l’édit de Milan et le christianisme (13 juin 313)

Constantin le Grand (280 – 337)

Le premier empereur chrétien

Constantin 1er, issu d’une lignée de militaires de fortune, apparaît comme le plus important des empereurs romains, César et Auguste mis à part.

Trois siècles après eux, il a donné une nouvelle jeunesse à l’empire tout en le réorientant vers une religion nouvelle, le christianisme, et en faisant basculer son centre de gravité vers l’Orient de langue et de culture grecques.

Le redressement de l’empire romain

Né à Naissus (aujourd’hui Niš, en Serbie), Constantin est le dernier d’une longue suite d’empereurs originaires d’Illyrie.

Ces hommes énergiques, militaires de modeste extraction, ont redressé le vieil empire à la fin du IIIe siècle, lorsqu’il était menacé par les premières attaques des Barbares. Ils ont fortifié les villes et renforcé les légions des frontières.

Constance Chlore, le père de Constantin, était césar dans la tétrarchie, un gouvernement à quatre institué par Dioclétien en 293. Il avait reçu en partage la Gaule, l’Espagne et la Bretagne et s’était établi à Trèves.

Son fils, né d’une concubine chrétienne,Hélène, témoigne de ses aptitudes de chef militaire. Après l’abdication volontaire des deux augustes (tétrarques principaux) Dioclétien et Maximien, il rejoint son père à York (Angleterre) et recueille son dernier soupir. Ses soldats le proclament alors auguste. Dans le même temps, à Rome, Maxence, fils de Maximien, est proclamé princeps par la garde prétorienne.

Comme la guerre éclate entre les héritiers des tétrarques, Constantin se lance avec ses armées sur Rome, traversant les Alpes au Mont-Genèvre. Il bouscule l’armée de Maxence au Pont Milvius, près de Rome, le 28 octobre 312. Maître incontesté de l’Occident, il convient avec Licinius, son dernier concurrent, d’un partage de l’empire. À lui l’Occident, à Licinius l’Orient.

Naissance de l’empire chrétien

Bon politique, Constantin 1er constate les progrès du christianisme. Il ne séduit encore qu’un dixième de la population de l’empire, surtout en Asie mineure et en Afrique du Nord, mais manifeste un dynamisme étonnant dans les villes. Lui-même se rallie à la nouvelle religion, avec la discrétion qui sied à sa fonction.

t à la politique de persécution de ses prédécesseurs, l’empereur prend le parti de s’appuyer sur la nouvelle religion pour consolider l’unité de l’empire. Le 13 juin 313, de concert avec son homologue d’Orient, Licinius, il publie à Milan un édit de tolérance qui lui rallie les chrétiens.

De façon prévisible, l’entente entre Licinius et Constantin ne dure pas. Dès l’année suivante, les deux hommes s’affrontent. La guerre prend un tour décisif en 324 avec la défaite de Licinius devant Andrinople puis à Chrysopolis. L’empire romain retrouve dès lors son unité sous l’autorité de Constantin.

Devant le succès de la doctrine du prêtre Arius, Constantin s’inquiète d’un schisme qui remettrait en question l’unité de l’empire. Il convoque lui-même unconcile oecuménique à Nicée en 325 pour apaiser les esprits. À la suite de la condamnation de l’arianisme par le concile, l’empereur ordonne l’exil d’Arius. Il inaugure ainsi le césaropapisme, une pratique de gouvernement qui se caractérise par la confusion des affaires séculières et des affaires religieuses entre les mains du souverain.

En-dehors de la légitimation du christianisme, la principale oeuvre de Constantin reste la fondation de Constantinople en 330, en vue de remplacer Rome comme capitale de l’empire. Il s’ensuivra à la fin du siècle

Le pape et Constantin

L'empereur Constantin guide le pape Sylvestre 1erAprès que Constantin a affronté Maxence à l’entrée de Rome, une légende tardive veut qu’il ait été guéri de la lèpre et converti à la foi chrétienne par le pape Sylvestre 1er, évêque de Rome.

Constantin, pour manifester sa reconnaissance, serait allé à la rencontre du pape et, humblement, aurait guidé son cheval par les rênes. Ensuite, il aurait fait don au pape des territoires environnant Rome.

Cette décrétale dite «donation de Constantin» a été opportunément exhibée par les conseillers de Pépin le Bref, au VIIIe siècle, pour justifier les prétentions du souverain pontife, sur l’exarchat de Ravenne, alors possession byzantine. On montra plus tard sans trop de difficultés qu’il s’agissait d’un faux de l’époque carolingienne.

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13 juin 313

Constantin promulgue l’édit de Milan

Le 13 juin 313, l’empereur Constantin, fort de sa victoire du pont Milvius sur son rival Maxence, promulgue l’édit de tolérance de Milan par lequel il légalise lechristianisme. C’est un retournement inattendu après la «Grande Persécution»inaugurée dix ans plus tôt par les tétrarques Dioclétien et Galère.

Le christianisme rassemble à cette date un dixième à peine de la population de l’empire romain (cinquante millions d’habitants environ). Il est surtout présent en Asie mineure (actuelle Turquie) et en Afrique du Nord.

Né dans les classes populaires, il gagne de plus en plus la faveur des classes supérieures et des élites intellectuelles et urbaines. Fort de la protection impériale, il va prendre son essor et s’imposer en quelques décennies comme la seule religion officielle de l’empire.

Le songe de Constantin avant la bataille du pont Milvius (fresque de Piero della Francesca, Arezzo, église san Francesco, vers 1460)

La «Grande Persécution»

La question religieuse est apparue dans l’empire romain à l’issue de la crise du milieu du IIIe siècle. Des soldats de modeste extraction issus d’Illyrie ou des régions danubiennes se succèdent à la tête de l’empire. Ils repoussent les premières invasions barbares et répriment les révoltes paysannes.

Soucieux de remettre de l’ordre dans les institutions et de rétablir l’unité morale de l’empire, ils favorisent  le culte du Soleil au détriment du polythéisme traditionnel.

Ce culte du Sol invictus (le Soleil invaincu) rassemble sous une même identité des divinités traditionnelles (Apollon) et des divinités orientales (Mithra). Il amorce une évolution du polythéisme païen vers le monothéisme façon hébraïque ou chrétienne.

Mithra sacrifie un taureau au Soleil invaincu (villa romaine de Milon, 1er siècle après JC)

L’empereur Aurélien, au pouvoir de 270 à 275, fait du culte solaire la religion d’État. L’empereur se présente lui-même comme l’émanation du dieu sur terre et revendique à ce titre d’être adoré tel une divinité. Ainsi l’empire évolue-t-il vers un pouvoir personnel et autocratique.

Dioclétien, au pouvoir de 293 à 305, veut aller plus loin. Il veut renforcer la cohésion culturelle et politique de l’empire. C’est pourquoi son règne est marqué par de violentes persécutions contre les communautés chrétiennes qui refusent de sacrifier au culte impérial. Elles sont les plus dures qu’ait jamais connues l’Empire romain et obligent les chrétiens à choisir entre le reniement et le «martyre».

La «Grande Persécution» commence en 299 avec l’exclusion de l’armée des soldats baptisés, ces derniers refusant en effet de verser le sang ! Puis, de février 303 à février 304, quatre édits impériaux inspirés à Dioclétien par Galère, lequel a plus que quiconque les chrétiens en horreur, ordonnent de brûler les livres saints et de raser les églises partout dans l’empire.

La persécution atteint son paroxysme avec un édit qui prescrit au début de 304 un sacrifice général dans tout l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines.

Les fonctionnaires locaux exécutent les édits avec un zèle relatif. Constatant l’échec de la répression et désireux de se concilier les chrétiens, l’empereur Galère, malade,  signe sur son lit de souffrance un premier édit de tolérance le 30 avril 311. Il meurt quelques jours plus tard, le 5 mai 311.

La religion devient une affaire individuelle

Après plusieurs années de guerres fratricides et l’élimination de son rival Maximin Daïa en avril 313, l’«Auguste» Licinius reste seul maître de la partie orientale de l’empire.  Constantin, qui tient la partie occidentale, le convainc de publier une déclaration commune en latin et en grec, les deux langues de l’empire, afin de restaurer la paix civile.  Elle est connue sous le nom d’édit de Milan, d’après la ville où elle a été promulguée.

Cette déclaration n’est pas la première du genre. D’autres l’ont précédée dans les précédentes décennies, y compris celle de Galère, deux ans plus tôt. Mais elle se singularise par le fait qu’elle introduit un élément nouveau dans la société romaine, à savoir la liberté religieuse.

Jusque-là, la religion était une affaire de communauté et d’identité ethnique. On suivait la religion de ses ancêtres et de son groupe. L’édit de Milan reconnaît à chaque individu la faculté de suivre la religion de son choix. C’est un changement radical de paradigme que relève Marie-Françoise Baslez, professeur d’histoire des religions à la Sorbonne (*).

L’édit de Milan lève par ailleurs les interdits qui pèsent sur la communauté des chrétiens. Les Églises locales se voient restituer les biens qui leur ont été confisqués, même lorsqu’ils ont été vendus à des particuliers.

Christianisation des moeurs

Dès lors, tout change assez vite. Constantin, discret sur ses convictions personnelles, continue de présider aux rituels païens en sa qualité de pontifex maximus (grand pontife). Il ménage aussi le Sénat qui siège à Rome et dont tous les membres sont restés fidèles au paganisme traditionnel. Il se contente d’interdire les sacrifices d’animaux, qu’il a en horreur.

Lui-même a sans doute hérité de sa mère Hélène, voire de son père Constance Chlore, un attachement sincère à la nouvelle religion.

Le christianisme n’en garde pas moins l’avantage. Sa doctrine séduit moins par le concept d’un dieu unique et transcendant (comme dans le judaïsme concurrent) que par ses préceptes nouveaux d’amour fraternel et d’égalité entre tous les êtres humains, par-delà les barrières ethniques, sociales ou sexuelles.

Pièce en argent frappée en 315 : Constantin et le chrisme chrétien (Munich, musée des monnaies, DR)

L’Église prend ses aises. Elle devient un élément de stabilité et un point de repère dans un empire brinquebalant.

Tandis que périclitent les institutions administratives, elle affirme sa solidité, fondée sur la légitimité démocratique et une hiérarchie respectée. Les évêques sont élus par le peuple et désignent eux-mêmes des suppléants (prêtres) pour guider la communauté.

Sous le règne de Constantin se met en place aussi une organisation religieuse du temps.

Vers 321, le repos hebdomadaire est imposé tous les sept jours, le jour du Sol invictus ou jour duSoleil. Le souvenir s’en conserve dans l’appellation donnée par les Anglais à ce jour :Sunday (le jour du Soleil).

Les autres langues occidentales conservent son appellation christianisée, diem dominicam (le jour du Seigneur, ou dimanche).

La fête annuelle du Soleil invaincu, fixée au 25 décembre par l’empereur Aurélien, vers 270, devient également la fête de la Nativité du Christ, bien que celui-ci fut plus probablement né au printemps.

Ainsi la religion chrétienne devient-elle la référence dominante autour de la Méditerranée, au IVe siècle, ainsi que le rappelle l’historien Paul Veyne (Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007).

Le serait-elle devenue sans la volonté personnelle de l’empereur Constantin?  Sans doute mais de manière plus lente et peut-être plus tourmentée.

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Le kiosque de l’Histoire

Le Monde de la Bible

Le Monde de la Bible

À l’occasion du 1700e anniversaire de l’édit de Milan, par lequel l’empereur Constantin a légalisé la religion chrétienne, Le Monde de la Bibleconsacre un hors-série très documenté à ce tournant majeur de notre Histoire.

Non seulement la nouvelle religion va rapidement prendre le pas sur les autres cultes jusqu’à les opprimer à son tour, à la fin du IVe siècle, mais elle va aussi bouleverser les moeurs. Ainsi le calendrier des fêtes et des rythmes sociaux va-t-il s’aligner sur les fêtes chrétiennes et l’incinération va-t-elle reculer devant l’inhumation…

Fils de l’empereur Constance Chlore et d’une servante d’auberge, Hélène, Constantin élimine ses rivaux par les armes et sans ménagement excessif. Instruit dans la religion chrétienne par sa mère et peut-être aussi son père, il témoigne d’une grande empathie à son égard et ne va cesser de la promouvoir, sans pour autant agresser les autres cultes.

Marie-François Baslez, professeur d’histoire des religions à la Sorbonne, montre que l’édit de Milan introduit avant tout la notion de liberté individuelle : il donne à chacun le droit de choisir sa religion sans en référer à son appartenance communautaire, nationale ou ethnique.

Robert Turcan, historien des religions antiques, se penche sur l’empereur lui-même. A-t-il agi par calcul politique en affranchissant les chrétiens ou par conviction personnelle? La vérité serait plutôt mitigée car Constantin, fervent soutien du clergé chrétien, n’a pas pour autant renié le culte solaire officiel.

D’autres chercheurs et historiens ont apporté leur contribution à ce dossier, notamment sur les figures d’Hélène et Eusèbe de Césarée ainsi que le concile de Nicée.

Le Monde de la Bible complète ce dossier avec des articles d’une brûlante actualité sur la liberté religieuse dans le monde actuel, notamment en France et en Allemagne, pays de tradition chrétienne confrontés à l’obligation d’intégrer l’islam.

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sources :

hérodote.net

André Larané

Jean-François Zilberman

Le Monde de la Bible

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Les mots des religions

Français : ange protant la bible, la parole de...

ange protant la bible, la parole de Dieu ou la table de la loi. Galerie des rois. (Photo credit: Wikipedia)

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Les mots des religions : Prophétisme,
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Hildegarde de Bingen, Nostradamus

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Qu’est-ce qu’un prophète ? Pas un homme qui dit l’avenir mais unhomme dont la parole est habitée d’un souffle divin. Sylvie Barnay a collaboré à l’ouvrage collectif dirigé par l’historien médiéviste André Vauchez, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en rédigeant justement le chapitre consacré au prophétisme. Elle est également l’auteur d’un livre paru début 2012 consacré à ce sujet « La parole habitée ». Elle offre ici deux portraits de prophètes : Hildegarde de Bingen et Nostradamus.

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http://www.canalacademie.com/ida8787-Les-mots-des-religions-Prophetisme.html

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Définition du prophétisme

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Les prophètes sont des hommes à la parole habitée. Une parole au souffle inspiré les habite autant qu’ils habitent cette parole devenue leur propre chair et leur propre sang. La prophétie est une empreinte de Dieu en l’homme, le souffle de l’Esprit divin défini comme saint. Emportés par ce souffle, les prophètes dénoncent l’insupportable et annoncent l’inimaginable au cœur du monde. Ils apportent la lumière quand les hommes sont plongés dans l’ombre. Leur parole est « comme un feu », «  comme un marteau qui fracasse le roc » (Jr 23,29). Ils ne peuvent la taire, mais seulement la transmettre : « Et celui qui tient de moi une parole, qu’il délivre fidèlement ma parole ! »(Jr 23,28). Les prophètes parlent la parole divine et non « sur Dieu » ou « à propos de Dieu ». Aussi, ils ne possèdent ni l’origine ni la fin de cette parole qu’ils portent et qui les porte.

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Depuis la plus haute Antiquité des hommes au regard perçant sont chargés de dire la parole des dieux. Mais le monde de la Bibledonne sa coloration propre à ce phénomène religieux dont on repère la trace dans l’ensemble du Proche-Orient ancien. Elle est le reflet de sa théologie, c’est-à-dire de sa manière de concevoir la relation entre l’homme et son Dieu. Pour la pensée biblique, en effet, la parole divine est vivante, elle établit une relation entre la vie divine et la vie humaine. Cette relation est également décrite comme une « Alliance », structure particulière de contrat entre les hommes et Dieu supposant des droits et des devoirs . Les prophètes sont les yeux de Dieu, dénonçant ce qui brise l’Alliance et annonçant ce qui la fait vivre. Quand vient le désarroi des corps devant la folie destructrice de la violence ou du pouvoir, un prophète se dresse pour que l’humanité ne s’aveugle pas davantage et lui montrer où est le sens de la vie. Quand il est minuit dans l’histoire, sa vision dénonce le mal en puissance. Et son souffle inspiré annonce un matin qui vient.

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Cette première définition sous-tend toute l’aventure culturelle du prophétisme. Mais la parole inspirée est également le reflet d’une époque, que ce soit celle des temps anciens ou celle des temps contemporains. Aussi chaque voix prophétique est d’abord celle d’un homme ou d’une femme qu’imprègnent la sensibilité et la culture propres à leur siècle

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Un exemple de figure prophétique au Moyen Age : Hildegarde de Bingen

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La parole inspirée d’Hildegarde de Bingen plonge droit au cœur des Livres prophétiques et des ultimes énoncés de l’Apocalypse de Jean. La moniale définit la prophétie en même temps qu’elle se définit elle-même comme « un faible son de trompette provoquée par la lumière vivante ». L’image de l’instrument de musique n’est pas anodine : elle montre que le prophète est un être humain animé par un souffle divin qui seul lui permet de tirer des sons harmonieux de son instrument, c’est-à-dire de parler avec justesse la parole divine. Pour Hildegarde la prophétie est « dans l’homme comme l’âme dans le corps » : « de même que l’âme est obscurcie dans le corps et que celui-ci est dirigé par elle, de même la prophétie issue de l’Esprit de Dieu qui gouverne toute créature est invisible ». Invisible, elle est l’empreinte de la divinité sise au cœur de tout homme depuis Adam. Elle donne aux prophètes les yeux de Dieu : « Ô hommes admirables qui passez, en voyant les mystères par les yeux de l’Esprit et en annonçant dans l’ombre lumineuse la lumière aigüe et vivante ». Aussi le prophète est-il, , l’homme qui donne à l’humanité une lumière quand tout est obscurité et qu’il fait nuit dans l’histoire. A ce titre, la prophétie est également cette « science mystérieuse » du regard qui permet au prophète inspiré par l’Espritd’esssayer de comprendre l’essence divine des phénomènes de la nature et du monde. Les prophètes de l’Ancien Testament en sont les témoins autant que la prophétesse elle-même.

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Hildegarde recevant l'inspiration divine, manuscrit médiéval

Hildegarde recevant l’inspiration

divine, manuscrit médiéval

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Retraçant l’histoire du prophétisme, la bénédictine Hildegarde montre encore que la prophétie a été revivifiée avec la venue sur terre du Fils de Dieu , elle s’est alors montrée aux hommes parée d’un nouvel éclat, d’une nouvelle manière de comprendre et d’exposer la parole divine. C’est pourquoi Hildegarde proclame la parole divine en pleine lumière de la Révélation du Christ, réactualisant et revivifiant le message de l’Évangile pour son époque. Expliquant ainsi le mouvement prophétique dans l’histoire depuis Adam, présenté comme le premier prophète, la moniale de Bingen montre que la bouche humaine, à l’origine, ne parlait que la parole de Dieu, ne cessait donc de prophétiser. Elle continue de prophétiser dans l’histoire par la grâce de l’Esprit-saint
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A ce titre, l’abbesse annonce les malheurs à venir mais dit aussi l’espérance au cœur de ce temps, paroles révélatrices de sa pensée prophétique : « Tantôt surgira l’injustice, avant de tomber à nouveau, tantôt des guerres, famines, pestes et mortalité séviront, pour disparaître à nouveau : rien ne durera, ni ne persistera bien longtemps dans un même état, tout sera en mouvement, apparaissant, disparaissant » ; « Viendront des temps pires, dans lesquels (…) le trône catholique (sera) ébranlé dans les erreurs, et ainsi les derniers de ces temps seront pleins de blasphèmes, comme des cadavres dans la mort. Alors il s’ensuivra la fumigation de la douleur dans les vignes du Seigneur. Ensuite surgiront des temps plus forts que les premiers, au cours desquelles la justice de Dieu se dressera quelque peu et l’injustice du peuple spirituel sera reconnue comme devant être totalement balayée ».

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Ces images puissantes , qui réalisent le Verbe de Dieu, sont écrites dans l’urgence : La Rhénanie où vit la prophétesse du XIIe siècle vit une époque de schismes et de violents conflits entre partisans de la papauté et partisans de l’empereur : « Dans ce monde règnent les ténèbres, les nuées et le grand remuement de toutes les tempêtes ». Tandis que le christianisme se défait dans les luttes intra-religieuses et que ceux qui ont pour mission de transmettre son héritage culturel le dilapident, Hildegarde, vivement blessée, part pour Cologne, Trêves, Metz, Wurzbourg et Bamberg. Sur ordre de l’Esprit, elle annonce au clergé et au peuple la volonté divine et proclame la nécessaire Réforme de l’Église : « Mais de nos jours, la foi catholique vacille parmi les peuples et l’Évangile claudique ; même les ouvrages très puissants que d’incontestables docteurs avaient examiné avec un zèle immense sont dispersés dans une boue honteuse, et la nourriture de vie des Écritures divines est corrompue. C’est pourquoi je parle désormais par la bouche d’un [humain] n’enseignant pas les Ecritures, ni éduqué par un enseignement terrestre, mais moi qui suis, j’annonce par lui de nouveaux secrets et de nombreux mystères, restés jusque là cachés dans les livres ». 

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Cette vision vient_ des yeux du Dieu dont elle affirme être la messagère et avoir reçu le don de comprendre l’histoire du salut. Hildegarde annonce la persécution générale vers laquelle va l’Église si elle n’opère pas une conversion, si elle ne renonce pas à sa mondanité et à sa richesse. Aux « maîtres et prélats endormis qui ont délaissé la justice de Dieu », elle annonce la venue d’un nouvel ordre religieux secondé par des princes restaurateur du bien commun donné en partage à tous les hommes… La prophétesse n’est pas pour autant considérée comme une devineresse. C’est en termes de « rayonnante lumière » que le pape Eugène III décrit sa parole, défaisant toute suspicion d’hérésie à son encontre. Le prophétisme de la moniale opère en effet au sein même du magistère sans attenter à l’unité constitutive de la définition de la chrétienté, à l’époque qui voit le début de l’élévation des cathédrales. Il n’est pas non plus millénariste : il décrit la fin d’un monde, non la fin du monde. Il se présente enfin comme un éclairage ou un guide pour le présent, reformulant la manière dont s’opère la relation entre l’homme et Dieu, rappelant la Loi. C’est ce qui rend sans doute la parole habitée de la visionnaire acceptable par la hiérarchie ecclésiale.

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Portrait de Nostradamus. Par son fils, César de Nostredame.

Portrait de Nostradamus. par
son fils, César de Nostredame.
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Un exemple de figure prophétique à l’époque de la Renaissance : Nostradamus

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Nostradamus est un poète-prophète emblématique de la Renaissance. Contrairement aux idées reçues, son prophétisme n’est pas de l’ordre de la prédiction du futur. C’est la postérité qui donnera en effet à Nostradamus les allures d’un devin aux paroles énigmatiques qui aurait prédit jusqu’aux catastrophes de la seconde guerre mondiale. Elle contribuera aussi à assimiler le médecin et astrophile de la Renaissance à un diseur de bonne aventure. 

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C’est pour son fils César que Michel de Nostredame, dit Nostradamus, rédige les Prophéties dont une première édition paraît à Lyon, le 4 mai 1555. Voir dans le recueil paru chez l’imprimeur Macé Bonhomme une lecture prévisionnelle de l’histoire relève cependant d’un contre-sens que la forme énigmatique des Prophéties contribue pourtant paradoxalement à susciter. En effet, dans la continuité de la théologie médiévale du prophétisme, Nostradamus assimile la prophétie au don divin d’une lumière, à un outil qui, par grâce, permet de dépasser l’ordre de la connaissance naturelle. Mais, il raisonne désormais en homme du XVIe siècle et avec les cadres épistémologiques qui sont les siens : ceux du médecin tout d’abord ; ceux de l’astrologue lecteur des signes du ciel, reçu à la cour de Henri II   et consulté par Catherine de Médicis et son fils Charles IX dans le contexte d’un engouement collectif pour le langage des astres, ensuite ; ceux de l’encyclopédiste pour lequel le genre littéraire de l’encyclopédie représente, non pas une clôture circulaire du savoir, mais un effort pour organiser le savoir en une succession de cercles concentriques de façon à ce que chacun puisse à la fois l’élargir et le mener à sa propre guise. 

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Témoin des guerres de religion et de la déstabilisation qu’elles provoquent chez ses contemporains, Nostradamus cherche, en médecin, à soigner son époque. Comme dans les Prognostica d’Hippocrate, il tente de faire un « pronostic » : analyser les symptômes, prévoir l’évolution de la maladie pour parvenir à la traiter, dire le futur de cette maladie au patient. Pronostic qui diffère d’une voyance annonçant ce qui va se réaliser même s’il lui ressemble dans sa forme. Les quatrains rassemblés en centuries, ou unités de cent vers, qui composent les Propheties semblent ainsi présenter comme un panoptique de la folie et de la cruauté humaine. Ils sont destinés à montrer le mal en action. 

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A l’encontre des autres approches futurologiques qui vont ultérieurement capturer et plagier sa pensée, Nostradamus n’écrit donc pas pour prophétiser le malheur au sens d’un châtiment irrémédiable mais pour y remédier. Précisant lui-même son positionnement dans la « Préface » adressée à son fils César, il dit que ce n’est ni par le biais des pratiques magiques, ni par le biais de l’astrologie qu’il est devenu un « voyant », mais par divine inspiration : « veu que toute inspiration prophétique reçoit son principe movant de Dieu le créateur » . Dans son optique, en effet, l’intelligence humaine est incapable par elle-même d’accéder à la compréhension des choses cachées recouvertes par le voile du mystère divin à moins qu’elle ne soit secourue par ce que Nostradamus appelle « la flamme missive » permettant d’appréhender le futur, mais aussi le passé et le présent. Nostradamus ne cherche donc pas à prédire mais à faire surgir une conscience de la présence divine dans le monde humain : ce qui « doit être », et non pas ce qui « sera ». 

Portrait de Nostradamus par le Dr Niel.

Portrait de Nostradamus par le Dr Niel.

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L’homme ici-bas voit Dieu non pas face-à-face, mais toujours « en énigmes », ainsi que le rappelle saint Paul. Pour dire ce que les « yeux » de Dieu lui ont confié, Nostradamus choisit alors de parler cette langue biblique « en énigmes », qui est sa propre manière de prophétiser. Nostradamus pose ainsi en définitive une parole pour aider l’homme de son temps à entendre qui parle au nom de Dieu. Ce n’est pas l’apocalypticien, qui prend la parole et la place de Dieu pour annoncer que la fin des temps est imminente. Ce n’est pas non plus le prédicateur qui, au nom de Dieu, prend partie contre les détenteurs de l’autorité politique en les accusant de gouverner contre la Loi divine – à l’exemple de Jean de Hans ou de Simon Vigor – autre forme de toute puissance. Ce n’est pas davantage le devin inspiré de la tradition platonicienne cher aux humanistes de son temps, le mage ou le théurge inspiré dont se moque par ailleurs Nostradamus. Le prophète – titre que Nostradamus ne cherche aucunement à s’attribuer – « Encores, mon fils, que j’ay inseré le nom de Prophete, je ne me veux attribuer titre de si haulte sublimité pour le temps présent » – est celui qui dénonce le mal contre lequel il propose un antidote porteur d’espérance à l’homme qui se demande par quel chemin aller au milieu du XVIe siècle.

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Il est ainsi possible de repérer au fil des siècles les figures prophétiques qui incarnent la parole habitée.

Sylvie Barnay à Canal Académie

Sylvie Barnay 

Le texte ci-dessus est extrait, avec son aimable assentiment, de : Sylvie Barnay, La parole habitée, Points Sagesse, Paris, Seuil, 2012 (copyright Éditions du Seuil). Les références des textes cités sont données dans le texte original.

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Sylvie Barnay, Maître de conférences à l’Université de Lorraine Chargée d’enseignement à l’Institut catholique de Paris …. ses écrits ci dessous ….

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Présentation de

«  »la parole  habitée » »

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Confusément assimilé à Nostradamus, le prophète irait de par le monde, marginal, extatique et détenteur des sombres secrets de l’avenir, toujours apocalyptiques. Mais si la parole prophétique est effectivement  » habitée  » par un savoir qui dépasse celui du commun des mortels, elle n’est pas toujours noire et menaçante. L’identité du prophète a évolué au cours de l’histoire : devin dans l’Antiquité, médiateur entre l’homme et Dieu dans le judaïsme, tour à tour contestataire annonciateur de l’Apocalypse et interprète de la Parole divine dans le christianisme, il a contribué à définir la spécificité de l’islam, avec la figure de Muhammad, il a pris le visage de l’utopiste et du révolutionnaire dans le monde moderne… Ainsi, du mésopotamien Marduk à Isaïe, Ezéchiel puis Moïse, de Joachim de Flore à Nostradamus, de Sabbataï Tsevi à Martin Buber, de Marx à Emmanuel Mounier, les grandes voix prophétiques résonnent d’échos différents selon qu’elles veulent bouleverser le monde ou l’interpréter, le mobiliser ou accélérer la réalisation sur terre d’une promesse divine, annoncer la fin du monde ou préparer l’homme au changement. Ce recueil de textes, accompagnés de présentations qui les contextualisent, rend ainsi compte de la diversité des voix prophétiques dans l’histoire tout en dessinant les figures caractéristiques du prophète.

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 Biographie de l’auteur

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Historienne, elle a notamment publié :

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— La Vierge, femme au visage divin

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— La parole habitée : Les grandes voix du prophétisme

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— Langue de bois et parole en or
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— Les Saints : Des êtres de chair et de ciel
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— Jésus, compléments d’enquête
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— Almanach des traditions et de la gourmandise : Fêtes, dictons, recettes
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Détails sur ce livre

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Poche: 296 pages
Editeur : Points (9 février 2012)
Collection : Points Sagesses
Langue : Français
ISBN-10: 2757817388
ISBN-13: 978-2757817384

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Patrick

sources : 

Canal Académie

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http://www.canalacademie.com/ida8787-Les-mots-des-religions-Prophetisme.html

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http://www.canalacademie.com/idr20-Les-mots-des-religions-.html

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http://www.canalacademie.com/ida8802-Sous-la-direction-d-Andre-Vauchez-Prophetes-et-prophetisme-d-hier-a-aujourd-hui.html

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Diverses sur Internet 

Publications intéressantes portant sur l’Histoire …

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Publications intéressantes

en….  l’Histoire ….

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Les vraies chroniques de Tournai

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par Yves Coutant

Cet ouvrage constitue la première édition intégrale d’une chronique oubliée et délaissée par beaucoup de chercheurs qui y ont vu, à tort, une simple traduction vernaculaire de textes latins déjà connus par ailleurs. Yves Coutant, sous la direction du professeur Jacques Pycke, remet le texte et les origines légendaires de la ville de Tournai à l’honneur, grâce à une édition de qualité et à une solide introduction. Le texte ici étudié, remarquablement daté par le copiste lui-même, date de 1290.

 

 

« Seconde Rome, tel est le nom que les anciens Romains auraient donné à Tournai après qu’ils l’eurent fondée en 609 avant JC. Il s’en fallut de peu que cette Seconde Rome ne surpasse la ville-mère:les Romains appréciaient tellement la nouvelle cité qu’ils envisagèrent un moment d’abandonner le Tibre pour élire domicile le long de l’Escaut. Mais après une première révolte contre les Romains, Seconde Rome dut se soumettre et accepter le sobriquet d’Hostile. C’est sous encore un autre nom, Nerve, qu’elle lutte bien plus tard contre les armées de Jules César. Elle est vaincue mais César se montre magnanime. A l’instigation du traître Ambiorix, les citoyens de Nerve reprennent cependant les hostilités et malgré l’élection du roi éponyme Turnus, la cité, qui dorénavant se fait appeler Tournai, ne peut résister à César. Le général romain est implacable cette fois-ci et punit la forfaiture en rasant la ville. Tournai ne retrouvera sa splendeur d’autrefois qu’au temps de Néron et sera christianisé par Piat et Eleuthère.

S’il est un texte qui glorifie Tournai et les Tournaisiens, c’est bien celui-ci. Nous le savions déjà : de tous les peuples de la Gaule, les Belges étaient les plsu forts. ce que nous apprenons ici, c’estq ue de tous les Belges, les plus forts étaient en fait les Tournaisiens. Epris de liberté et insoumis, courageux et héroïques, ils ne surent malheureusement pas toujours se réfréner : chaque fois que leur bravoure devint témérité et que leur héroïsme se mua en outrecuidance, ils furent punis. Mais chaque fois aussi, tel le phénix, la cité se releva de ses cendres pour redevenir finalement cité royale et siège épiscopal ».

Ce volume constitue le 18e opus des Instruments de travail de la collection Tournai – Art et Histoire.
Disponible chez l’éditeur universitaire i6doc en format papier et en format PDF.
ISBN-10 2-87419-070-5
ISBN-13 978-2-87419-070-4
Année de publication mai 2012
Nb de pages 206
Format 30 x 21 cm

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La revue Archives et Manuscrits précieux

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Ce n’est pas la première fois que les origines de Tournai sont étudiées au sein de la collection Tournai – Art et Histoire. Dans le troisième tome de la revue Archives et Manuscrits précieux, également éditée par le professeur Jacques Pycke (Instruments de travail n°11, 2009), trois médiévistes de formation différente ont croisé leurs regards sur les origines légendaires de la ville. Isabelle GLORIEUX (docteur en langues et littératures classiques) examine les chroniques en langue latine qui évoquent la naissance des origines mythiques de la ville et leur développement, lorsque la bourgeoisie puis le duc de Bourgogne s’en emparent. Pieter-Jan DE GRIECK (historien médiéviste de la Katholieke Universiteit Leuven) élargit le champ grâce à des manuscrits découverts notamment à Lyon et à Leuven, abordés dans la perspective de l’historiographie monastique de l’abbaye tournaisienne de Saint-Martin. Enfin, Kathy KRAUSE (Professor of French à l’Université du Missouri-Kansas City) approfondit notre connaissance du manuscrit français 24430 de la Bibliothèque nationale de France, qui contient la plus ancienne copie connue de la version française des origines légendaires de Tournai.

Le même volume contient également un article sur les lettres collectives d’indulgences délivrées par des groupes d’évêques en Avignon au 14e siècle (Morgane Belin) ; une édition du Testament de Jean Chevrot, président du conseil de Philippe le Bon, évêque de Tournai (1438-1460), enfant de Poligny (Marie Van Eeckenrode) ; une étude d’Une Missa Sancta Trinitas anonyme du 16e siècle conservées aux Archives et Bibliothèque de la cathédrale de Tournai (Anne-Emmanuelle Ceulemans) ; une édition de Nouveaux documents qui concernent l’abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés à Tournai, dite encore Saint-Médard (Jacques Pycke et Michel-Amand Jacques).

Disponible ici en PDF ou en version papier.
Langue français
Éditeur Tournai – Art et Histoire
Support Livre relié
ISBN-10 2-87419-018-7
ISBN-13 978-2-87419-018-6
Année de publication nov. 2009
Nb de pages 136
Format 20,8 x 29,3 cm

Dans le quatrième tome de la revue Archives et Manuscrits précieux (Instruments de travail n°15, 2010) se penche sur deux manuscrits conservés à la Cathédrale de Tournai : le livre d’heures de la famille Lefèbvre (Marie Van Eeckenrode et Ingrid Falque) et le Livre des serments (Morgane Belin) qui a fait l’objet d’une édition en 2010 dans la même collection. Il scrute attentivement trois manuscrits musicaux de la cathédrale très vraisemblablement apparentés (confrérie des notaires), parmi lesquels figure la célèbre Messe de Tournai (Sarah Ann Long). Il propose enfin l’édition et la traduction d’une « Vie » du saint évêque tournaisien Éleuthère (Olivier Delsaux), dont l’unique témoin se trouve dans un manuscrit du 13e siècle conservé à la Bibliothèque nationale de France. Ainsi, des études de documents d’archives côtoient à nouveau de précieux manuscrits et justifient pleinement le titre donné à cette série de volumes annuels au sein de la collection scientifique Tournai – Art et Histoire.
Disponible ici en PDF ou en version papier.
Langue français
Éditeur Tournai – Art et Histoire
Support Livre broché
ISBN-10 2-87419-042-X
ISBN-13 978-2-87419-042-1
Année de publication nov. 2010
Nb de pages 152
Format 21 x 29,7 cm

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 Les cartulaires des évêques de Tournai

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Ouvrir les cartulaires des évêques de Tournai : une richesse dévoilée. 1098 regestes (analyses détaillées) d’actes de 898 à 1677

par Cyril Vleeschouwers et Jacques Pycke

 

Les riches archives de l’Évêché de Tournai ont brûlé à Mons et à Tournai en 1940. Par bonheur, les registres cartulaires (recueils de chartes) contenant les actes des évêques ont été conservés. Ils reposent aujourd’hui aux Archives de l’Etat à Tournai, à la Bibliothèque municipale de Lille et à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.

On a songé, depuis un bon siècle, à les publier, vue la richesse des informations qui y sont contenues. Hélas, devant l’ampleur de la tâche, aucun projet n’a abouti. Il est vrai qu’une édition exhaustive de ces cartulaires épuiserait la vie d’un chercheur !

Pour stimuler la recherche, C. Vl. et J. P. présentent, dans l’ordre chronologique, en un fort volume, une analyse détaillée (regeste) en français moderne de chacun des 1098 documents éparpillés dans l’un ou l’autre des cartulaires. De généreux index des noms de personnes, des noms de lieux et des matières dévoilent la surprenante richesse de ces documents qui concernent tout l’ancien diocèse de Tournai, de Lille à La Panne et de Sluis à Saint-Amand-des-Eaux !

On y traite tout à la fois des innombrables conflits de juridiction qui ont opposé les évêques aux ducs de Bourgogne ou aux échevins des villes, des nominations d’abbés, d’abbesses et de prieures, des abbayes gantoises, des grandes collégiales de Lille, d’Harelbeke, de Courtrai et de Bruges, de Saint-Nicolas-des-Prés, des fondations de chapelles, des nouvelles dévotions, des dîmes de lin, de colza, de choux et de navets, de la règlementation des moulins, de la suppression de la paroisse Sainte-Marguerite, des habitants d’Orcq, du château d’Helchin, de la pratique des sacrements, des hérésies, de l’hommage féodal, des monnaies, des innombrables hôpitaux, des inquisiteurs, des marguilliers, des changeurs, des serments, des pèlerinages, des testaments, des chantres, des sépultures, des veuves, des curés de paroisse, des prisons, des châtelains et des cimetières….

Un instrument de travail indispensable, qui permettra de renouveler des pans entiers de l’histoire des évêques de Tournai et de pratiquement toutes les villes, les villages et les institutions religieuses de l’ancien diocèse de Tournai.
Ce volume constitue le 14e numéro des Instruments de travail de la collection Tournai – Art et Histoire et est disponible ici en PDF et en version papier.

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Langue français
Éditeur Tournai – Art et Histoire
Support Livre broché
ISBN-10 2-87419-040-3
ISBN-13 978-2-87419-040-7
Année de publication mars 2010
Format 21 x 29,7 cm

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Cloches et société médiévale 


Les sonneries de Tournai

au Moyen Age

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par Laure Leroux
Depuis plusieurs années déjà, les médiévistes s’emploient à rendre au Moyen Âge ses lumières, ses couleurs. A l’image, nous allons nous efforcer d’ajouter le son, un son surtout, devenu symbole de l’Occident chrétien, celui des cloches. Il faut tendre l’oreille pour percevoir l’écho du bronze à travers des mentions qui devaient apparaître anodines, sinon évidentes à leurs auteurs tant cette sonorité était inscrite dans leur quotidien et dans leur culture. Longtemps ignorées par les historiens, c’est par ces trop rares mentions autant que par les ellipses et les silences des sources médiévales que nous nous essaierons à retrouver les cloches dans la trame des jours, à travers une « enquête campanaire » explorant les sonorités d’une ville au patrimoine exceptionnel, Tournai, auquel un dicton populaire attribue « cent clochers, quatre cent cloches ».
Ce volume constitue le 16e opus des Instruments de travail de la collection Tournai – Art et Histoire et est disponible ici en PDF et en version papier.
Langue français
Éditeur Tournai – Art et Histoire
Support Livre broché
ISBN-10 2-87419-045-4
ISBN-13 978-2-87419-045-2
Année de publication mars 2011

 

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Patrick

sources :

== http://blogdurmblf.blogspot.fr/

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En route avec Paul

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Sophie Laurant est aujourd’hui adjointe au chef de service des Informations générales au magazine Pèlerin. Elle a longtemps travaillé au Monde de la Bible et a accompagné de nombreux voyages-séminaires et croisières en Méditerranée. C’est donc une experte, aussi bien du personnage que des lieux, qui nous donne à lire cet ouvrage qui allie voyage et écritures.
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St Paul of Tarsus in Rome

St Paul  à Rome (Photo credit: Wikipedia)

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Sur le ton et la forme d’un guide touristique, Sur les pas de saint Paul, Guide de voyage explore les différents sites du bassin méditerranéen dans lesquels s’est rendu l’apôtre. Dans une première partie, Sophie Laurant raconte l’histoire du personnage et sa réception aujourd’hui, par des encadrés («Le naufrage», «Les continuateurs de saint Paul», «Féministe ou misogyne»…). C’est dans la deuxième partie que le guide de voyage s’amorce vraiment : pour chaque ville, l’auteure commence par rappeler l’histoire du lieu, y expose les actions du saint et fini par indiquer au voyageur les édifices «à ne pas manquer».
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Sur les pas de saint Paul, Guide de voyage, Sophie Laurant
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Le choix thématique des villes visitées ici, relève donc de la théologie ; le marcheur peut véritablement appréhender les longues distances parcourues par le saint au long de sa vie mouvementée. Car c’est un fabuleux périple qu’a connu Paul, d’Antioche à Athènes en passant par Tarse et Éphèse pour finir à Rome. Ainsi, nous découvrons non seulement une personnalité originale mais aussi une aventure spirituelle, le tout agrémenté de cartes, plans, chronologies…
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Sur les pas de saint Paul, Guide de voyage, par Sophie Laurant, Éditions Bayard, 2012, 168 p., 19 €.

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Patrick

sources :

http://www.pelerin.info/

Éditions Bayard

les femmes dans la Rome antique avaient déjà mis en œuvre le concept de microcrédit

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Comment les femmes dans la Rome antique avaient

déjà mis en œuvre le concept de microcrédit afin de

développer leurs propres projets de travail .

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L’étude menée par Carmen Lazaro, professeur de droit romain à l’Université Jaume I, montre comment les femmes ont réussi à contourner les règles juridiques qui les exclu de l’aide des banques pour obtenir un crédit. Au lieu de cela, i elles ont développé entre elles des contrats de prêt pour obtenir  de petites sommes d’argent, garanties par nantissement de leurs effets personnels – surtout les petites pièces, comme les bijoux.

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Suivi des transactions
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L’existence de ce système de microcrédit est connu à travers diverses sources, principalement épigraphique – tels que les inscriptions trouvées dans la maison Granio à Pompéi – qui reflètent les transactions juridiques telles que celles menées par l’usurier Faustilla, qui a mis son taux d’intérêt à 6,25%.

Lázaro souligne que ces prêts ont été faits légalement et évitaient la nécessité d’être approuvés officiellement par les autorités  » puisque l’argent était un fongible et, par conséquent, pas soumis à certaines formalités pour la transmission à fournir des effets juridiques . « 
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Les contraintes légales, ce qui aurait du entraver les femmes dans la Rome antique, étaient exactement la poussée qui a mené à la création d’un système, qui, sans s’opposer à la loi, a mis au point un mécanisme pour permettre aux femmes d’effectuer des transactions.
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Comme le chercheur dit, il est «un modèle d’entreprise qui présente les caractéristiques de ce que nous connaissons aujourd’hui comme le microcrédit et a permis aux femmes de profiter d’une certaine liberté d’action et d’éviter l’interdiction de la primauté du droit».

Romano-Egyptian probably from Ankyronopolis 100-110 CE Linen pigment gold encaustic on wood attributed to the Isidora Master. Image: Mary Harrsch (Flickr, used under a CC BY-NC-SA 3.0)

Romano-égyptienne est probablement de l’or Ankyronopolis 100-110 CE pigment Linge

encaustique sur bois attribuée au Maître Isidora.Image: Mary Harrsch (Flickr, utilisée

sous CC BY-NC-SA 3.0 )

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Les femmes romaines dans les affaires
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Lazaro conclut que l’activité des femmes dans le secteur des entreprises dans la Rome antique allait bien au-delà de prêt, car il est fréquent, preuve écrite à l’appui, que des femmes qui participaient au monde du commerce et des affaires.
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Des femmes ont dirigé des compagnies maritimes, industries du textile et des chaussures, elles ont échangé des produits de luxe et des produits alimentaires ou même géré les entreprises d’hébergement.
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 » Cette liberté des femmes dans le domaine des affaires, malgré les interdictions était en partie due à la forte possibilité de veuvage et la nécessité de continuer les affaires  » . Carmen Lázaro se référe à la citation de René Pichon qui stipule « dans un peuple Romain,, qui n’est pas exactement féministe, les femmes ont la liberté, l’activité et l’influence, plus que dans d’autres sociétés qui se targuent avancés sur ce sujet ».
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patrick

sources :

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Universitat Jaume I

Portrait d’André Vauchez Historien

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Portrait d’André Vauchez

Historien de la spiritualité médiévale

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Historien du catholicisme, spécialiste des spiritualités et mouvements religieux au Moyen Âge, et académicien depuis onze ans, André Vauchez n’est pas de ces savants qui réservent le fruit de leurs recherches aux cénacles scientifiques. Au contraire, formidable pédagogue, il se montre soucieux de confronter sa connaissance du monde médiéval au monde contemporain, afin d’être utile à tous. En un mot transmettre.

Portrait d'André Vauchez

André Vauchez

© Stéphane Ouzounoff


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Il suffit de lire sa biographie de François d’Assise ou le Dictionnaire du christianisme qu’il a dirigé, ou de l’écouter pour s’en convaincre, André Vauchez aime transmettre. Le fond demeure scientifiquement rigoureux mais la forme n’hésite pas à recourir aux images contemporaines pour permettre à tout lecteur d’en recevoir le message fondamental. C’est avec de tels savants, qui manient avec justesse une Histoire « incarnée » que le lecteur ou l’auditeur a le sentiment de grandir.
Né, en 1938, d’une famille longtemps marquée par les blessures allemandes (son père l’orienta vers la langue de Shakespeare plutôt que vers celle de Goethe), André Vauchez, lycéen à Strasbourg, a la chance de se frotter au père Congar exilé là tout en bénéficiant de la protection d’un évêque éclairé, Jean-Julien Weber.
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L’excellence a un temple – l’École normale supérieure de la rue d’Ulm –, une contrainte – l’agrégation – et une mission – l’enseignement dans le secondaire. André Vauchez connaît les trois, fort brièvement pour la troisième. Dès 1965, il rejoint l’École française de Rome, où dominent les latinistes, où s’imposent les archéologues, où les historiens sont alors tolérés.
Historien, André Vauchez l’est passionnément devenu, grâce notamment à Michel Mollat (1911-1996), rencontré en licence et sous l’autorité duquel il prépare son mémoire de maîtrise puis sa thèse – plus tard, il le rejoindra comme assistant à la Sorbonne. Loin des spécialisations à outrance désormais en cours, Michel Mollat touche à l’histoire économique, maritime, sociale (les pauvres au Moyen Âge), ou religieuse.
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Fort d’apports aussi contrastés que ceux de Jacques Le Goff (né en 1924), qui dispense rue d’Ulm un cours « éblouissant » sur le travail au Moyen Âge, ou d’Henri-Irénée Marrou (1904-1977) et d’Alphonse Dupront (1905-1995) en Sorbonne, André Vauchez fait son miel en une ruche qu’il se choisit : les archives du Vatican. Là et en quelques autres lieux, il élabore sa thèse d’État, soutenue en 1978 après treize années de labeur : La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge d’après les procès de canonisation et les documents hagiographiques.

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Agent de liaison
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Une telle optique apparaît à l’époque inenvisageable pour des études historiques françaises qui maintiennent dans leur angle mort la notion de sainteté, affaire confessionnelle ne regardant que les théologiens. Toute insertion universitaire et scientifique en la matière semble illusoire de ce côté-ci des Alpes, tandis qu’au-delà les universités italiennes, « paradis pour l’histoire religieuse », mettent l’accent dès les années 1960 sur le prophétisme, les mouvements apocalyptiques ou millénaristes, le surnaturel.
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Agent de liaison entre les deux historiographies nationales, André Vauchez s’avère en outre longtemps proche de l’école des Annales, tout en ne rejoignant pas son bastion (l’École des hautes études en sciences sociales), préférant s’en tenir à l’université (Rouen puis surtout Nanterre). À partir des années 1980, une débauche de structuralisme, une soif de modélisations et de théories, éloignent celui qui préfère se définir comme un « tâcheron » plutôt que comme un « philosophe » de l’histoire.
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Ses recherches lui vaudront un succès inattendu aux États-Unis d’Amérique, où fleurissent les études de genre (« gender studies ») développées par le mouvement féministe. André Vauchez a en effet abordé de front la question des saintes (Catherine de Sienne, Jeanne d’Arc), mais également celle de la pression laïque sur l’Église médiévale en une époque de tension entre « religion vécue » et « religion prescrite », durant laquelle les femmes jouèrent un rôle déterminant.
La tentation biographique a fini par atteindre André Vauchez, tout comme elle avait touché les codirecteurs des Annales (Jacques Le Goff avec son Saint Louis, Marc Ferro avec ses Nicolas II et Pétain) et cela donne, en 2009, François d’Assise, entre histoire et mémoire (éd. Fayard), ouvrage remarquable de rigueur inspirée, qui démontre avec hauteur et familiarité que « la vérité d’un personnage historique n’est pas séparable de sa transmission ».
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Rompant avec l’iconographie simplement illustrative, ce livre fait face aux images et leur donne un statut égal aux textes, les arrachant par là au monopole longtemps assoupi des historiens de l’art, confinés dans des questions de datation et d’attribution.

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Partisan de la confrontation intellectuelle tant qu’elle ne dégénère pas en querelles personnelles ni en polémiques publiques, André Vauchez a vécu, à la fin du XXe siècle, les trente glorieuses de Clio, dans le sillage désormais disparu des ventes mirifiques en librairie de Montaillou village occitan (1975) d’Emmanuel Leroy Ladurie, le plus fort tirage jamais atteint par un ouvrage savant.

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Entre Paris et Rome
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L’histoire est ogresse devenue, se repaissant d’autres sciences, dont l’anthropologie. André Vauchez rappelle que sa génération a réinterprété ce qu’elle avait reçu. Il cite Les Rois thaumaturges (1924) de Marc Bloch, ouvrage audacieux et tenu en lisière, jusqu’à sa réédition, un demi-siècle plus tard, nanti d’une préface de Jacques Le Goff, qui devait lui faire enfin rencontrer un lectorat mérité.
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Les tâches aussi honorables que prenantes n’ont pas manqué à André Vauchez, notamment lorsqu’il dirigea, de 1995 à 2003, l’École française de Rome (déjà modernisée avant lui par Georges Vallet entre 1970 et 1983). Il aura donc passé, en tout, dix-huit ans à Rome (il avait dirigé sept ans les études de la section médiévale de l’École française dans les années 1970). La vie de ce chrétien profondément attaché au concile Vatican II, dont il observa les premiers effets en 1965 comme membre d’une École qu’il devait diriger trente ans plus tard, apparaît en miroir de ses recherches sur le renouveau laïc dans la foulée de la réforme grégorienne.
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Homme d’innombrables articles aussi pointus que panoramiques, André Vauchez aspire aujourd’hui aux vastes synthèses à propos de recherches qui cheminent en lui depuis quelques décennies, ainsi le prophétisme judéo-chrétien à travers les âges, les hérésies, les pèlerinages.
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Comme pour l’accompagner dans le renouvellement de telles problématiques, les cloches de l’église Saint-Léon voisine résonnent dans son appartement parisien, même si elles émanent d’un clocher aux allures elliptiques d’Europe du Nord et donc en forme de pied de nez à ce Romain de cœur, de raison et de foi.

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Biographie

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1938 Naissance à Thionville
1958 Intègre l’École normale supérieure
1962 Agrégé d’histoire
1965-1968 Membre de l’École française de Rome.
1968-1972 Assistant, puis maître-assistant d’histoire du Moyen Âge à la Sorbonne
1972-1979 Directeur des études médiévales à l’École française de Rome
1980-1995 Professeur aux universités de Rouen puis (1983) de Nanterre
1998 Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
1995-2003 Directeur de l’École française de Rome

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Bibliographie

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La Spiritualité du Moyen Âge occidental VIIIe XIIIe siècle, éd. PUF, 1975, rééd. Points-Seuil, 1994.
La Sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge (1198-1431), éd. École française de Rome, 1981.
Les Laïcs au Moyen Âge, pratiques et expériences religieuses (recueil d’articles), éd. du Cerf, 1987.
Saints, prophètes et visionnaires. Le pouvoir du surnaturel au Moyen Âge (recueil d’articles), éd. Albin Michel, 1999.
François d’Assise, éd. Fayard, 2009.

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patrick

sources :
http://www.mondedelabible.com

2 mai 73 Chute de Massada

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2 mai 73

Chute de Massada
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Le 2 mai 73, la forteresse de Massada tombe aux mains des légionnaires. C’en est fini de la première guerre juive contre la domination de Rome.
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L’ultime résistance

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Construite au IIe siècle avant JC, au temps des Maccabées (ou Asmonéens), la forteresse de Massada surplombe de 400 mètres les rives sauvages de la mer Morte. C’est le dernier îlot de résistance juive à l’occupation romaine.
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Des membres de la secte extrémiste des zélotes s’y réfugient après avoir fait régner la terreur dans le pays. Armés d’un poignard, ils avaient coutume d’assassiner leurs compatriotes suspectés de collaboration avec l’occupant ! On les avait surnommés pour cette raison «sicaires», du latin sica, qui signifie poignard.
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Au nombre d’un millier, avec leurs femmes et leurs enfants, sous la conduite d’un chef nommé Eleazar ben Jair, les Zélotes résistent pendant trois ans à plus de 15.000 légionnaires. Ceux-ci n’arrivent à accéder aux murailles qu’en aménageant une rampe artificielle depuis le pied du rocher.
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Deutsch: Israel, Masada, Byzantinische Kirche ...

Ruines de l'église byzantine de Massada, en Israël. (Photo credit: Wikipedia)

Le seul récit que l’on ait de ce siège nous vient de l’historien juif Flavius Josèphe, qui assiste le général romain. Quand les assiégeants pénètrent dans la forteresse, ils doivent affronter l’incendie allumé par les Zélotes avant de découvrir les cadavres de ceux-ci. D’après l’historien, qui n’a pas lui-même vu l’intérieur de la forteresse, dix des assiégés auraient tué les autres avant de se suicider eux-mêmes. Tous seraient morts à l’exception de deux femmes et cinq enfants. Voici un extrait de son récit (traduction de René Harmand, Paris, 1911) :
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«… Ensemble, ils embrassèrent, étreignirent leurs femmes, serrèrent dans leurs bras leurs enfants, s’attachant avec des larmes à ces derniers baisers ; ensemble, comme si des bras étrangers les eussent assistés dans cette oeuvre, ils exécutèrent leurs résolution, et la pensée des maux que ces malheureux devaient souffrir, s’ils tombaient aux mains des ennemis, était pour les meurtriers, dans cette nécessité de donner la mort, une consolation. Enfin, nul ne se trouva inférieur à un si grand dessein ; tous percèrent les êtres les plus chéris. Malheureuses victimes du sort, pour qui le meurtre de leurs femmes et de leurs enfants, exécuté de leur main, paraissait le plus léger de leurs maux !
Aussi, ne pouvant plus supporter l’angoisse dont ces actes une fois accomplis les accablait, et croyant que ce serait faire injure aux victimes de leur survivre même un court instant, ils entassèrent promptement au même endroit tous leurs biens et y mirent le feu ; puis ils tirèrent au sort dix d’entre eux pour être les meurtriers de tous ; chacun s’étendit auprès de sa femme et de ses enfants qui gisaient à terre, les entourant de ses bras, et tous offrirent leur gorge toute prête à ceux qui accomplissaient ce sinistre office. Quand ceux-ci eurent tué sans faiblesse tous les autres, ils s’appliquèrent les uns aux autres la même loi du sort : l’un d’eux, ainsi désigné, devait tuer ses neuf compagnons et se tuer lui-même après tous ; de cette manière, ils étaient assurés qu’il y aurait égalité pour tous dans la façon de porter le coup et de le recevoir. Enfin, les neuf Juifs souffrirent la mort et le dernier survivant, après avoir contemplé autour de lui la multitude des cadavres étendus, craignant qu’au milieu de ce vaste carnage il ne restât quelqu’un pour réclamer le secours de sa main et ayant reconnu que tous avaient péri, mit le feu au palais, s’enfonça d’un bras vigoureux son épée tout entière dans le corps, et tomba près de ceux de sa famille…»
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Deuxième guerre juive

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En Judée même, le sentiment national n’est pas mort avec la prise de Massada.
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Deux générations plus tard, l’empereur Hadrien est lui-même effrayé par la vigueur du particularisme juif. Il décide de le combattre par une campagne d’hellénisation : la circoncision est prohibée, Jérusalem rebaptisée «Colonia Ælia Capitolina» et un temple dédié à Jupiter Capitolinus est édifié sur les ruines du précédent. La Judée elle-même perd son nom. Elle est intégrée à la province de Palestine, ainsi nommée en souvenir des anciens habitants du littoral, les Philistins.

mosaic in massada עברית: פסיפס שהתגלה במצדה, O...

mosaic in massada (Photo credit: Wikipedia)

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Mais un jeune exalté du nom de Bar Kochba («Fils de l’étoile») prend la tête d’une nouvelle révolte et s’empare de Jérusalem. Il malmène la légion égyptienne XXII Deiotariana chargée de faire régner l’ordre.
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Hadrien se rend sur les lieux et appelle la Xe légion bretonne, sous le commandement du général Gaius Julius Severus, pour mater la rébellion. La campagne militaire va durer trois ans, de 133 à 135, et entraîner la mort de plusieurs centaines de milliers de Juifs. À son terme, la Judée sera durablement ruinée et les Juifs auront, qui plus est, l’interdiction de se réinstaller dans la ville de Colonia Ælia Capitolina, l’ancienne Jérusalem.

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De Massada à Varsovie, le mythe à l’épreuve
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Le souvenir de Massada a ressurgi avec brutalité en avril-mai 1943, lorsque les derniers juifs du ghetto de Varsovie se sont soulevés contre les SS allemands dans une tentative héroïque et désespérée. Ce fut pratiquement, contre les nazis, le seul acte de résistance armée au génocide des Juifs.
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Le mythe de Massada a toutefois été mis à l’épreuve par les fouilles menées de 1963 à1965 par le général et archéologue Ygael Yadin, ainsi que le rappelle Le monde de la Bible (n°180, novembre-décembre 2007).
Si la rampe de terre construite par les Romains est avérée, de même que l’incendie des installations, rien ne vient démontrer la réalité du suicide collectif. Celui-ci relèverait sans doute d’une exagération épique propre à l’historien.

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fin de la première guerre juive
contre la domination de Rome
8 septembre 70
Destruction du Temple
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Jérusalem, capitale de l’ancien royaume de Judée, est mise à sac par l’armée romaine le 8 septembre de l’an 70 (*), après un siège atroce de deux ans.
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Un roi cruel
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Profitant des divisions entre les juifs, le général romain Pompée a conquis la Samarie et la Judée en 63 avant J-C. Un protégé des Romains, Hérode, en profite pour liquider la dynastie des Asmonéens et devenir roi de Judée (ou pays des Juifs) en l’an 37 avant JC.
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De cet homme célèbre pour sa cruauté et son absence de scrupules, l’empereur romain Auguste aurait dit : «Mieux vaut être le porc d’Hérode que son fils»… Hérode a en effet lui-même tué certains de ses enfants mais, pratiquant la religion juive, il ne lui est jamais arrivé de consommer du porc (notons le jeu de mots sur fils [uios en grec, la langue d’usage d’Auguste] et porc !
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C’est à la fin du règne d’Hérode le Grand que naît Jésus-Christ à Bethléem, au sud de Jérusalem.
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À la veille de sa mort, en l’an 4 avant JC, le roi de Judée partage son royaume entre trois de ses fils. Mais sa dynastie s’arrête là. En l’an 6 de notre ère, l’empereur Auguste transforme la Judée en une province romaine gouvernée par un simple procurateur.

Les Arbres de Judée de la Cathédrale

Les Arbres de Judée de la Cathédrale (Photo credit: Mary.Do)

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Première guerre juive
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Décontenancés par les croyances monothéistes des habitants, les Romains laissent ceux-ci libres de s’organiser comme ils l’entendent sous l’autorité de leur Tribunal religieux, le Sanhédrin. Mais les Juifs ne manquent pas de se quereller et de se diviser sur la conduite à tenir vis-à-vis de l’occupant.
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Les grands prêtres et le parti des Pharisiens s’accommodent de l’occupation étrangère tandis que dans les milieux populaires, la secte des Zélotes appelle à la résistance et veut hâter la réalisation des promesses divines.
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Les Zélotes déclenchent une violente révolte en août 66. Ils massacrent les grands prêtres et s’emparent de Jérusalem. Mais les Romains, sous la direction du général Vespasien, mènent la reconquête avec détermination.
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Vespasien étant devenu empereur, c’est à son fils Titus qu’il revient d’achever le siège de Jérusalem. Il ne s’agit pas d’une mince affaire car la population de la ville s’élève déjà à cette époque à environ 80.000 habitants. Les habitants sont déportés comme esclaves cependant que le Temple, haut lieu de la religion juive, est complètement détruit (à l’exception d »une partie de l’esplanade et d’un pan du mur d’enceinte, le Mur Ouest, futur «Mur des Lamentations»).
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Le vainqueur, Titus, rentre à Rome où il reçoit un magnifique triomphe. Un arc est bâti en souvenir de ce triomphe à l’entrée des forums romains.


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Ses bas-reliefs relatent les exploits des Romains en Judée et notamment le pillage des trésors du Temple, en particulier un fameux chandelier sacré à sept branches, la Ménorah (ce chandelier disparaît en 455 suite au pillage de Rome par les Vandales de Genséric).
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La destruction de Jérusalem et du Temple ne met cependant pas fin à la première guerre juive… Au-dessus de la Mer Morte, la forteresse de Massada continue de résister sous la direction d’un chef zélote, Éleazar…

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au temps des Maccabées
Nabuchodonosor s’empare
de Jérusalem
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Le 16 mars de l’an 597 avant JC, Jérusalem tombe aux mains de Nabuchodonosor. Le puissant roi de Babylone reçoit la soumission du royaume de Juda.

Ce royaume était l’ultime survivance du royaume d’Israël fondé quatre siècles plus tôt par Saül, David et Salomon. Sa ruine entraîne l’exil à Babylone d’une bonne partie de sa population. L’exil, paradoxalement, va fortifier l’attachement des juifs à leur Dieu et à la loi de Moïse. À lui remonte le monothéisme rigoureux des juifs et tout ce qui fait la singularité de leur culture.

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La vengeance de Nabuchodonosor

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– Premier siège de Jérusalem : le roi Nabuchodonosor II s’empare de Jérusalem dès son avènement sur le trône de Babylone, en 605 avant JC. Il déporte un certain nombre d’habitants dans sa capitale. C’est la première déportation.

JUDAEA, Bar Kochba Revolt. 132-135 CE. AR Sela...

JUDAEA, Bar Kochba Revolt. 132-135 CE. AR Sela – Tetradrachm (28mm, 14.07 g, 11h). Undated issue (year 3 - 134/5 CE). Temple facade, the Ark of the Covenant within; star above / Lulav with etrog. Mildenberg 85.12 (O127/R44´); Meshorer 233; Hendin 711. Near EF, toned, light deposits. (Photo credit: Wikipedia)

– 2e siège de Jérusalem : le roi de Juda, Joachim, ne supporte pas le protectorat babylonien et complote avec les Égyptiens. Nabuchodonosor revient en force à Jérusalem huit ans plus tard, en 597. Sitôt la ville entre ses mains, il procède à une deuxième déportation, toutefois limitée à la famille du roi de Juda Yoyakîn et à son entourage (officiers de la cour, dignitaires, eunuques). À Babylone, le roi déchu est logé au palais royal.

– 3e siège de Jérusalem : Nabuchodonosor place sur le trône Sédécias, le fils d’un ancien roi de Juda. Mais celui-ci, à son tour, ne tarde pas à intriguer contre son maître et forme même une coalition avec les Égyptiens et les habitants de Tyr. On est en 586 avant JC. Nabuchodonosor prend Jérusalem pour la troisième fois. La répression ne se fait pas attendre. Le roi Sédécias, qui a tenté de s’enfuir par une brèche de la muraille, est capturé près de Jéricho, aveuglé et jeté au cachot en Babylonie cependant que ses fils sont mis à mort.

Lors de cette troisième occupation, le prestigieux Temple de Salomon est détruit de même que l’Arche d’Alliance qui contenait les Tables de la Loi sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements (voir le film de Steven Spielberg : Indiana Jones et l’Arche perdue ;-). Toute la population juive de Jérusalem est chassée du pays. C’est la troisième déportation.

Une bonne partie des proscrits sont emmenés en Mésopotamie. D’autres s’établissent autour de la Méditerranée et font souche jusqu’en Afrique du nord, formant la première diaspora.

Avec la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, c’en est fini de l’indépendance d’Israël pour… 2500 ans, jusqu’à la résurrection de l’État hébreu et de la langue du même nom au XXe siècle de notre ère (si l’on met à part l’autonomie du royaume de Judée sous les Asmonéens ou Maccabées, de 175 avant JC à la conquête romaine).

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L’exil de Babylone

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Les prophètes hébreux de l’époque, tels Jérémie et Ézéchiel, voient dans l’exil de Babylone la sanction méritée par le peuple hébreu pour avoir désobéi à Dieu.

À Babylone, cependant, les Juifs gagnent en prospérité et la religion israélite s’affermit.

Au bout de cinquante ans, Cyrus 1er, le Grand Roi des Perses, conquiert la Babylonie et une partie de la diaspora choisit de retourner en Judée tout en demeurant sous la tutelle des Perses.

Les Juifs de retour de Babylone reconstruisent le Temple dès 516 avant JC. À l’image de leurs cousins de Samarie, ils adoptent la langue akkadienne (ou araméenne) comme langue d’usage. Leur langue ancestrale, l’hébreu, reste employée pour la liturgie.

Vers 440 avant JC, en présence du gouverneur Néhémie, le sacrificateur Esdras lit solennellement les livres de la Loi de Moïse, «prescrite par l’Éternel à Israël». De ce jour, ces cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque(du grec penta, cinq, et teukhos, livre) deviennent la loi de l’État.

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Les Juifs rejettent les Grecs

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Un siècle plus tard, l’empire perse s’effondre sous les coups que lui porte le Macédonien Alexandre le Grand. «Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Ses officiers nobles prirent le pouvoir chacun dans son fief», ainsi que le rappelle le premier livre des Maccabées, dans la Bible. «Tous ceignirent le diadème après sa mort et leurs fils après eux durant de longues années.»

La Palestine passe comme l’Égypte sous la tutelle des Lagides, descendants de Lagos, général d’Alexandre, puis en 198 avant JC sous la tutelle des Séleucides de Syrie, descendants de Séleucos.

Sous le règne de ces souverains hellénistiques de langue grecque, les prêtres du temple de Jérusalem codifient les rites religieux dans l’un des futurs livres de la Bible, le Lévitique. Des scribes laïcs complètent par ailleurs les récits des origines du peuple juif dans le livre dit le Deutéronome.

Les écrits bibliques prennent leur forme définitive et sont traduits en grec par les «Septante» (72 Sages) à Alexandrie (entre 301 et 150 avant JC).

La tradition juive garde cependant un mauvais souvenir du roi Antiochus Epiphane qui détourne beaucoup de Juifs de leurs coutumes. De jeunes Juifs «branchés» osent même bâtir à Jérusalem un gymnase (I Maccabées, 1, 14), autrement dit un lieu où l’on pratique des exercices sportifs en étant nus ! C’est un défi à la pudeur coutumière des habitants.

À la suite d’un soulèvement populaire, les Maccabées (ou Asmonéens) restaurent l’autonomie du pays sous un régime théocratique (175-134). Ils rétablissent les rites religieux juifs dans leur pureté.

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campagne d’hellénisation
hellénisme
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Depuis le XIXe siècle, les historiens appellent hellénisme la culture de langue grecque qui s’est développée dans l’ensemble du Moyen-Orient après les conquêtes d’Alexandre le Grand (333-323 avant JC). Le mot vient de Hellène, nom que se donnent les Grecs.

Les historiens différencient de la sorte cette culture de la culture grecque classique, qui s’est épanouie du IXe au IVe siècles avant JC sur les terres proprement grecques, autour de la mer Égée, en Sicile et au sud de la péninsule italienne (la Grande Grèce).

Avec Alexandre le Grand, les Grecs ont conquis l’empire perse. Ils ont de la sorte diffusé la culture d’Homère et Platon dans l’ensemble du Moyen-Orient, du Nil à l’Indus (le Pakistan actuel). La langue grecque est devenue la langue de communication habituelle en Orient jusqu’à la chute de Constantinople… en 1453 après JC, avant d’être supplantée par l’arabe.

Héritière de la culture grecque de l’époque classique (Ve siècle avant JC), la culture hellénistique a gagné en extension géographique ce qu’elle a perdu en créativité.

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patrick

sources
hérodote.net