble de l’économie, huit secteurs clés devraient jouer un rôle central et être particulièrement touchés : agriculture, sylviculture, pêche, énergie, industrie manufacturière à forte intensité de ressources, recyclage, construction et transports.

Des dizaines de millions d’emplois ont déjà été créés grâce à cette mutation. Par exemple, le secteur des énergies renouvelables emploie maintenant près de 5 millions de personnes, soit plus du doublement des effectifs entre 2006 et 2010. L’efficacité énergétique est un autre gisement d’emplois important, en particulier dans la construction, le secteur le plus touché par la crise économique.

Aux Etats-Unis, trois millions de personnes sont employées dans la production de biens et services écologiques. En Espagne, on recense actuellement plus d’un demi-million d’emplois dans ce secteur.

Des gains d’emploi de l’ordre de 0,5 à 2 pour cent de l’emploi total sont possibles. Dans les économies émergentes et les pays en développement, les gains seront probablement plus élevés que dans les pays industrialisés, parce que les premiers peuvent opérer un saut vers les technologies vertes plutôt que remplacer des infrastructures hautement consommatrices de ressources devenues obsolètes. Le Brésil a déjà créé un peu moins de trois millions d’emplois, soit quelque 7 pour cent de l’emploi formel.

Pas de gains sans politiques pertinentes

Ces bons résultats ont une chose en commun : la reconnaissance que les défis environnementaux et socio-économiques doivent être abordés de manière globale et complémentaire.

Premièrement, cela signifie promouvoir et mettre en œuvre des processus de production durables au niveau des entreprises elles-mêmes, en particulier parmi les petites et moyennes entreprises dans les secteurs clés mentionnés ci-dessus.

Deuxièmement, l’extension de la protection sociale, le soutien au revenu et la formation qualifiante sont essentielles pour garantir aux travailleurs d’être en mesure de tirer parti de ces nouvelles perspectives.

Troisièmement, les normes internationales du travail et les droits des travailleurs peuvent fournir un cadre juridique et institutionnel, ainsi qu’une orientation pratique, pour travailler dans une économie plus durable et respectueuse de l’environnement, en particulier lorsqu’il s’agit de la qualité des emplois et de la sécurité et la santé au travail.

Enfin, un véritable dialogue social impliquant les employeurs et les syndicats est indispensable à la gouvernance du développement durable.
« Le développement écologique ne détruit pas l’emploi, comme on le dit souvent. Au contraire, si il est bien géré, il peut déboucher sur de nouveaux emplois, de meilleure qualité, sur la réduction de la pauvreté et l’inclusion sociale », a conclu le Directeur général du BIT.

Quelques chiffres-clés sur emploi et environnement

Dans l’Union Européenne, 14,6 millions d’emplois directs et indirects concernent la protection de la biodiversité et la réhabilitation des ressources naturelles et des forêts.
Des investissements internationaux de 30 milliards de dollars par an destinés à réduire la déforestation et la dégradation des forêts pourraient financer jusqu’à 8 millions d’emplois à temps plein supplémentaires dans les pays en développement.

Des expériences menées en Colombie, au Brésil et dans d’autres pays montrent que l’officialisation et l’organisation de quelque 15 à 20 millions de ramasseurs de déchets informels pourraient être très bénéfiques au plan économique, social et environnemental.

En Allemagne, le programme de rénovation des bâtiments pour gagner en efficacité énergétique illustre que l’on peut obtenir des résultats gagnant-gagnant : il a mobilisé cent milliards d’euros d’investissements, allégé les factures d’énergie, réduit les émissions de CO2 et permis de créer 300 000 emplois directs chaque année.

La surexploitation des ressources naturelles a déjà provoqué de grandes pertes, y compris plus d’un million d’emplois parmi les travailleurs forestiers, essentiellement en Asie, en raison de pratiques de gestion non durable des forêts.

Le secteur de la pêche va probablement être confronté à un défi majeur, quoique temporaire, de transition pour les travailleurs en raison de la surpêche. La limitation temporaire des prises s’imposera dans de nombreuses pêcheries pour éviter que les stocks de poissons s’épuisent et leur permettre de se reconstituer. Le plus préoccupant est que 95 pour cent des 45 millions de travailleurs du secteur sont souvent de pauvres artisans-pêcheurs qui travaillent sur les littoraux des pays en développement.

Dans une bonne partie de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique latine et dans certaines régions d’Europe, la proportion des dépenses consacrées à l’énergie par les ménages pauvres est trois fois supérieure – voire jusqu’à vingt fois – à celle des ménages aisés.

La Loi de garantie nationale de l’emploi rural en Inde et les programmes de logement social et de « bourses vertes » au Brésil sont de bons exemples de politiques de protection sociale qui contribuent au développement durable.

Les femmes pourraient figurer parmi les principaux bénéficiaires d’une économie verte, plus inclusive au plan social, offrant de meilleures perspectives d’emploi, notamment dans les énergies renouvelables, et des revenus plus élevés, surtout dans l’agriculture, et donnant une existence officielle à l’emploi, en particulier parmi les 15 à 20 millions de travailleurs du recyclage. L’accès aux énergies propres, à une sécurité alimentaire renforcée, à un logement social à haut rendement énergétique, pourraient, entre autres, réduire le fardeau qui pèse sur elles.

A peine 8 à 12 pour cent de la main-d’œuvre des pays industrialisés, par exemple, sont employés dans 10 à 15 secteurs qui génèrent de 70 à 80 pour cent des émissions de CO2. Seule une fraction d’entre eux risque de perdre leur emploi si l’on adopte des politiques pour écologiser les entreprises existantes et pour promouvoir l’emploi.

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La perte de biodiversité menace l’humanité

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Quel est l’impact sur l’humanité de la perte accélérée de biodiversité constatée sur l’ensemble de la planète ? Pour répondre à cette question, un groupe de 17 chercheurs en écologie, parmi lesquels Michel Loreau, de la Station d’écologie expérimentale du CNRS à Moulis, a dressé le bilan de deux décennies de recherche scientifique au niveau mondial.

Leur but : établir une série de points qui fait consensus pour l’ensemble de la communauté scientifique et signaler les aspects sur lesquels il y a un déficit de recherche. Les chercheurs analysent l’impact de la perte de biodiversité sur le fonctionnement et la stabilité des écosystèmes, et réalisent une analyse nouvelle de l’effet de cette perte sur les services écologiques dont l’humanité tire profit. Cet article unique en son genre a été publié le 7 juin 2012 dans Nature, quelques jours avant le début de la conférence internationale Rio +20. Il devrait aider les décideurs à mettre en place des politiques appropriées pour freiner l’alarmante perte de biodiversité.

Un peu à la manière des rapports sur le changement climatique réalisés par le GIEC, le consortium de chercheurs souhaite dégager dans l’article de Nature un consensus scientifique à partir de l’analyse de quelques 2000 papiers publiés ces 20 dernières années. À l’heure où les activités humaines détruisent des écosystèmes entiers, les chercheurs dégagent six points qui font l’unanimité dans la communauté scientifique. Une de ces affirmations importantes est que la perte de biodiversité affecte négativement le fonctionnement et la stabilité des écosystèmes. Cette perte réduit notablement l’efficacité avec laquelle les écosystèmes captent des ressources essentielles, produisent de la biomasse, décomposent et recyclent des ressources biologiques.

Les chercheurs présentent par ailleurs une série de résultats émergents, qui, s’ils doivent encore être confirmés par la recherche, pourraient changer notre façon d’appréhender la biodiversité. Par exemple, les effets de la disparition d’espèces et de gènes sont plus importants lorsque l’échelle temporelle ou spatiale considérée est plus grande. Ainsi, si un nombre limité d’espèces peut constituer un petit écosystème en apparence stable sur une courte période de temps, des écosystèmes plus vastes, pris dans des conditions variant au fil du temps, ont besoin d’un plus grand nombre d’espèces pour maintenir leur fonctionnement.
Autre point mis en avant par les chercheurs : les données récentes tendent à montrer que l’impact de la perte de biodiversité dans le monde est comparable à celui d’autres changements globaux comme le réchauffement climatique ou l’excès d’azote déversé par l’agriculture.

L’article offre aussi une analyse nouvelle de l’impact de la perte de biodiversité sur de nombreux services écologiques dont dépend le bien-être des sociétés. Ainsi, un consensus se dégage sur le fait que la diversité en espèces et la diversité génétique au sein de celles-ci permettent d’augmenter la productivité des cultures, des pêcheries et des plantations d’arbres. En revanche, l’importance de la biodiversité semble moins claire pour d’autres services comme la pollinisation par les insectes ou la purification de l’eau dans les zones humides. Ceci constitue une invitation à approfondir les recherches sur ces aspects.

L’un des buts poursuivi par les chercheurs est d’alimenter les discussions lors de la conférence internationale Rio +20, qui se tiendra en juin 2012. Ce travail servira aussi de base de travail à l’IPBES (Intergovernmental science-policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), l’équivalent du GIEC pour la biodiversité qui doit être mis en place cette année. De plus, en mettant en évidence les lacunes scientifiques, il pourrait servir à mettre en place des programmes de recherche visant à les combler. Enfin, il devrait aider les décideurs à mettre en place des politiques appropriées pour freiner la dramatique perte de biodiversité.


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Patrick

sources

http://www.notre-planete.info/actualites/

http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11148.html

http://www.cnrs.fr/

http://www.ilo.org/global/lang–fr/index.htm

http://www.unep.org/

http://www.ituc-csi.org/?lang=en

Parlez-vous français ?

 

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Parlez-vous français ?

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L’Université au Moyen-ÂgeLa logique – la Réthorique.
Manuscrit francien 574

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Le thème du déclin de la langue française est souvent balayé d’un revers de main par nos responsables politiques et culturels. Ces derniers font valoir que les discours sur la décadence sont le lot quotidien dans l’hexagone et qu’il faut savoir prendre du recul face à des affirmations un peu péremptoires. Dans l’absolu, je ne saurais leur donner tort. Pourtant, en nous y intéressant d’un peu plus près, il est un paradoxe apparent très intéressant concernant la santé de la langue française dans le monde. D’un côté, nous avons les déclarations officielles des décideurs politiques, culturels et économiques qui visent à nous rassurer : la langue de Molière ne recule pas, elle n’a jamais cédé un pouce face à d’autres idiomes et il n’y a rien à craindre à ce sujet. D’un autre côté, la réalité des chiffres et des tendances offre un tableau nettement plus pessimiste, pour ne pas dire alarmiste. Peut-on encore accorder du crédit aux habituels arguments irréfutables concernant l’expansion radieuse du français dans le monde ?

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Les trois livres de Tules 1547

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« Au nom de l’exception culturelle française, notre langue et notre culture sont valorisées et défendues au plus haut niveau. » Ah, cette fameuse manie de l’exception culturelle !… Certes, certaines nations (pays scandinaves, monde germanophone, etc.) semblent avoir abandonné la partie de manière plus ou moins visible. Pourtant, nous ne sommes pas les seuls à avoir conscience de l’importance de notre langue et de notre culture, tant s’en faut ! Et surtout, cela fait bien longtemps qu’au niveau linguistique, nous avons lâché prise. Il ne s’agit pas d’être pessimiste : cet abandon est entièrement voulu et, avec une véritable volonté politique, nous pourrions reprendre la main en quelques décennies. Pourtant, plus le temps passe, moins nos dirigeants politiques semblent s’intéresser à la Francophonie et au sort de la langue et de la culture française dans le monde. Le mandat de Nicolas Sarkozy a été à cet égard particulièrement désastreux, même s’il ne peut être l’unique responsable du déclin du français dans le monde. Participer aux sommets de la Francophonie ne suffit plus, d’autant plus que même l’immense majorité des citoyens français ne saurait citer la date et le lieu du dernier congrès général de l’organisation (c’était à Montreux, en Suisse, en 2010). Aucune médiatisation, aucune proposition politique concrète, pas de plan ambitieux et public, rien qui permette de promouvoir l’organisme et ses objectifs à court et long terme. Comment se fait-il que les différentes réunions de l’Hispanité ou des sommets de la Communauté des Pays de Langue portugaise bénéficient d’une meilleure visibilité ? Peut-être parce que des moyens réels sont investis en ce sens ?

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L’une des pages de l’ordonnance
de Villers-Cotterêts
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« Les chiffres parlent pour nous : plus de 700 millions de francophones et 85 millions d’étudiants dans le monde ! » La plupart des données dans les médias sont généralement surévaluées. Il est impossible, lorsque l’on veut évaluer la population de langue française sur la planète, de se contenter d’additionner les chiffres officiels de chaque pays membre de la Francophonie. Pourquoi ? D’abord parce que le français n’y est pas officiel partout et que tous les Albanais (ils sont près de 3 millions) ou tous les Cambodgiens (ils sont un peu moins de 15 millions) ne pratiquent pas la langue de Molière. Ensuite parce que, même dans les pays où le français est langue officielle, une part non négligeable de la population ne le pratique pas. C’est notamment le cas dans une grande partie des pays africains. La République démocratique du Congo, par exemple, pourrait virtuellement être le plus grand pays francophone au monde (elle est peuplée de plus de 71 millions d’habitants). Mais, dans les faits, les Congolais ne sont que 3 millions à maîtriser réellement le français, contre 36 millions à utiliser le lingala comme lingua franca. Si l’Afrique est bien, démographiquement et économiquement, le plus grand « réservoir » pour la langue de Molière, rien n’est gagné en la matière. Pour rester réalistes, nous pourrions estimer la population francophone totale (locuteurs maternels et locuteurs secondaires) à 200 millions de personnes dans le monde, peut-être un peu plus. C’est une bonne base, mais notre place relative (neuvième langue la plus parlée dans le monde) montre à quel point nous avons chuté depuis la fin du xixe siècle ou même depuis 1950.

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Classe au XXème siècle  Reconstitution

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« Plus de 70 pays parlent le français, l’une des seules langues à être parlées sur les cinq continents ! » La Francophonie est en train de devenir une petite copie de l’Organisation des Nations unies. Cela peut sembler bien… si ce n’est que bon nombre des nations qui la composent ne font rien pour valoriser et diffuser le français, malgré l’argent reçu à cette fin. Le nombre de francophones au Vietnam et au Laos est devenu insignifiant ; il est en chute libre ou en voie de disparition au Liban, en Égypte, en Arménie, en Roumanie ou en Bulgarie ; il n’a jamais été réellement élevé et ne tend pas à le devenir au Cap-Vert, en Guinée équatoriale, en Slovaquie, en Pologne, en Hongrie, en Lituanie ou en Macédoine. Aucun de ces pays n’obtient des résultats probants dans la défense et l’illustration de notre langue, pour ne pas dire que la plupart d’entre eux s’en moque éperdument aujourd’hui. Alors pourquoi dépenser de l’argent et les maintenir dans la Francophonie ?

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Agence intergouvernementale
de la Francophonie

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La présence du français s’est réduite un peu partout, et il ne faut pas se cacher derrière l’argument des cinq continents : que peuvent peser moins de 20 millions de locuteurs natifs ou secondaires sur plus de 900 millions en Amérique ; environ 25 millions sur plus de 4 milliards en Asie ; ou un peu plus de 250 000 sur plus de 30 millions en Océanie ? Nos deux seuls véritables socles sont l’Afrique et l’Europe mais, partout, nous perdons du terrain dans l’apprentissage. Le chiffre de 85 millions d’apprenants, cité plus haut, est largement fantaisiste : nous sommes peut-être plus proches de 10 millions en tablant large, ce qui fait encore du français la troisième langue la plus apprise au monde, derrière l’anglais et l’espagnol. Sur le continent américain, les États fédérés canadiens non francophones ont relégué l’apprentissage du français au second plan derrière l’espagnol, de même que les États-Unis d’Amérique. Au Brésil, nous avons perdu la partie en faveur de l’espagnol et, dans les autres pays latino-américains, en faveur du portugais, le tout dans le cadre du Mercosur. Même en Chine ou au Japon, lorsque l’anglais et l’espagnol sont passés, il reste peu de place pour une autre langue occidentale. Quant à l’Europe orientale, elle vogue entre l’anglais et l’allemand, avec la pénétration récente et rapide de la langue de Cervantès.

Pourtant, rien n’est totalement perdu et il s’agit d’être réaliste, pas pessimiste. Le français n’aura pas à affronter un déclin démographique et culturel aussi massif que celui de l’allemand ou du japonais dans les décennies à venir. Deux actions-force sont à mener :

–         Réorganiser notre action culturelle et linguistique à l’étranger. Nous dépensions presque 900 millions d’euros en 2007 pour notre projection culturelle à l’étranger, soit 12,6% de notre budget total. C’est à la fois trop et trop peu. Trop, parce qu’avec des sommes nettement plus modestes, certains pays ont de meilleurs résultats que nous (200 millions d’euros suffisent au Royaume-Uni, 90 millions à l’Espagne). Et l’expansion « naturelle » de leur langue n’explique pas tout. Trop peu parce qu’il y a encore dix à douze ans, nous consacrions 20,5% de notre budget à cette tâche. J’ai conscience que la crise est passée par là, que le temps est l’austérité aveugle. Mais de deux choses l’une : soit nous assumons notre « mini » ONU impuissante avec un budget conséquent, soit nous coupons dans le vif pour coller au plus près de la réalité et nous pourrons alors dépenser moins d’argent pour plus de résultats. Il en va de même pour nos 144 Alliances françaises dans le monde : le plus grand réseau du monde mais des résultats moindres qu’un peu plus de 70 Instituts Cervantès. Un peu de ménage à faire ?

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Favoriser l’enseignement systématique, notamment par des moyens financiers réels, du français en Afrique et, dans le même temps, aider au développement du continent. C’est à ce prix que notre « réservoir » linguistique sera effectif mais aussi que nous pourrons renforcer la présence commerciale (le français n’est encore que la sixième langue d’échanges au monde, la quatrième si on ne compte que les langues d’origine européenne) ou dans les nouvelles technologies (la langue de Molière est la huitième langue la plus représentée sur la toile, mais notre potentiel de croissance y est important). Ce n’est plus sur notre passé de langue diplomatique que se joue la concurrence, désormais, mais bien dans ces deux domaines : développement et informatique.

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Nicolas Klein

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Patrick

sources :

 

http://www.academie-francaise.fr/

http://www.tlfq.ulaval.ca/

http://www.espacefrancais.com/home.php

http://veille-education.org/

http://www.languefrancaise.net

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_langue_fran%C3%A7aise